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Economie de la santé : des analyses biologiques inutiles et coûteuses

Chaque année, l'Assurance-maladie publie un rapport avec des pistes d'économies. Et parmi les propositions pour 2016, il y a les examens réalisés en laboratoire. Pourquoi prescrit-on autant d'examens biologiques ? Sont-ils tous utiles ? Que faire pour diminuer le nombre d'analyses injustifiées ? Les explications avec Maroussia Renard, chroniqueuse spécialisée en économie.

Rédigé le , mis à jour le

Economie de la santé : des analyses biologiques inutiles et coûteuses

Il n'y a pas que les patients qui craignent les prises de sang… Pour la Sécurité sociale aussi, c'est loin d'être indolore. En 2013, année la plus récente pour laquelle on a des chiffres, la Sécu a remboursé 820 millions d'actes de biologie pour un montant de 3,5 milliards d'euros (hors hôpital).

Cela va du simple prélèvement d'urine pour une infection urinaire aux examens de biologie moléculaire les plus sophistiqués pour détecter des maladies génétiques. Au total, 1.000 analyses biologiques différentes sont remboursées en France. Or, selon le rapport de l'Assurance-maladie, elles ne sont pas toujours prescrites à bon escient, loin de là. L'Assurance-maladie considère qu'il serait possible d'économiser 200 millions d'euros en trois ans, sans pour autant nuire à la qualité des soins pour les patients.

Pourquoi prescrit-on autant d'examens biologiques ?

Il y a évidemment des raisons structurelles à ces nombreuses prescriptions biologiques : la population vieillit, les techniques de diagnostic se modernisent et donc le nombre d'examens augmente… Mais quand on analyse les chiffres en détail, on se rend compte qu'il y a des explications moins rationnelles. En fait, cela dépend du médecin que vous consultez. Selon le rapport de la Sécu, un généraliste prescrit en moyenne pour 33 euros d'analyses biologiques par an à chaque patient. Mais pour 10% des médecins, la moyenne grimpe à 62 euros par patient, près du double, alors qu'ils ne suivent pas plus de malades chroniques ou de personnes âgées que les autres. Cela signifie que les habitudes de prescription sont très variables et parfois contestables.

Certains médecins font des ordonnances quasi automatiques ou très floues, du type "bilan hépatique", sans forcément de lien avec des signes cliniques observés en examinant le patient. Il y a aussi parfois une forme de pression de la part des patients qui à la moindre anomalie, demandent à leur médecin de leur prescrire des analyses qui pourraient par exemple éliminer l'hypothèse d'un cancer, simplement pour être "rassurés".

Des analyses biologiques inutiles ?

Il est compliqué de dire d'une analyse qu'elle est inutile tant qu'on n'a pas le résultat qui confirme que tout est normal. Et les analyses biologiques permettent de faire 60 à 70% des diagnostics de maladies en France. En revanche, il est certain que certains examens prescrits en routine ne sont pas justifiés.

Parmi les examens dans le viseur de la Sécu, il y a par exemple la détermination du groupe sanguin. Ces examens coûtent plus de 50 millions d'euros par an à la Sécu. Or, beaucoup de ces examens ne servent à rien. Le groupe sanguin est immuable tout au long de la vie, donc à partir du moment où vous avez eu cet examen en bonne et due forme, c'est-à-dire avec deux prélèvements à des moments différents, il est inutile de le refaire. Or, certains patients se voient prescrire une détermination de groupe sanguin sans même qu'on leur demande s'ils ont déjà une carte.

En théorie, il n'y a que deux cas dans lesquels cet examen est nécessaire et donc est pris en charge par la Sécu : les femmes enceintes et les patients qui vont être opérés ou qui doivent être transfusés en urgence, par exemple après un accident de la route. Cela n'explique pas les 3,5 millions de déterminations de groupe sanguin remboursées chaque année. En fait, beaucoup de patients demandent cette analyse pour un voyage à l'étranger, pour s'inscrire dans un club sportif ou même pour faire un régime… Dans ces cas-là, la Sécu rappelle qu'il s'agit d'examens de convenance qui ne doivent pas être remboursés. En théorie, le patient doit donc payer de sa poche. L'examen coûte environ une cinquantaine d'euros.

La chasse aux examens non justifiés

Une des solutions pour diminuer le nombre d'analyses injustifiées consiste à définir de manière précise dans quelles circonstances chaque analyse doit être prescrite et de mieux informer les médecins. C'est ce qui a été fait pour un examen en particulier : le dosage de vitamine D. Il s'agit d'une hormone qui joue un rôle majeur dans la minéralisation osseuse. C'est reconnu.

Il y a quelques années, une espèce de mode consistait à faire un dosage de vitamine D au moindre symptôme. Résultat : le nombre de dosages a été multiplié par dix en dix ans, ce qui coûte plus de 100 millions d'euros chaque année à la Sécu. Les pouvoirs publics ont donc décidé de s'attaquer au problème en demandant à la Haute autorité de santé d'évaluer l'utilité de ce dosage.

Ces recommandations ont été publiées en 2013 et elles sont très claires. Selon la HAS, dans l'immense majorité des cas, ce dosage n'a aucune utilité. Il doit donc être réservé à certaines indications très précises, six exactement, comme par exemple les personnes âgées victimes de chutes à répétition ou les patients qui ont eu une greffe de rein.

En dehors de ces cas, le médecin peut toujours prescrire ce dosage, mais il ne sera pas remboursé par la Sécu. Le message a largement été diffusé auprès des médecins et des labos et cela a été efficace puisque le nombre de dosages de vitamine D a été divisé par deux au cours des douze derniers mois.

Le rôle des biologistes médicaux renforcé

Depuis une loi de 2013, le rôle des biologistes médicaux a été renforcé, puisque ce texte leur donne le droit d'intervenir sur les ordonnances. Concrètement, si vous arrivez au laboratoire avec une prescription et qu'après un interrogatoire, le biologiste estime que certaines analyses ne sont pas pertinentes, il peut décider de ne pas les faire ou d'en faire d'autres. À condition d'en informer le médecin qui reste libre et responsable de ses prescriptions et donc qui peut refuser les changements.

Cette réforme n'a que deux ans, il est donc un peu tôt pour en mesurer les effets. Mais cela devrait aider à faire diminuer le nombre d'examens inutiles ou redondants. Mais cette chasse aux examens inutiles ne doit pas faire oublier non plus les examens nécessaires qui ne sont pas réalisés : une patiente qui ne fait pas de frottis réguliers et qui développe un cancer, un diabétique qui ne fait pas ses analyses de suivi et qui a des complications… Cela coûte aussi très cher à la Sécu.

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