Entretien avec Eric Audouy, vice-président de la Coordination Nationale Infirmière
Entretien avec Eric Audouy, vice-président de la Coordination Nationale Infirmière

Grève des infirmiers : « La vie des soignants est en danger »

Ce mardi 24 janvier, une dizaine d’organisations syndicales des infirmiers appellent à la grève, pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail. Nathalie Depoire, présidente de la Coordination nationale infirmière (CNI) répond à Allodocteurs.fr.

Olivier Levard
Rédigé le , mis à jour le
  • Quelles sont vos revendications ?

Nathalie Depoire, présidente de la CNI : "Elles n’ont pas changées : nous voulons sortir de cette politique du chiffre, de cette réflexion basée uniquement sur les résultats immédiats. Nos conditions de travail se sont dégradées, ce qui a un impact négatif sur la prise en charge. Aujourd’hui, la vie des patients comme celle des soignants est en danger.

Il faut arrêter de considérer l’hôpital comme une entreprise ! Les humains ne sont pas des pièces industrielles.

Aussi, nous attendons toujours l’évolution de notre formation, la mise en place de masters de spécialisation. Toutes les discussions sont suspendues à ce sujet. Là encore, le problème est financier : un docteur infirmier coûterait trop cher. Or, à terme, nous serions plus efficients, donc des économies pourraient être faites, à plus long terme.

A cela s’ajoute le mépris de notre ministère de tutelle, un vrai manque de considération."

  • Marisol Touraine, la ministre de la Santé, a dévoilé un plan pour l’amélioration de la qualité de vie au travail des soignants début décembre. N’est-ce pas suffisant ?

Nathalie Depoire, présidente de la CNI : "Depuis la dernière manifestation, le 8 novembre, nous n’avons pas été reçus au Ministère. Il y a eu des avancées sur les droits étudiants infirmiers : l’alignement de leurs bourses, la revalorisation de leurs indemnités de stage… C’est bien, mais pas assez. Surtout que nous n’avons plus le temps de les former sur le terrain !

Marisol Touraine a également proposé 30 millions d’euros sur trois ans, pour prendre soin de la santé des soignants, ça ne répond pas à l’urgence. Il y a moins de visites médicales, moins de prises en charge du personnel. Puis 30 millions sur trois ans, ce n’est pas énorme. Je rappelle qu’elle demande 3,5 milliards d’économies en 2015/2017. C’est bien ça le problème !"

  • Que proposez-vous ?

Nathalie Depoire, présidente de la CNI : "Il faut s’adapter aux besoins réels. Réorganiser les services selon le nombre de lits est absurde. Ce n’est pas cohérent de demander tant d’infirmiers parce qu’il y a tant de lits. L’autonomie et les besoins du patient sont à prendre en compte.

Notre priorité est de nous occuper des patients et de leurs familles. Or, on nous demande toujours plus d’économies. On est sur un fil, tous les jours. Comment peut-on aller plus loin dans notre métier ? Je ne vois pas. L’épisode de la grippe a été révélateur…

Nous passons notre temps à courir après le matériel : nous perdons plusieurs minutes par jour à la recherche de masques, de gants, nous devons parfois faire quatre services avant de trouver une couverture !

Depuis le 8 novembre, il y a eu beaucoup d’annonces, et d’autres sont prévues fin janvier. Maintenant, nous attendons des mesures concrètes, il y en a assez du blabla !"

  • CGT-FO-SUD ont lancé un appel à la grève pour le 7 mars. Pourquoi ne pas attendre, et risquer une dispersion des manifestants ?

Nathalie Depoire, présidente de la CNI : "On veut une prise de conscience des candidats à la présidentielle. Nous nous sommes mobilisés pendant la primaire de droite. Pourquoi pas pendant cette primaire de gauche ? Nous n’avons pas d’étiquette politique. Ce que nous souhaitons, ce sont des engagements pour garantir l’efficience de notre travail. Pendant les campagnes électorales, la santé est régulièrement oubliée. Là, elle est un peu plus au centre des débats, mais autour de la question de la sécurité sociale. Or, nous aimerions mettre en avant la sécurité et la qualité des soins, qu’importe le secteur. Et la qualité passe par l’amélioration de nos conditions de travail, du temps que nous pouvons, ou pas, consacrer aux patients.

Nous serons à nouveau là le 7 mars."

La mobilisation devrait être moins importante ce mardi 24 janvier, que celle du 8 novembre. Des milliers d'infirmiers et aides-soignants avaient manifesté dans un mouvement unitaire inédit depuis 30 ans.