Ebola : comment expliquer les difficultés à endiguer l'épidémie ?

L'association humanitaire d'aide médicale Médecins sans frontières (MSF) a déployé une aide importe pour lutter contre l'épidémie de fièvre hémorragique Ebola qui sévit en Afrique de l'Ouest. 1.000 personnels nationaux et 86 internationaux ont été envoyés dans les quatre pays touchés par l'épidémie. Comment s'organise leur travail au quotidien ? Quells sont les difficultés rencontrées et comment expliquer la défiance des populations d'Afrique de l'Ouest ?

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Ebola : comment expliquer les difficultés à endiguer l'épidémie ?
Les équipes de MSF sur le terrain dans la lutte contre le virus Ebola (Photo © MSF SCherkaoui)

Pierre Mendiharat, responsable des programmes MSF en Ouganda décrit le travail d'MSF sur le terrain et explique pourquoi cette épidémie est plus meurtrière que les précédentes. 

Cette épidémie se propage à une vitesse sans précédent. Alors que les foyers des précédentes épidémies se cantonnaient aux régions rurales, pour la première fois, Ebola a atteint une capitale : Monrovia (Liberia).

Un centre de traitement de 120 lits construit par MSF s'achève dans cette ville, mais il devra probablement augmenter sa capacité. Le dernier bilan de l'épidémie faisait état de 1.229 morts le 16 août 2014. Selon l'OMS, ces chiffres sont sous-estimés car tous les cas ne sont pas repérés.

Comment s'organise sur le terrain l'intervention de Médecins sans frontières ?

Pierre Mendiharat : "Dans les centres de traitements, il est important de respecter des règles strictes. Auprès des malades, le personnel soignant travaille toujours à deux, l'un vérifiant que l'autre, et lui même, a bien enfilé son équipement de protection. Un minimum de manipulations doit être fait auprès des patients. Et, pour éviter la fatigue et les erreurs d'inattention, une rotation a lieu toutes les 4 à 6 semaines. Grâce à ces mesures, aucun membre du personnel de MSF n'a été contaminé.

"Ensuite, une fois qu'un malade est isolé et traité dans les centres, il faut mettre en place un système traçage, c'est-à-dire qu'il faut déterminer les personnes qui ont été en contact avec le malade, puis les retrouver en allant à leur rencontre. Si elles ont été en contact direct avec le malade, on leur demandera de se rendre au centre de soin. Sinon, on leur conseillera de s'isoler temporairement pour éviter le contact avec d'autres personnes, au cas où elles seraient contaminées, et de surveiller leur température. Si elles ressentent de la fièvre, alors elles devront se rendent dans un centre de traitement.

"Ce traçage est le seul moyen pour rompre les chaînes de transmission et endiguer l'épidémie."

Quels sont les besoins pour renforcer la lutte ?

P. M. : "L'intervention de MSF ne se limite pas à ce que l'on vient de décrire. On ne peut pas être directement opérationnel au pied du lit. Une formation préalable est nécessaire. La mobilisation de personnel formé et expérimenté a atteint le maximum de nos capacités. Parce que notre intervention a débuté fin février et en raison de la rotation du personnel, nous n'avons pas suffisamment de personnes formées pour accroître notre présence sur le terrain.

"Il faut donc maintenant s'appuyer sur l'OMS et les gouvernements occidentaux pour qu'ils prennent à leur tour des mesures et envoient du personnel en formation pour accroître le niveau de réponse dans les pays touchés. Les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) ont porté leur alerte sanitaire au niveau le plus élevé. De grosses sommes ont également été annoncées, notamment par l'OMS qui a lancé un plan de lutte de 100 millions de dollars. Il est à présent nécessaire de transformer cet argent en actions concrètes."

Joanne Liu, présidente internationale de MSF, a annoncé que l'épidémie se propage plus vite que prévu. Qu'elles sont les différences entre cette épidémie et les précédentes ?

P. M. : "A présent, la difficulté est que l'on ne parvient pas à repérer toutes les personnes malades. Les zones touchées sont trop nombreuses et trop vastes. C'est aussi la première fois qu'Ebola touche l'Afrique de l'Ouest. Dans cette région, les populations sont plus mobiles, pour des raisons économiques et aussi sociales, qu'en Afrique centrale où avaient eu lieu les précédentes épidémies.

"Cette population montre aussi de la défiance et nie parfois l'existence de la maladie. Elle ne respecte pas toujours les consignes sanitaires. Encore une fois, il faut avoir en tête que ces personnes ne connaissent pas Ebola et n'y sont donc pas préparées.

"Les malades ont aussi peur de mourir. Le taux de mortalité est extrêmement élevé, supérieur à 50%. Comme on leur dit qu'il n'existe pas de traitement, elles ne voient pas l'utilité de se rendre dans un centre de soins. Or, même s'il n'y a pas de traitement, on peut lutter contre la fièvre, la douleur et les hémorragies grâce à des traitements palliatifs qui augmentent les chances de survie.

"Il y a un fort besoin d'éducation des populations d'Afrique de l'Ouest sur Ebola et c'est pour cette raison qu'il est important que l'ensemble des leaders (religieux, des communautés et des gouvernements) parlent pour expliquer ce qu'il se passe et comment lutter contre la maladie."

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