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Psychothérapies : des séances bientôt remboursées ?

L'Assurance maladie lance une expérimentation pour permettre aux patients d'être entièrement remboursés de leurs séances chez un psychologue.

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Chronique de Maroussia Renard du 19 mars 2018

Cette expérimentation lancée début mars 2018 s'adresse aux patients de 18 à 60 ans. Ils peuvent avoir droit jusqu'à dix séances de psychothérapie (sur 12 mois) prises en charge à 100% par la Sécu. Pour l'instant, cela ne concerne que trois départements : Bouches-du-Rhône, Haute-Garonne et Morbihan.

Il n'est pas question de décrocher son téléphone pour prendre rendez-vous directement chez un psychologue. Il faut obligatoirement passer préalablement par son médecin traitant. Il est chargé d'évaluer la sévérité des symptômes et il n'est pas autorisé à prescrire des séances de psychothérapie remboursées à tout le monde.

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Cette expérimentation est réservée aux patients qui présentent des troubles anxieux ou dépressifs modérés. Les patients chez qui on détecte un risque suicidaire, qui ont un antécédent de pathologie psychiatrique ou qui ont déjà été hospitalisés doivent être immédiatement orientés vers un psychiatre.

Pourquoi l'Assurance maladie lance-t-elle cette expérimentation ?

L'Assurance maladie a décidé de lancer cette expérimentation pour une meilleure prise en charge. On estime qu'en France, 7,2 millions de personnes sont concernées chaque année par des troubles de la santé mentale. Dans la majorité des cas, des problèmes d'anxiété ou des dépressions d'intensité modérée. Or, la HAS (Haute autorité de santé) recommande la psychothérapie comme traitement de première intention.

Mais très peu de patients peuvent se permettre de consulter un psychologue en libéral car il n'y a aucune prise en charge de la Sécu. Or, une séance coûte en moyenne entre 45 et 60 euros. Et on ne traite pas une dépression en un seul rendez-vous. Cela représente un certain budget et c'est clairement un frein pour les patients.

Le remboursement des consultations de psychothérapie, c'est possible

En dehors de cette expérimentation, il est possible d'avoir accès à des séances de psychothérapies remboursées mais cela est très limité. Il y a d'abord les centres médico-psychologiques (CMP), il en existe 3.800 en France, plusieurs par département. Tous les patients qui ont besoin d'un suivi psychologique peuvent s'y rendre et il n'y a aucune avance de frais. Mais en pratique, les CMP sont totalement débordés : les délais d'attente pour un premier rendez-vous peuvent atteindre trois mois. En général, ils sont ouverts de 9h à 17h, des horaires difficilement compatibles avec une vie professionnelle.

L'autre solution pour obtenir un remboursement des séances est de consulter un psychiatre. Contrairement au psychologue, le psychiatre est un médecin donc la consultation est remboursée. Le tarif de base est de 46,70 euros (hors dépassements d'honoraires) et la Sécu rembourse 31,69 euros. Mais tous les psychiatres ne font pas de psychothérapies "ordinaires". Beaucoup se concentrent sur les pathologies psychiatriques lourdes.

Dernière option, se tourner vers sa mutuelle. Certaines proposent un remboursement des rendez-vous chez le psychologue mais cela est rare et généralement forfaitaire.

Moins de psychotropes, plus de psychothérapies

Le but de cette expérimentation de la Sécu est aussi de faire quelques économies. La France fait partie des champions européens de la consommation de psychotropes. Et cela coûte cher. Entre les consultations et les médicaments, le coût est estimé à 7,4 milliards d'euros par an (hors pathologies psychiatriques lourdes), soit plus que le coût global du diabète ou des accouchements.

En facilitant l'accès aux psychothérapies, il est possible de faire baisser la facture parce qu'aujourd'hui, la plupart des patients qui ont des troubles anxieux ou dépressifs se tournent vers leur généraliste. Or, les généralistes le reconnaissent : ils n'ont pas le temps ni l'expertise pour faire un diagnostic très poussé dans le domaine psychique. Résultat : ils peuvent avoir tendance à privilégier les médicaments. 85% des psychotropes sont prescrits par les généralistes. Ces médicaments ne représentent pourtant pas toujours la réponse la plus adaptée. De plus, ils peuvent induire des effets secondaires et une dépendance qui engendre de nouvelles dépenses de soins.

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Vers une généralisation du remboursement des psychothérapies ?

Sur le principe, tout le monde trouve que le remboursement des séances de psychothérapies est une bonne idée. Cette expérimentation a été mise en place en concertation avec les généralistes, les psychologues et les psychiatres. Ils ont imaginé beaucoup de garde-fous :

  • on ne peut adresser les patients qu'à des psychologues agréés par les ARS ;
  • des échanges entre le généraliste et le psychologue pour évaluer l'efficacité de la thérapie sont obligatoires ;
  • un recours systématique à un psychiatre si les dix séances n'ont pas suffi.
     

Mais dans l'hypothèse où le remboursement serait généralisé à l'ensemble des assurés, cela signifierait des contraintes administratives supplémentaires pour les généralistes (courriers...) avec le risque d'en décourager plus d'un. Autre limite : les psychologues trouvent que le tarif fixé par la Sécu, 22 euros la séance, est trop bas. La psychothérapie remboursée pour tous, ce n'est donc pas pour demain. D'ailleurs, on ne trouve pas de mot à ce sujet dans le plan santé mentale qui a été annoncé par la ministre de la Santé.

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