Ch@t : Le plaisir féminin

Ch@t du 15 octobre, de 15 h à 16 h : Avec les réponses du Dr Yves Ferroul, médecin sexologue, d'Anaïs Charney, sexothérapeute et d'Elisa Brune, journaliste scientifique.

La rédaction d'Allo Docteurs

Par La rédaction d'Allo Docteurs

Rédigé le , mis à jour le

Les réponses du Dr Yves Ferroul, médecin sexologue

Deux causes habituelles : un problème d'hygiène ou une prédisposition anatomique. Pour l'hygiène, la place du méat urinaire à l'entrée du vagin, et la petite longueur de l'urètre, font que les microbes pénètrent facilement et arrivent vite dans la vessie. Il faut donc que la verge soit lavée avant le rapport, et que les jeux sexuels n'amènent pas des microbes de la région anale au vagin. Mais pour certaines femmes, quelles que soient les précautions, l'échauffement du rapport suffit à fragiliser la zone. Comme solution, un gel pour faciliter le glissement, parfois un préservatif, pour mieux protéger l'orifice de l'urètre.

"Au niveau du vagin" n'est pas assez précis : à l'entrée, au milieu, au fond ? En surface de la muqueuse, ou en masse dans le ventre ? Dans ce dernier cas, il s'agit d'une congestion des vaisseaux de l'abdomen, gorgés du sang appelé par l'excitation sexuelle. C'est un des effets de problèmes veineux généraux, qui demandent un traitement global.

Pour les brûlures, mettre un gel systématiquement, afin de laisser la muqueuse cicatriser. Si elles persistent, faire vérifier par un gynécologue qu'il n'y a pas infection, herpès, microfissures, etc.

La compétence sexuelle est une chose, les sentiments pour le partenaire, autre chose, d'un autre ordre. Si je peux me permettre une comparaison, préparer un bon plat relève du talent culinaire, qui est indépendant du fait d'être amoureux, mais aimer la personne avec qui l'on mange permet d'avoir plus d'émotions pendant le repas. Un nombre important d'hommes et de femmes sont déçus de la sexualité avec l'être qu'ils aiment, ou jouissent très bien avec quelqu'un pour qui ils n'ont pas de sentiment.

Il semble que cela soit dû à une trop grande tonicité des muscles qui entourent le vagin. Des exercices de décontraction périnéale (comme ceux conseillés après les accouchements), ainsi que des exercices de dilatation de l'entrée du vagin, modérés, doivent amener la fin des douleurs.

L'espèce humaine n'a pas de conditionnement hormonal comme les animaux pour avoir envie de façon synchronisée mâle et femelle en même temps. Donc nous sommes responsables de nos envies sexuelles : ce qui a remplacé l'instinct, c'est le cerveau avec ses capacités d'imagination. Chacun de nous doit donc faire marcher son imagination pour trouver, inventer, les moyens de se donner envie. Si on ne fait rien, rien ne se passera. C'est notre condition humaine. En échange, comme notre imaginaire est infini, il n'y a pas de limite à ce que nous pouvons inventer. Il faut se lancer !

La quantité de liquide émise est très variable selon les femmes, et pour certaines selon les moments, selon les âges aussi. La mouillure vaginale vient du sang, c'est l'eau du sang qui filtre à travers les parois du vagin : c'est stérile, évidemment, cela n'a rien de dégoûtant ou de honteux. C'est une preuve du bon fonctionnement du corps, de sa sensibilité à l'excitation. Vous devriez en être fière. D'ailleurs le nom de "femme fontaine" pour celle qui coule beaucoup est très joli.

Les raisons peuvent être multiples. Peut-être avez-vous commencé tard l'exploration de votre corps et de ses réactions sexuelles. Il lui faut alors le temps de mémoriser. Peut-être que votre "entraînement" n'est pas assez soutenu, pas assez fréquent. Avez-vous pensé à explorer aussi d'autres solutions, caresses du doigt ou des doigts dans le vagin, exploration du fond du vagin ou du col de l'utérus, gode plutôt que vibro, etc. Au gré de votre imagination. Un pianiste fait ses gammes et joue tous les jours s'il veut un beau résultat...

Oui, il existe, physiologique à cause des multiples connexions musculaires et nerveuses. Mais l'excitation psychologique peut bien sûr le faciliter (comme l'appréhension, le bloquer !)

