Bisphénol A : des substituts également dangereux pour l'homme

Deux produits de substitution du bisphénol A (BPA), le bisphénol S (BPS) et le bisphénol F (BPF) provoquent le même niveau de perturbation hormonale sur les testicules foetaux humains que le BPA, selon les travaux d'une équipe de chercheurs français, publiés ce 15 janvier 2015 dans la revue spécialisée Fertility & Sterility.

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Bisphénol A : des substituts également dangereux pour l'homme
Bisphénol A : des substituts également dangereux pour l'homme

"C'est la première fois qu'on montre l'effet dangereux du BPS et BPF sur une fonction physiologique chez l'homme", explique dans un communiqué l'équipe Inserm/CEA/université Paris Diderot qui signe cette recherche.

Le bisphénol A (BPA) est un plastifiant et antioxydant, utilisé en particulier dans les revêtements des boîtes de conserve et bouteilles plastiques. Il est classé comme "perturbateur endocrinien" à savoir qu'il perturbe le système hormonal humain.

L'Union européenne a banni le BPA en janvier 2011 des biberons en plastique. En 2013, la France en a interdit l'utilisation dans les contenants alimentaires destinés aux enfants de 0 à 3 ans. En janvier 2015, son interdiction a été étendue à toutes boîtes ou bouteilles à usage alimentaire.

Le bisphénol S (BPS), plus stable à la chaleur et la lumière que le BPA, l'a peu a peu remplacé dans de nombreux produits de consommation courante.

"Il n'y aurait pas de sens à échanger un danger sanitaire pour un autre. Aussi, nous devrions urgemment nous concentrer sur l'évaluation des risques pour la santé humaine des substituts du BPA", ajoutent les scientifiques.

Le bisphénol S et le bisphénol F sont des produits de remplacement du bisphénol A, utilisés notamment pour les tickets de caisse. Dès 2005, des études réalisées chez l'animal ont suggéré que le BPS pouvait être un perturbateur endocrinien.

Une dangerosité non évaluée chez l'homme

"Bien qu'ils aient une structure chimique proche de celle du bisphénol A, leur dangerosité n'a jamais été testée chez l'homme, et il n'y a actuellement aucune réglementation les concernant", soulignent les auteurs de l'étude.

L'équipe CEA/Inserm, emmenée par René Habert, professeur en physiologie de la reproduction, s'est attachée à tester l'effet de ces bisphénols sur des cellules de testicules de foetus mâle, cultivés in vitro.

Elle a découvert que les BPS et BPF provoquaient la même réduction de production d'hormone mâle, la testostérone, par les testicules du foetus mâle que celles induites par le bisphénol A.

La testostérone est une hormone capitale pour "la masculinisation des organes génitaux internes et externes [...]. En l'absence de testostérone, ces organes évoluent spontanément dans le sens féminin", souligne le Pr Habert. "Toute diminution de la production de testostérone, ce qui est l'effet des différents bisphénols, va entraîner des défauts de masculinisation" et peut déboucher sur des stérilités, a-t-il déclaré à la presse.

Le Pr Habert précise que "le foetus n'est pas protégé du tout" des bisphénols que peut absorber la mère car ces substances "traversent la barrière placentaire".

Source : A new chapter in the bisphenol A story: bisphenol S and bisphenol F are not safe alternatives to this compound. S. Eladak et coll. Fertility and Sterility doi:10.1016/j.fertnstert.2014.11.005