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Monsanto sur le banc des accusés

Le premier procès du géant agrochimique se poursuit en Californie. Après une journée consacrée aux plaidoiries, les délibérations ont lieu aujourd'hui. Une étape clé d'un procès qui pourrait bien faire jurisprudence.

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Monsanto sur le banc des accusés
Photo credit : msdonnalee on VisualHunt / CC BY  

"Le jour de rendre des comptes est arrivé !". Brent Wisner le clame haut et fort. C'est l'avocat de Dewayne Johnson, 46 ans. Le premier civil à conduire Monsanto devant les tribunaux. Pendant des années, ce jardinier californien a répandu du Roundup, l'herbicide phare de Monsanto, dans les écoles et sur les terrains de sport du district de Benicia dans la baie de San Francisco. En 2014, on lui a diagnostiqué un lymphome non hodgkinien, un cancer du système immunitaire. Dewayne Johnson accuse la multinationale d'être responsable de ce cancer, aujourd'hui en phase terminale.

Le glyphosate, produit cancérogène ?

Le père de famile compte bien prouver dans ce procès que sa maladie est liée à l'exposition prolongée au glyphosate, le principe actif du Roundup. Depuis des années, cette substance très controversée fait l'objet d'études scientifiques contradictoires. Son avocat, Me Winser reste confiant. Toutes les découvertes sur les risques cancérigènes "ont connu ce moment : lorsque la science finalement fait ses preuves, quand on ne peut plus (les) dissimuler". Monsanto a fait d'après lui passer ses profits avant la santé publique en bataillant contre des études faisant état de risques cancérigènes autour du RoundUp, vendu depuis plus de 40 ans.

Ce dossier fait écho aux stratégies utilisées dans le passé par les industriels pour nier la dangerosité du tabac ou de l'amiante. "Pour le tabac, nous connaissons la fin de l'histoire, et nous savons comment se finira l'histoire pour Monsanto", a-t-il affirmé, expliquant qu'il n'est pas nécessaire dans ce procès "de démontrer que le RoundUp est la seule cause (du cancer de son client) mais (...) seulement qu'il y a contribué". Si Monsanto est condamné, il "devra faire quelque-chose, mener des études qu'il n'a jamais faites, et alerter les gens", a ajouté l'avocat.

"Les choses sont horribles chez Monsanto"

Pour la multinationale, qui vient d'être rachetée par l'allemand Bayer, il n'y a aucun lien entre cancer et glyphosate et donc aucune raison d'avertir d'un danger quelconque à propos de cette substance très controversée. "Il y a eu beaucoup de grande rhétorique ici (pour dire) à quel point les choses sont horribles chez Monsanto", a argumenté mardi son conseil George Lombardi. Mais "à moins que (Me Wisner) le relie au cancer de M. Johnson, rien de tout cela ne signifie quoi que ce soit", a-t-il asséné, notant que le diagnostic était intervenu très peu de temps après l'utilisation des produits et que donc, la maladie était plus vraisemblablement antérieure. "Ce que disent les preuves est clair, son cancer n'a pas été causé par le Ranger Pro," a-t-il insisté.

Des études contradictoires

Le glyphosate est-il réellement dangereux pour la santé humaine ? Les lobbies de l'agrochimie sont à pied d'oeuvre pour démontrer l'inverse et les autorités sanitaires ne parviennent pas à s'accorder sur cette question. Contrairement à l'Agence fédérale américaine de protection de l'environnement (EPA), la Californie a placé le glyphosate sur la liste des produits cancérigènes.

De l'autre côté de l'Atlantique, les pourparlers sont les mêmes. Depuis 2015, le glyphosate est classé "cancérigène probable" par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), mais pas par les agences européennes, l'Efsa (sécurité des aliments) et l'Echa (produits chimiques).

Des milliers de procédures en cours

Dewayne Johnson accuse aussi Monsanto d'avoir sciemment caché la dangerosité de ses produits. Mieux averti, il ne les aurait jamais utilisés, assure-t-il. Il demande 400 millions d'euros de dommages et intérêts à la multinationale. "Si Monsanto est condamné, il devra faire quelque-chose, mener des études qu'il n'a jamais faites, et alerter les gens", a annoncé son avocat.

Ce procès civil est le premier du genre, mais des milliers de procédures sont en cours aux Etats-Unis. La bataille judiciaire menée par Dewayne Johnson pourrait donc faire jurisprudence et porter un premier coup à l'industrie des pesticides.

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