Les termes médicaux pour désigner une hypersécrétion sont peu intéressants. Fontaine vient des poètes qui depuis toujours parlent de l'amoureux comme de celui qui cherche la fontaine qui pourra apaiser sa soif. Il y a de très beaux poèmes de l'Antiquité, chez Ronsard et à la Renaissance, au XIXème s....

Sauf si vous avez un problème particulier avec risque d'accouchement prématuré, l'orgasme n'est pas nuisible, la pénétration ne fait pas courir de risque ni à la mère ni à l'enfant (bien protégé dans le placenta). Et la détente de l'orgasme est quand même le meilleur moyen d'apaiser son corps et son esprit dans cette période fatigante.

Tout à fait normal. Quand on est à deux, on est un peu sur ses gardes, on doit faire attention à l'autre, à ce qu'il nous fait et à ce qu'on lui fait. On s'abandonne moins que quand on est toute seule. Le projet peut être d'arriver petit à petit à la même décontraction, au même abandon, à deux que quand on est seule. Cela se travaille...

Bien sûr, mais à force d'entendre mes patientes, j'ai fini par leur proposer d'acquérir leur propre maîtrise de leur plaisir au lieu d'attendre, comme elles le faisaient depuis des années, un changement de leur partenaire. La vie n'est pas illimitée... Une fois la maîtrise obtenue, on est d'ailleurs plus forte pour amener progressivement son partenaire à changer si son comportement n'est pas adéquat, car on est sûre de soi, on sait ce qu'on veut, ce qui marche bien, etc. Il reste que dans notre enquête beaucoup de femmes disaient que c'étaient elles qui faisaient ce qu'il fallait pour jouir, et que cela marchait quel que soit le partenaire...

Les réponses d'Anaïs Charney, sexothérapeute

Si le sextoy est utilisé sans brutalité alors il ne devrait pas y avoir de problèmes. Toutefois, l'orgasme clitoridien a besoin d'un temps de rétraction c'est-à-dire qu'il faut au clitoris quelques minutes afin de pouvoir être stimulé à nouveau, sinon en effet cela peut causer des douleurs et de l'agacement de la part de la femme !

En effet la jouissance peut être clitoridienne, vaginale ou anale. Cela étonne mais si la personne est dans un état d'excitation favorable alors oui l'orgasme peut être anal.

Cela ne veut pas forcement dire que vous êtes bi sexuelle, toutefois c'est peut être l'émergence de fantasmes auto érotiques, par rapport à votre propre corps, ce n'est pas grave. Si vous n'avez pas envie de passer à l'acte alors cette excitation peut rester qu'un fantasme.

C'est possible dans le cas où vous êtes gênée par rapport à votre sécrétion. Alors vous ne serez plus dans un état de "lâcher prise" propice à l'orgasme.

Les dyspareunies ou douleurs vaginales on des origines bien plus profondes que ce qui y parait. Si des causes organiques ont toutes été écartées alors un vrai travail psycho-thérapeutique s'impose. La réponse est enfouie en vous.

Pas du tout, bien au contraire. Cette sensation positive détend la mère et l'enfant.

La libido peut toujours être activée mais l'excitation viendra un peu moins vite.

Parfois l'investissement physique et psychologique d'une mère envers ses enfants peut, en effet, avoir des répercutions sur la libido de cette dernière. Il faut envisager alors un petit travail sur soi, son couple, et la place de chacun dans la famille.

Cela signifie qu'il lui faut du temps afin de découvrir les autres façons de prendre du plaisir. Il faut qu'ensemble vous appreniez à faire monter le désir et l'envie, doucement, ensemble.

Pour prendre du plaisir et avoir des orgasmes, il faut d'abord être très excitée, se sentir bien dans son corps, bien dans sa tête... Les premiers rapports ne sont pas forcement jouissif, il faut du temps pour se connaître, connaître ses envies, savoir laisser monter le désir en douceur. En ce qui concerne les saignements je vous conseille d'aller consulter votre gynécologue. C'est peut être pas grand choses mais en tout cas ça rassure.

Il vaut mieux consulter votre gynécologue afin de vous assurer que ces petites brûlures ne sont pas des champignons. Sinon un gel lubrifiant à l'eau qui se vend en pharmacie tout simplement.

Tout dépend de l'état fantasmatique de la personne. Si cela l'excite alors je dirais que oui. Dans le cas inverse alors j'aurais tendance à préconiser les caresses car tout le corps est érogène et participe à la montée du désir et donc de l'orgasme.

