Ces médicaments sans ordonnance qui nous rendent dépendants

Les médicaments vendus sans ordonnance peuvent induire une forte dépendance. Une étude de l'Inserm alerte sur le mésusage de certains antidouleurs et de somnifères en vente libre en pharmacie. Les chercheurs ont demandé à des pharmaciens de distribuer des questionnaires à leurs clients. Au total, près de 1.000 réponses ont été analysées et les résultats sont inquiétants : ils montrent notamment que certains patients ne peuvent plus se passer de ces comprimés qu'ils prennent pendant plusieurs mois d'affilée.

Rédigé le , mis à jour le

Une dépendance aux médicaments peut survenir avec les médicaments vendus hors prescription.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, il y a bien un risque d'addiction avec les médicaments vendus sans ordonnance. Un risque pointé par une étude de l'Inserm qui montre des problèmes de dépendance et d'abus avec des traitements facilement accessibles en pharmacie. C'est le cas notamment de la codéine associée au paracétamol comme l'explique le Pr Jean-François Bergmann, chef du service médecine interne à l'hôpital Lariboisière : "La codéine fait partie en mécanisme d'action des morphiniques. C'est un médicament qui, quand on l'utilise longtemps à des doses que l'on risque d'augmenter petit à petit pour avoir plus d'efficacité, entraîne une sorte de dépendance, une accoutumance et donc une difficulté d'arrêter ces médicaments, de se sevrer".

Un risque particulièrement fréquent quand l'association paracétamol et codéine est utilisée pour calmer des maux de tête. "À force de prendre ces médicaments, les patients vont avoir un effet inverse au niveau des récepteurs de leur centre de la douleur. Au lieu de calmer la douleur, les médicaments n'auront aucun effet, ils pourront même au contraire générer des maux de tête", souligne le Pr Bergmann.

Les pharmaciens sont alors en première ligne pour tenter d'enrayer pareil cercle vicieux. À côté de la codéine, un autre médicament sans ordonnance dont l'utilisation est souvent problématique : le somnifère. Une accoutumance particulièrement fréquente. L'enquête de l'Inserm révèle ainsi que 61% des personnes interrogées consomment quotidiennement un somnifère depuis plus de 6 mois. Pourtant la notice de ce somnifère indique bien une durée théorique maximum de cinq jours. Mais ses utilisateurs prennent vite goût à l'efficacité de cet antihistaminique.

Une fatigue matinale renforce l'impression d'un sommeil insuffisant et favorise la prise prolongée de somnifères. Se forme alors peu à peu une dépendance psychique : la personne est persuadée que si elle ne prend pas de médicament, elle ne dort pas. Un engrenage se met en place qui en plus de l'effet physique, biologique, du médicament, entraîne un effet psychologique lié à la difficulté à décrocher.

Au delà de quelques comprimés pour un problème d'insomnie très ponctuel, mieux vaut donc consulter son médecin traitant voire un spécialiste du sommeil si les difficultés persistent.

En savoir plus sur la pharmacodépendance

Sur Allodocteurs.fr

Ailleurs sur le web