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Portrait d'une pionnière dans les déserts médicaux

Le dispositif phare du "pacte territoire santé" présenté fin 2012 par le gouvernement pour lutter contre les "déserts médicaux", le contrat de praticien territorial de médecine générale (PTMG) qui vise à soutenir l’installation des jeunes praticiens dans de nombreux départements fragilisés en matière d'accès aux soins. Allodocteurs.fr a souhaité échanger avec le docteur Loiseaux, première signataire de ce contrat, qui voit dans cette mesure une opportunité donnée aux jeunes médecins de débuter leur métier plus sereinement, mais également de façon plus humaine.

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Portrait d'une pionnière dans les déserts médicaux
Portrait d'une pionnière dans les déserts médicaux

Tiphaine Loiseaux est devenue, le 3 septembre 2013, le premier jeune médecin à signer le contrat de praticien territorial de médecine générale (PTMG), prévu par le Pacte Territoire Santé du gouvernement.

Le dispositif PTMG est l'un des engagements phares du pacte "Territoire Santé" lancé fin 2012 par le ministère des affaires sociales et de la santé pour lutter contre les "déserts médicaux".

Il doit faciliter l’implantation des médecins généralistes installés depuis moins d’un an dans les zones caractérisées par des difficultés dans l'accès aux soins.

Le médecin signataire s’engage à respecter les tarifs opposables (secteur 1 de l’assurance maladie), à assurer la continuité des soins et à participer à une prise charge coordonnée de ses patients.

Le contrat garantit en retour au médecin d’un revenu net mensuel de 3640 euros et des avantages en matière de protection sociale.

Elle semble un peu gênée "d'ouvrir le bal" et d'attirer ainsi l'attention sur sa personne. La médecine est pour elle, avant toute chose, une question de relations humaines, certainement pas de géographie.

"Je pratique ici la médecine que j'aime"

La jeune docteur, originaire des Hauts de Seine, a effectué ses études de médecine à Paris. En 2011, elle effectue un stage en addictologie. Sa maître de stage travaille dans un cabinet médical à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis (69 médecins pour 100.000 habitants, contre 101 en Ile-de-France et 109 en France métropolitaine). Tiphaine Loiseaux y entre en tant qu'interne, puis y effectue des remplacements. Elle s'y plait énormément. "Je pratique ici la médecine que j'aime, avec beaucoup de relations humaines, des situations variées", constate simplement la jeune femme.

"La médecine générale est la spécialité la plus stimulante intellectuellement, elle nous conduit à entrer en contact avec des personnes de tous les âges et avec toutes les formes de pathologies". De fait, la jeune docteur admet qu'elle se serait installée à Aubervilliers "de toute façon", avec ou sans incitation gouvernementale.

"La Seine Saint-Denis souffre d'une mauvaise réputation qui, une fois que l'on est sur place, ne se vérifie pas tant que ça", s'amuse-t-elle. "La zone est assez méconnue, et c'est peut être l'une des raisons pour lesquelles les médecins ne songent pas à s'y implanter. Par ailleurs, la plupart des médecins installés sur le département le sont depuis longtemps. Il y a peu de jeunes praticiens, et cela n'attire peut-être pas les jeunes médecins. Mais l'Aubervilliers d'aujourd'hui n'est pas l'Aubervilliers qui existera dans dix ans", observe-t-elle avec optimisme.

Un dispositif qui permet une meilleure prise en charge des patients

Signer un contrat PTMG avec les représentants de son agence régionale de santé (ARS) constitue pour Tiphaine Loiseaux une opportunité à de nombreux titres. "Le dispositif garantit de compléter les revenus des jeunes praticiens jusqu'à une certaine hauteur (voir encadré), si le nombre de patients n'est pas assez important. C'est très rassurant, car effectivement, au début de l'installation, la patientièle n'est pas nombreuse… même dans des zones où la pénurie de médecins est importante. Cela peut sembler paradoxal, mais les habitudes et la confiance légitime que l'on peut avoir dans les médecins que l'on connaît déjà font que des patients préféreront parfois passer plusieurs heures à attendre leur tour dans une salle d'attente que de s'adresser à un nouveau médecin."

Le dispositif autorise également, selon elle, une meilleure prise en charge des nombreux patients qui doivent apprendre à faire confiance à un nouveau praticien. "Cette garantie financière autorise de continuer à faire la médecine que j’aime, de prendre un peu plus de temps avec chaque personne plutôt que d'enchaîner les consultations."

Au fil de ses échanges avec le référent de son agence régionale de santé, le docteur Loiseaux a souhaité que soit formalisé dans son contrat sa volonté d’engagement dans des actions de préventions, correspondant aux besoins identifiés sur le territoire (parmi lesquels le dépistage et à la prévention de l’obésité ou du saturnisme infantile). "Formaliser cet engagement avec l'ARS implique que celle-ci favorise les contacts avec les différents réseaux de soins du département. C’est très important, puisque cela permet de mieux orienter les patients, plus rapidement, vers [des structures de proximité] adaptées à leurs cas".

Tiphaine Loiseaux connaît peu de jeunes médecins, autour d’elle, qui seraient susceptibles de souscrire au dispositif, car la plupart préfèrent effectuer des remplacements plutôt que de réellement s’installer, en intégrant un cabinet. Le dispositif n’encourage donc pas nécessairement des choix de vie, mais constitue une opportunité réelle pour ceux qui désirent s’implanter dans des territoires délaissés.

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