Le point G existe vraiment c'est une zone qui a été définie par le Dr Grafenberg. Toutefois seulement 1/3 des femmes y sont sensibles.

La femme est constituée de telle sorte qu'elle est tout à fait capable de ressentir les deux types d'orgasmes (clitoridien et vaginal. Mais l'orgasme clitoridien est beaucoup plus accessible. L'orgasme vaginal demande une vraie montée du désir et un lâcher prise pendant le rapport.

Tout dépend dans quel état d'esprit vous êtes, il est clair que si vous êtes dans un état fusionnel avec votre enfant le désir pour votre conjoint risque d'être amoindri car votre psyché est déjà mobilisé par ailleurs.

Je dirais que oui mais l'intensité variera en fonction de la femme.

Souvent, le plaisir et la jouissance est propre à chaque femme. Dans les médias la femme est souvent représentée comme un objet de plaisir pour l'homme à travers les yeux des hommes.

Ces deux types d'orgasmes sont clairement différents ! Une femme qui a eu l'un et l'autre peut tout à fait les différencier.

Oui c'est normal, son corps est très sollicité par la grossesse, c'est une transformation à la fois physique et psychique. Beaucoup de choses sont en train de se modifier à cela s'ajoute la fatigue. Il est alors normal que la femme voit ses envies changer parfois. Mais en général tout revient dans l'ordre.

Le vaginal est plus fort il investit tout le corps de la femme.

Il faut se poser la question de que s'est il passé ? Qu'est-ce qui a changé ?

Parfois dans un couple il est important de communiquer et de laisser la possibilité à l'autre de s'exprimer. Voir un thérapeute de couple ou un sexologue pourrait vous aider à mettre les choses à plats et repartir sur des bases saines.

C'est possible je vous conseil de consulter votre gynécologue.

Oui.

Peut-être que ce choc vous a changé profondément. Il n'est pas rare qu'une personne ayant subit un traumatisme important soit choquée à plusieurs niveaux. C'est visiblement toute la représentation de vous même qui a été ébranlée. Je vous conseil de consulter quelqu'un, un psychologue par exemple, avec qui vous pourrez échanger et mettre à plat ce qui vous est arrivé.

Tout dépend de l'envie profonde que vous avez.

Je crois que oui.

Non si l'excitation est grande et que vous êtes détendu, alors il n'y a pas de risque de douleur.

 

Les réponses d'Elisa Brune, journaliste scientifique

Les hormones qui sont dans la pilule sont plutôt antagonistes de la libido mais cela ne s'exprime qu'à partir de 30/35 ans quand le niveau naturel des hormones féminines commence à décliner.

Oui bien sûr. Les femmes homosexuelles ont bien sûr accès à l'orgasme et souvent de façon plus fréquente et plus satisfaisante que les femmes hétérosexuelles parce qu'elles ont des rapports sexuels accès sur le plaisir féminin évidemment qui peut passer par la pénétration mais pas nécessairement. Dans les sondages 40% des femmes hétéro estiment que la pénétration n'est pas nécessaire pour un rapport sexuel satisfaisant.

C'est d'abord lié à une histoire biologique. L'orgasme féminin n'étant pas nécessaire à la procréation, il n'a pas été sélectionné génétiquement et peut donc avoir des fonctionnements très variables d'une femme à l'autre. C'est lié à des raisons anatomiques. L'organe du plaisir féminin est très petit et caché dans les replis de la vulve ce qui fait que beaucoup de jeunes filles peuvent ignorer en existence et ne découvrir l'orgasme qu'à l'âge adulte alors que tous les garçons font leur apprentissage tout seul et dès le plus jeune âge. Des raisons culturelles, qui influent sur le psychisme féminin et rendent l'expression du désir et du plaisir parfois très problématique.

Oui c'est normal, très peu de femmes peuvent jouir par le seul fait de la pénétration. Il faut trouver le moyen de stimuler en même temps le clitoris manuellement par l'homme ou la femme ou au moyen d'un vibromasseur ou parfois par certaines positions qui permettent un frottement du clitoris contre le bas ventre ou le pubis de l'homme par exemple dans la position assise face à face les jambes par dessus les cuisses de l'homme.

