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L'imagination, un nouveau remède contre la peur ?

Sujet réservé autrefois aux philosophes et aux poètes, l'imagination pourrait devenir un nouvel outil contre le stress post-traumatique.

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L'imagination, un nouveau remède contre la peur ?
L'imagination, un nouveau remède contre la peur ?

L'imagination est plus puissante qu'on ne pourrait le penser. Dans une étude publiée en novembre dans la revue Neuron, une équipe de chercheurs du Colorado suggère qu'elle pourrait même "guérir" de la peur.
On sait depuis des années qu'une thérapie efficace pour traiter les troubles anxieux et les troubles de stress post-traumatique consiste à exposer le patient aux situations dont il a peur, dans des conditions de sécurité absolue. Cette approche s’appelle thérapie de l’exposition.

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La thérapie virtuelle se révèle alors très utile car elle permet de tromper nos sens et d'exposer régulièrement les patients à leurs phobies, sans aucun danger. Les sujets arachnophobes se retrouvent alors face à des araignées et les personnes qui ont peur de voler dans un avion, tout en sachant que rien de ce qu’il se passe n’est réel. Avec le temps, le cerveau apprend à ne plus avoir peur des araignées ni de l’avion et, même dans des contextes de vie réelle, il ne les craint plus.

Il est quand même facile d’imaginer qu’il existe des situations traumatisantes ou effrayantes qui ne peuvent pas être recréées, pour des raisons éthiques ou parce que ce serait trop engageant émotionnellement pour le patient. Dans ce cas, cette thérapie ne peut pas être appliquée.

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Une thérapie alternative basée sur l'imagination

Le laboratoire de neurosciences cognitives et affectives de l'Université du Colorado, dirigé par le Dr Tor Wager, propose donc une thérapie alternative : il n'est pas nécessaire que le patient soit exposé à l'objet de ses peurs, une araignée par exemple. Il faut juste qu’il l’imagine dans sa tête.

Pour vérifier si cette approche est efficace, l'expérience suivante a été menée. Les chercheurs ont fait entendre à 67 personnes le même son, plusieurs fois. Ce son était parfois accompagné d’un léger choc électrique. Le choc n'était pas dangereux, mais inattendu et désagréable. Au cours de cette première phase de l'expérience, les chercheurs ont observé en direct, grâce à une IRM, le cerveau des sujets. En réponse au choc électrique, les zones du cerveau impliquées dans la peur et l'anxiété comme l’amygdale s’activaient. Le son, en soi inoffensif, était alors associé à un sentiment de peur et suffisait, à lui seul, à déclencher cette émotion.

Les sujets ont ensuite été divisés en trois groupes. Le premier groupe a subi une thérapie d'exposition classique. Les sujets ont donc entendu le son à plusieurs reprises, sans que le choc électrique y soit associé. Les membres du deuxième groupe ont été invités, eux, à imaginer le son, dans leur tête mais sans l’entendre. Le troisième groupe a été invité à imaginer d’autres sons, paisibles, tels que le pépiement des oiseaux ou le tic-tac de la pluie.

Désapprendre à avoir peur grâce à son imagination

A la fin de cette phase d'entraînement, les trois groupes ont été soumis au son initial sans choc électrique, pour voir s’ils en avaient toujours « peur ». Résultat : les sujets de deux premiers groupes, ceux qui ont entendu et ceux qui ont tout simplement imaginé le son, n’en avaient plus peur et au niveau cérébral ils réagissaient de la même manière. Les membres du troisième groupe, qui avaient imaginé des sons agréables, gardaient eux la peur liée au son initial, toujours associé à des décharges électriques.

L'imagination semble donc aussi efficace que la thérapie d'exposition face à un stimulus sensoriel réel. Elle pourrait devenir un outil important dans la prise en charge de la peur chez les personnes souffrant de troubles de stress post-traumatique, d'anxiété et de phobies.

"Je pense que beaucoup de gens prennent pour acquis que la meilleure façon de réduire la peur ou les émotions négatives est d'imaginer quelque chose de beau. En fait, il pourrait être plus efficace de faire exactement le contraire : imaginer la menace, en l’absence de conséquences négatives ", a commenté le Dr Wager.

Par Camilla de Fazio