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Crise des urgences : quelles solutions à l'étranger ?

Alors que le projet de loi Santé vient d'être adopté par le Sénat pour remédier à la crise, certains de nos voisins européens ont également été confrontés à une crise des urgences.   

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Crise des urgences : quelles solutions à l'étranger ?

Nous ne sommes pas les seuls à avoir été confrontés à une crise des urgences… Les Danois ont mis en place un nouveau système qui a amélioré l’accès aux urgences. Avec une sorte de "15 bis", un numéro également accessible 24h/24 et 7 jours sur 7, mais, dédié aux situations où le pronostic vital des personnes, n’est pas engagé de manière évidente.


Cheville très déformée par une chute, fièvre élevée, douleur persistante… Tous ceux qui s’inquiètent pour leur santé, et dont le médecin généraliste est indisponible, peuvent composer ce numéro. En fait, ce n’est pas seulement qu’ils peuvent… c’est qu’ils DOIVENT le faire SANS commencer par se rendre aux urgences. A partir de ce principe, chaque région a son numéro et son organisation particulière.
Celle qui entoure Copenhague, a décidé de créer un service assuré par 160 médecins et 80 infirmières qui se relaient pour répondre à 2 millions d’appels par an.

Au Danemark, un suivi des patients avant les urgences

500 000 personnes ont recours aux urgences à Copenhague. Freddy Dippert, qui coordonne ce service, explique qu’une fois sur deux, ses équipes réussissent à rassurer les patients.

  • Parfois, en utilisant la vidéo pour voir une éruption cutanée, par exemple, cela permet non seulement de faire un meilleur diagnostic mais aussi d’être plus rassurant. La personne sait que le médecin a bien vu de quoi il s’agissait. 
  • Une autre situation peut intervenir en cas de problème précis comme, une infection urinaire très bien décrite, car, malheureusement fréquente, une ordonnance peut alors être envoyée au pharmacien de garde.
  • Dans 2 % des appels, la situation est inquiétante et une ambulance est envoyée avec une équipe soignante à bord, proche du SAMU.
  • Si les patients le peuvent, ils restent chez eux et ils sont traités. On leur propose alors de rester en contact si besoin. S’il n’est pas nécessaire de faire d’autres traitements, deux options sont possibles. Soit un message est envoyé au médecin généraliste qui explique que le patient a été soigné et aura besoin d'un suivi, soit les équipes infirmières de la municipalité sont contactées pour organiser le suivi de ce patient.

Quand l’orientation vers les urgences s’impose

  • Soit avec l’ambulance dans les cas les plus graves.
  • Soit, si la personne ne peut pas être accompagnée ou venir seule, un transport est organisé (un peu comme nos taxis remboursés).
    Il est proposé un ou plusieurs créneaux dans la journée et des services d’urgence à proximité. Cela peut-être plus ou moins rapide, selon la gravité bien sûr mais aussi selon l’activité de ces services. 

Les équipes du "15 bis" connaissent en effet en temps réel la charge de travail dans tous les hôpitaux de la région. S’ils sont tous très occupés, aucune prise en charge possible pour une fracture simple avant deux heures par exemple, le patient peut rester chez lui en attendant. Son dossier et sa place sont créés aux urgences sans avoir besoin d’être physiquement dans la file d’attente. 

Une prise en charge rapide aux urgences

Les statistiques présentées par Freddy Dippert pour sa région ne sont pas très spectaculaires. La première année, il y a 5 ans, le nombre de patients aux urgences a diminué de 10 % et cela reste stable depuis… Mais si on compare à notre courbe qui ne cesse d’augmenter, comme eux avant, c’est déjà beaucoup.


Une fois les patients arrivés à l’heure prévue, ils sont en moyenne pris en charge en 15 minutes ! La terrible tension dans les salles d’attente a disparu.
Les équipes ont une meilleure visibilité avec moins de temps "administratif" puisque le dossier est créé par le "15 bis", lorsque tout va bien. 
Annette Wandel de la "Fédération des associations de patients danois" révèle quelques bémols.


Dans les débuts de ce dispositif, 3 cas de méningites à Copenhague n’ont pas été identifiés au téléphone et les patients sont décédés. Depuis, la formation des équipes a été renforcée. Dans d’autres régions, le délai moyen d’attente reste en fait de plusieurs heures pour les "petites" urgences.
Tout n’est pas résolu au Danemark mais l’Allemagne, la Nouvelle-Zélande et l’Australie sont venus s’inspirer de l’expérience de Copenhague.

Aux Pays-Bas : l'engagement des généralistes, un des piliers de l'organisation  

Dans ce pays, la plupart des médecins généralistes exercent dans des cabinets collectifs qui facilitent l’organisation de créneaux d’urgences dans la journée. On ne voit pas forcément son médecin traitant mais au moins un de ses collègues. Cela est facilité par la part importante des consultations téléphoniques, reconnues et remboursées par leur Sécurité Sociale. 


En dehors des heures d’ouverture qui vont parfois jusqu’à 20h, il faut appeler un autre numéro. C’est celui du poste de garde de nuit. Il est presque toujours situé dans un hôpital, mais, tenu par des généralistes pour tous les soins qui relèvent de leur compétence.
Si vous n’avez pas appelé avant, cela vous coûtera 139 euros ! Car là aussi bien sûr, un triage important est réalisé par une infirmière au téléphone, c'est encore une étape d’orientation essentielle. Une option supplémentaire intervient par rapport au système danois avec la possibilité qu'un généraliste se rende au domicile de la personne. Le plus souvent, c’est elle qui se déplace, avec une heure de rendez-vous.

Des urgences désengorgées aux Pays-Bas

Le nombre de patients qui se présentent directement aux urgences a diminué de moitié. Seuls 15% viennent directement "en panique", après un accident et ils risquent de se faire renvoyer ! Thom Meens, de la fédération d’associations de patients néerlandais, signale un autre élément dissuasif, le tarif de 385 euros lors de la première visite chaque année à l'hôpital. Si on a téléphoné et que les généralistes du poste de secours vous font un plâtre par exemple, c’est gratuit. Même s’ils ont eu besoin de vous faire passer une radio.


Résultat, comme au Danemark, ce système a aussi réduit les temps d’attente avant d’être pris en charge aux urgences à une quinzaine de minutes. Désormais, Thom Meens explique que le manque d’infirmières commence à se faire sentir. Les hôpitaux n’arrivent pas à recruter et l’attente s’élève parfois à 2 heures. En revanche, une fois le diagnostic réalisé, il y a des lits réservés dans tous les services pour les patients qui arrivent par les urgences, ou par les postes de secours. Pour l’instant, apparemment, ils ne sont pas saturés, donc les équipes d’urgences ne passent pas des heures à chercher une place dans l’hôpital pour leurs patients.

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