Chaque endroit du corps a un potentiel érotique tout dépend de la manière dont on le caresse. Dans le massage tantrique, on éveille chaque partie du corps l'une après l'autre en une séance d'au moins une heure de caresses avant de s'occuper des parties sexuelles proprement dites. Sans aller jusqu'à passer 1 heure dans des caresses, on peut éveiller le désir de la femme en l'approchant d'abord via des zones sensibles comme le cou, le haut du dos, le creux des bras et des genoux, les oreilles et pourquoi pas le cuir chevelu avant de s'intéresser aux seins qui eux ouvrent les portes de la sensibilité génitale.

Cette possibilité existe seulement pour une minorité de femmes qui ont des particularités anatomiques ou physiologiques rendant l'excitation vaginale suffisante pour déclencher l'orgasme. Cela peut être du au positionnement du ciltoris assez proche de l'entrée du vagin. Chez la majorité des femmes, la stimulation vaginale ne suffit pas à déclencher l'orgasme, il faut y ajouter la stimulation clitoridienne.

Le point G n'est pas une structure anatomique identifiable, il correspond à une sensibilité particulière d'une certaine zone du vagin. Cette zone peut se trouver à hauteur du contact entre le vagin et la partie interne du clitoris ou bien entre le vagin et la glande para urétrale qui est de taille et d'excitabilité très variable d'une femme à l'autre. On note aussi des femmes qui présentent une autre zone sensible se trouvant au fond du vagin. Au total, chaque femme a sa propre géographie et son vagin ne ressemble à aucun autre.

Oui bien sûr, l'orgasme est un réflexe nerveux qui dépend d'une stimulation physique et qui est favorisée ou inhibée par un état psychique. Le fait d'être amoureuse peut aussi bien favoriser l'orgasme que le rendre plus difficile à cause des enjeux et du stress qu'il induit. Un partenaire dont on n'est pas amoureuse et qui a une bonne technique sexuelle peut permettre d'accéder à l'orgasme.

Oui la prostate féminine est aujourd'hui une structure anatomique reconnue, elle fait partie de la nomenclature médicale internationale depuis 2001. C'est un organe analogue à la prostate masculine qui n'a pas de fonction physiologique et qui est présent à l'état de développement varié d'une femme à l'autre. Certaines femmes ont une prostate complète qui peut sécréter un liquide émis lors d'une stimulation vaginale et qui n'a rien de pathologique, c'est ce qu'on appelles les "femmes fontaines". Cela arrive de façon régulière pour environ 15% des femmes et de façon occasionnelle ou exceptionnelle pour 1% de femmes. Pour les autres, la prostate est peu développée ou carrément absente et cela n'a rien de pathologique non plus. Anatomiquement, c'est un réseau de petits canaux qui entourent l'urètre et qui peut être excité par une stimulation vaginale spécifique, c'est-à-dire une caresse particulièrement forte du côté antérieur du vagin. Il existe des sextoys spécialement configurés pour stimuler ce point de contact.

L'état d'esprit pendant le rapport sexuel rend l'orgasme plus ou moins facile ce qui l'empêche à tous les coups : des soucis extérieurs, enfants, boulot... et l'inquiétude quant à la relation avec le partenaire par exemple avoir peur de l'image qu'on lui donne ou bien se soucier de sa satisfaction à lui. L'orgasme demande de lâcher prise de tous ses soucis et inquiétudes pour se concentrer exclusivement sur ses sensations et son excitation sans ce petit moment "d'égoïsme", c'est difficile de s'abandonner au plaisir.

Le fantasme n'est pas nécessaire à toutes les femmes pour jouir mais il peut-être utile à beaucoup d'entre elles pour accéder au plaisir ou pour l'accélérer. Cela n'a rien d'inquiétant c'est simplement une stimulation supplémentaire. La teneur de ces fantasmes peut-être parfois étonnante mais cela ne signifie pas que l'on éprouve le besoin de passer à l'acte dans la réalité.

La période réfractaire d'une femme après un orgasme est extrêmement variable, certaines peuvent avoir des orgasmes très rapprochés et d'autres ont besoin de quelques heures et parfois il faut attendre encore plus longtemps. C'est une particularité physiologique du système nerveux dont il ne faut pas s'inquiéter mais qu'il faut connaître et à laquelle s'adapter notamment en prévenant ses partenaires de ne pas s'acharner inutilement. Ceci dit le recours au fantasme peut parfois accélérer la reprise de l'excitation.

 

En savoir plus

Dossiers sur Bonjour-docteur.com :

Animation 3D :

Questions/réponses :

Sur le forum :

Livre :