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Le numerus clausus empêcherait les Français de faire médecine en France

Olivier Véran, député LREM, veut ouvrir le débat sur la fin du numerus clausus, promesse de campagne d'Emmanuel Macron.

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Entretien avec Olivier Véran, député de l'Isère

Le numerus clausus fixe chaque année le nombre d'étudiants en médecine admis en 2ème année. En 2018, il y aura 8.205 places au concours pour près de 60.000 candidats. La procédure est donc très sélective mais largement contournée. Certains étudiants partent faire médecine en Roumanie, en Belgique ou encore en Croatie. Ils reviennent ensuite exercer en France grâce à un système d'équivalence des diplômes. Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron disait vouloir en finir avec ce "dispositif périmé". Les explications du député La République En Marche (LREM) et neurologue Olivier Véran.

  • Pourquoi vouloir supprimer le numerus clausus ?

Dr O. Véran : "Aujourd'hui, le numerus clausus n'a plus qu'une utilité : empêcher des jeunes Français de faire médecine en France. Beaucoup de médecins étrangers s'installent en France. Un médecin sur quatre vient de l'étranger. De plus en plus d'étudiants français, pour contourner le concours ou parce que parfois ils ont échoué pour un QCM sur Aristote à accéder en 2ème année alors qu'ils ont une vraie vocation, vont se former dans des université francophiles en Roumanie, en Espagne, en Belgique… Donc, aujourd’hui, le numerus clausus ne sert à rien. Ensuite, si nous formons cette année 8.200 médecins, on en formait, lorsque le numerus clausus a été mis en place en 1972, 8.500, c'est-à-dire qu'on n'en forme aujourd'hui moins qu'il y a 45 ans.

"La population a augmenté, on vit de plus en plus longtemps, on connaît le boom des maladies chroniques. On constate bien qu'avec les déserts médicaux, en ville comme à l'hôpital, on a besoin de médecins. On paie même des chasseurs de tête pour aller chercher en Roumanie des médecins roumains pour les implanter dans nos campagnes. Je propose donc de remplacer le numerus clausus parce qu'on pourrait appeler un numerus apertus. Aujourd'hui, on forme au maximum 8.200 médecins par an. Moi, je propose qu'on dise on forme au minimum 8.200 médecins. Et, puis ce sera aux doyens dans les facs de médecine de développer une offre de formation de qualité pour pouvoir augmenter le nombre de jeunes médecins français."

  • Sans numérus clausus et donc sélection drastique, le niveau des futurs médecins va-t-il baisser ?

Dr O. Véran : "Il y a des collègues qui étaient avec moi sur les bancs de la faculté en première année de médecine qui ont échoué pour un ou deux points, qui 13 ou 14 sur 20. On peut parler aussi de la façon de sélectionner les étudiants en médecine. Est-ce qu’on le fait sur des valeurs d’humanisme, de vocation… Il faut tout revoir. On peut développer de nouvelles façons de sélectionner, former les futurs professionnels de santé…"

  • Certains doyens alertent sur le manque de terrains de stage pour les futurs praticiens. A-t-on les moyens de former davantage d’étudiants en médecine ?

Dr O. Véran : "Dans les années 1960, on formait jusqu’à 12.000 médecins par an. Il y avait moins d’hôpitaux, moins de médecins installés… J’ai fait 12 ans pour apprendre la neurologie. Je n’ai pas mis les pieds dans un cabinet de neurologue. Je pense que mes collègues en ville étaient aussi capables de m’apprendre des choses pour mon futur métier, mon futur exercice… Il y a aussi l’apprentissage par simulation, ce qu’on appelle les MOOCS, l’apprentissage numérique… On a la possibilité de développer des terrains de stage. Il ne faut pas s’arrêter à cet obstacle."

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