Covid : Agnès Buzyn dit avoir "prévenu", mais que "tout le monde s'en foutait"

Mise en examen pour sa gestion des premières semaines de l'épidémie de Covid, l'ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn affirme avoir alerté Emmanuel Macron et Edouard Philippe dès janvier 2020, et déplore avoir été ignorée.

Muriel Kaiser avec AFP
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L'ex-ministre de la Santé est actuellement mise en examen pour sa gestion du début de la pandémie
L'ex-ministre de la Santé est actuellement mise en examen pour sa gestion du début de la pandémie  —  Alexandros Michailidis / Shutterstock.com

Faisait-elle partie des personnalités politiques les plus lucides dès le début de l’épidémie de Covid-19 ? Agnès Buzyn, ancienne ministre de la Santé, l’affirme : "Non seulement j'avais vu mais prévenu. J'ai été, de très loin en Europe, la ministre la plus alerte. Mais tout le monde s'en foutait"

Ces propos ont été rapportés par Le Monde dans un article paru mardi 25 octobre. Le quotidien se base sur un journal rédigé par Agnès Buzyn pendant la pandémie.  
 
Il fait également état de nombreux SMS adressés au chef de l'Etat et à son ancien Premier ministre, le premier le 11 janvier 2020 à propos de l'épidémie apparue en Chine, qui n'apparaît alors "pas encore dans les médias" mais qui "peut monter", écrit-elle.

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Agnès Buzyn pas entendue ?

Ces éléments constituent désormais une pièce de l'enquête instruite par la Cour de justice de la République. En effet, à l’époque, "je n'avais pas l'impression d'être entendue", ajoute Agnès Buzyn, qui "n'arrivai(t) pas à avoir de rendez-vous" avec le président de la République, jusqu'à un entretien téléphonique le 8 février. 
 
Soit une semaine avant son départ du ministère pour remplacer au pied levé Benjamin Griveaux dans la course à la mairie de Paris. "Je n'aurais jamais dû partir", estime-t-elle, ajoutant qu'"on (la) poussait au mauvais endroit au mauvais moment". 

Plusieurs mises en garde

Jusqu'à sa défaite cuisante au second tour, elle a continué à alerter l'exécutif, comme en témoigne un message le 29 février à Emmanuel Macron : "On perd du temps sur l'épidémie (...) Le pays n'est pas prêt !". 

Ou encore un autre, le 10 mars à Edouard Philippe, dans lequel elle exhorte "de tout arrêter, comme en Italie, le plus vite possible", prédisant que "ça va être la bérézina dans les hôpitaux". 

"J'ai senti que je ne pesais plus rien et que je parlais dans le vide. Je n'étais plus aux affaires et on me le faisait sentir", ajoute-t-elle aujourd'hui dans des propos au Monde. 

Agnès Buzyn défend sa gestion du Covid-19  —  Le Mag de la Santé - France 5