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Enfance : seules 4% des victimes de violences sexuelles prises en charge

Les conséquences des violences sexuelles subies dans l'enfance ont des conséquences dramatiques. Elles laissent des cicatrices profondes, même 50 ans après, révèle une enquête. Près de la moitié des victimes ont déjà tenté de se suicider, parfois même une dizaine de fois. Une association de victimes dénonce la "loi du silence" et le scandale de la prise en charge, souvent inexistante.

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Enfance : seules 4% des victimes de violences sexuelles prises en charge (Photo© kmiragaya - Fotolia.com) - Vidéo : entretien avec Michèle Barzach, présidente UNICEF France

Tentative de suicide, phobie, perte d'estime de soi, amnésie, stress post-traumatique... Les conséquences des violences sexuelles dans l'enfance sont extrêmement lourdes. Et plus la victime est jeune au moment des faits, plus les contrecoups sont marqués. 42% des personnes interrogées ont déjà tenté de se suicider, parfois plus de dix fois, et 96% reconnaissent un impact des violences sur leur santé mentale. Le physique des victimes agressées dans l'enfance est aussi affecté par ces violences. 69% d'entre elles souffrent de douleurs chroniques, de troubles alimentaires ou encore de pathologies de l'appareil uro-génital.

Plus de 1.210 victimes de violences sexuelles âgées aujourd'hui de 15 à 72 ans, dont 95% de femmes, ont accepté de répondre à cette enquête de l'association Mémoire traumatique et victimologie, conduite de mars à septembre, avec le soutien de l'Unicef France, dans le cadre de la campagne "Stop au déni". En France, une femme sur cinq et un homme sur quatorze déclarent avoir subi des violences sexuelles. Les enfants sont les principales victimes : 81% ont subi ces violences avant l'âge de 18 ans, dont 51% avant 11 ans et 21% avant 6 ans. Dans plus de la moitié des cas, leur agresseur était un membre de la famille. "Mon père m'a violée en moyenne 3 à 4 fois par semaine pendant dix ans", témoigne ainsi une victime.

Un coût humain "alarmant"

"Le coût humain des violences sexuelles, en particulier celles infligées aux mineurs, est alarmant", souligne l'association présidée par le Dr Muriel Salmona, qui dénonce la "la loi du silence". "Il s'agit d'un véritable scandale de santé publique et d'une atteinte aux droits des victimes". Ce qui ressort de l'enquête est "l'absence de prise en charge adaptée, de protection et de reconnaissance des victimes, surtout les plus vulnérables, alors même que les conséquences sur la santé et la vie affective, familiale et professionnelle apparaissent extrêmement importantes". Plus les violences sont assorties de circonstances aggravantes (viol, inceste), moins les victimes ont été protégées par la police, la justice ou leurs proches.

Seules 4% des victimes agressées dans l'enfance indiquent avoir été prises en charge par l'Aide sociale. Parmi celles qui ont porté plainte, 66% de celles qui avaient moins de 6 ans au moment des faits déclarent "n'avoir jamais été protégées", tout comme 70% de celles entre 6 et 10 ans et 71% de celles entre 11 et 14 ans. "Il est urgent que les pouvoirs publics mettent en œuvre les moyens nécessaires pour protéger, accompagner et soigner efficacement les victimes afin d'enrayer le cycle infernal des violences", souligne le Dr Muriel Salmona.

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