Interview du Dr Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie
Interview du Dr Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie

Couple de policiers tués : un enfant traumatisé

Le couple de fonctionnaires de police assassinés lundi 14 mars 2016 à leur domicile de Magnanville, dans les Yvelines, laisse derrière lui un petit garçon de 3 ans. Il a assisté à la scène et a été retrouvé "dans un état de sidération" par les policiers du Raid. Il est hospitalisé à l'hôpital Necker-Enfants malades, à Paris.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Rédigé le , mis à jour le
  • Que peut-il se passer dans la tête d’un enfant confronté à une telle scène d’horreur ?

Dr Muriel Salmona, psychiatre : "Il y a d'abord un effet de sidération. Puis un traumatisme majeur qui peut entraîner des atteints neurologiques. Plus les enfants sont petits, plus les traumatismes sont graves mais les atteintes peuvent se réparer."

  • Gardera-t-il un souvenir précis de cet événement ?

Dr Muriel Salmona : "On ne peut pas savoir s’il va garder un souvenir autobiographique de cet évènement car il n'a que 3 ans mais ce qui est sûr, c'est qu’il en gardera une mémoire traumatique. Avec un ensemble d'images, de sensations, de bruits qui peuvent revenir ensuite et le hanter tout au long de sa vie, si on ne fait pas ce qu'il faut pour le prendre en charge."

  • Comment cet enfant va-t-il être pris en charge par les équipes médicales ?

Dr Muriel Salmona : "Dans un premier temps, ce qui est essentiel, c'est de le rassurer, le protéger, lui dire qu'il ne risque plus rien. De répondre à ses questions et puis petit à petit, à l'aide de jeux, pouvoir élaborer autour de ce qu'il a vu pour ne pas qu'il soit seul avec tout cela. Il faut pouvoir revenir avec lui sur cet événement pour mettre des mots dessus et pour lui permettre de l'intégrer."

  • Qu'est ce qu'un enfant de 3 ans comprend de la mort ?

Dr Muriel Salmona : "Les enfants de cet âge n'ont pas du tout la même perception de la mort que les adultes, en revanche, ils peuvent, même touts petits avoir une notion de perte extrême, de souffrance aiguë. Généralement, les enfants de cet âge ne peuvent pas se projeter dans l'avenir. Il va falloir faire tout un travail d'accompagnement avec lui et le reste de sa famille pour le deuil."