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"Balance ton plan" : le coup de gueule d’une médecin… en chanson !

VIDEO - La docteure Sabrina Ali Benali se met en scène dans une imitation acide du tube "Balance ton Porc" pour dénoncer l’inaction du ministère de la Santé face à la crise de l’hôpital public.

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Crédits Photo : Capture d'écran Video Youtube - Sabrina Ali Benali

"Suicides soignants dans les hostos, décès de patients sur les brancards ; 2019 je ne sais pas ce qu’il te faut ; Agnès t’en as rien à tricard." La docteure Sabrina Ali Benali ne mâche pas ses mots. Dans une vidéo intitulée Balance ton Plan qu’elle adresse au ministère de la Santé, la médecin autrice de La révolte d’une interne (éditions Cherche Midi, 2018) s’insurge de la situation de crise des hôpitaux publics et de l’inaction du gouvernement. Le tout sur l’air du tube de la chanteuse Angèle, Balance ton Porc.

"On attendait la mobilisation du 14 novembre"

En somme, le message est clair : "Balance ton plan, file nous de quoi soigner les gens" martèle-t-elle dans le refrain de la chanson. "L’idée m’est apparue début septembre, lors des annonces du pacte de refondation des urgences" nous explique la docteure Ali Benali. "Une de mes consœurs fredonnait souvent cette chanson, j’avais l’air dans la tête et les paroles me sont venues naturellement" poursuit-elle.

"J’ai ensuite écrit le scénario, le collectif Inter Urgences s’est joint à moi et des bénévoles m’ont aidé pour la partie technique. Nous avons attendu la mobilisation intense du 14 novembre avant de publier ce clip car on espérait des réactions de la part du gouvernement" poursuit-elle.

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"On vous regarde et on vous dit qu’on n’en a rien à faire"

Mais la mobilisation "d’une ampleur inédite" se déroule, "tous les maillons de la chaîne de l’hôpital public sont dans la rue" et pourtant, les annonces gouvernementales ne suivent pas et déçoivent. "On nous regarde et on nous dit qu’on n’en a rien à faire" interprète la médecin.

Aucune des trois revendications des grévistes n’est acceptée : "ni Objectif national des dépenses d'assurance maladie (ONDAM) à 4% pour permettre la réouverture des lits, ni recrutement de personnels en nombre suffisant, ni augmentation de 300 euros net mensuels pour les plus bas salaires" détaille la docteure Ali Benali. "La petite augmentation annoncée ne couvre même pas une journée de fonctionnement, c’est de la folie."

Pourtant toutes les instances sont unanimes : "il faut des financements à la hauteur des besoins, sinon c’est la mort assurée" appuie-t-elle. "Nous connaissons l’hôpital, depuis 40 ans pour certains d’entre nous, tous les corps de métier sont réunis de façon unanime mais nous ne sommes toujours pas écoutés" s’indigne la médecin qui résume : "nous sommes face à un gouvernement qui n’a plus de respect pour la vie humaine."

Trois autres journées de mobilisation déjà prévues

Et maintenant ? Le clip mis en ligne le 21 novembre a dépassé le million de vues sur Facebook et remporte une forte adhésion. "Agnès Buzyn, Emmanuel Macron, une réaction où vous en avez vraiment rien à tricard des morts sur les brancards ?" interpelle Sabrina Ali Benali dans une nouvelle publication Facebook le 25 novembre.

Pour elle comme pour les autres soignants, la mobilisation continue : "Une large partie d’entre nous sera présente le 5 décembre (journée du prochain mouvement de grève nationale, ndlr) même s’il n’y a pas encore d’appel officiel au nom des collectifs."

Trois autres journées de mobilisation ont déjà été posées le 30 novembre et les 10 et 17 décembre, avec "un appel à mener des actions dans les grandes villes et une opération « hôpital mort » comme le 14 novembre".

"Sidération et tétanie"

Dans les témoignages qu’elle reçoit depuis la publication de la vidéo Balance ton plan, Sabrina Ali Benali voit "beaucoup de gens qui ont envie de devenir plus radicaux". "Personnellement, je ne m’attendais pas à un tel cynisme et à un tel mépris. Je suis dans un état de sidération et de tétanie" nous confie-t-elle.

"Dans mon imaginaire, quand la population se révoltait dans une démocratie, on observait un recul du gouvernement. Ici, ils mettent un coup d’accélérateur et nous regardent en souriant" s’alarme la médecin. Elle conclut : "Je ne suis ni optimiste ni pessimiste mais je ne vois pas d’autre option que de continuer à lutter."

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