Distilbène : les garçons aussi victimes du DES

Pendant près de 30 ans, des années 50 aux années 70, des millions de femmes dans le monde ont été traitées avec le diéthylstilbestrol (DES), une hormone sexuelle de synthèse destinée à prévenir les fausses couches. Un traitement aux conséquences souvent dramatiques. En France, le DES a concerné environ 200.000 patientes, et 100.000 bébés y ont été exposés in utero. Il y a évidemment celles que l'on appelle les "filles distilbène", premières victimes de cette hormone de synthèse qui engendre des malformations de l'utérus. Mais les garçons n'ont pas été épargnés, même si on en parle moins souvent…

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Distilbène : les garçons aussi victimes du DES

Aujourd'hui, plus de doute. De nombreuses études ont montré le lien de cause à effet entre la prise de DES pendant la grossesse et la survenue de complications comme des malformations génitales chez les garçons.

Une équipe de chercheurs français a notamment mis en évidence l'action du DES sur la production de testostérone comme le confirme le Dr René Habert, professeur de toxicologie de la reproduction à l'université Paris Diderot, Inserm, CEA : "On a montré que le distilbène diminuait la production de testostérone par le testicule fœtal de rat et de souris. Pendant la vie fœtale, la testostérone a un rôle majeur car c'est elle qui impose la masculinisation des fœtus. En l'absence de testostérone, le fœtus va se développer dans le sens féminin quel que soit son sexe génétique, qu'il soit XX ou XY". Ainsi une diminution de la production de testostérone va se traduire par un défaut de masculinisation tel qu'une mauvaise descente des testicules, une mauvaise formation des organes génitaux...

Autre effet suspecté du DES, son action sur le système nerveux central. Si de nombreuses interrogations subsistent aujourd'hui sur cette question, la prévalence de troubles psychiatriques chez les enfants distilbène est troublante.

Transmission transgénérationnelle du DES

Aujourd'hui des familles de fils distilbène ont engagé une procédure judiciaire au pénal afin d'obtenir la reconnaissance des effets du D.E.S sur leurs garçons. En France, plus de 100.000 bébés ont ainsi été exposés in utéro au D.E.S de 1950 à 1977. Mais le distilbène continuera longtemps de faire des victimes.

"Le distilbène entraîne sur les enfants de troisième génération (petits-enfants) une fréquence exagérée de malformations génitales", explique le Pr Charles Sultan, unité d'endocrinologie-gynécologie pédiatrique à l'hôpital Arnaud de Villeneuve. "Avec du D.E.S ou avec des pesticides, car pour les professionnels le D.E.S est un modèle d'étude des pesticides, on observait un effet non seulement sur la deuxième génération et sur la troisième génération. Mais on sait maintenant qu'il y a une transmission transgénérationnelle du D.E.S et des pesticides jusqu'à la septième génération", prévient le Pr Sultan.

Plusieurs équipes à travers le monde poursuivent aujourd'hui leurs travaux sur le D.E.S. En France, la première étude épidémiologique sur les trois premières générations a été lancée en avril 2013.

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