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Sexualité des animaux : la hyène tachetée, une femelle phallique

Se baser sur le physique n'est pas toujours une bonne idée. Encore moins lorsqu'il s'agit des hyènes tachetées. Mâles et femelles se ressemblent et le sexe le plus fort n'est pas forcément celui que l'on croit, encore moins dans le domaine de la sexualité.

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Sexualité des animaux : la hyène tachetée, une femelle phallique
Sexualité des animaux : la hyène tachetée, une femelle phallique (CC BY-SA Ikiwaner)

Certaines espèces n'ont pas de dimorphisme sexuel, c'est-à-dire qu'on ne distingue pas de différence morphologique notable et évidente entre un mâle et une femelle. Même lorsque le sexe génétique est bien établi et que l'individu est porteur des chromosomes sexuels XX ou XY.

Quand il s'agit d'un mammifère, l'un des moyens d'établir un sexage est de regarder entre les pattes de l'animal pour identifier les organes génitaux et connaître le sexe gonadique. Mais même avec cet examen, ce n'est pas toujours évident. Chez la hyène tachetée, la femelle est aussi masculine qu'un mâle puisqu'elle a un pseudo pénis. La seule différence visible, c'est la forme du gland, il est un peu arrondi chez la femelle et plus pointu chez les mâles. Chez les petits de moins de trois mois, il est quasi impossible d'établir le sexage juste par l'examen du gland. Il y a un phimosis naturel qui empêche une érection complète avant l'âge de trois mois. Il faut faire une prise de sang et rechercher le sexe génétique ou faire une échographie.

Femelle phallique, une forme d'hermaphrodisme secondaire ?

Jusqu'aux années 60, la hyène tachetée était considérée comme un animal hermaphrodite capable de changer de sexe au cours de sa croissance. On sait désormais que ce n'est pas le cas. Son pseudo pénis est en réalité, un clitoris hypertrophié et allongé. Il renferme des muscles et des corps caverneux qui permettent son érection, comme un pénis. Il ne reste pas toujours en érection, il se rétracte aussi dans un prépuce.

Pour rajouter à la confusion, il y a même un pseudo scrotum qui simule la présence de testicule mais ce n'est qu'une illusion puisque c'est un vestige de vagin et de la fusion de la vulve. Contrairement à d'autres mammifères comme l'homme, ce clitoris surdimensionné renferme un canal urinaire. L'animal utilise donc cet attribut aussi bien pour uriner que pour copuler.

Une copulation hard pour le mâle

Ce clitoris érectile a une grande capacité à se dilater, il peut aussi se rétracter et s'invaginer vers l'intérieur et s'élargir (un peu comme une chaussette qu'on retourne) ce qui permet de laisser la place au pénis du mâle. Mais ce n'est pas gagné pour autant. Les femelles hyènes tachetées sont les seuls mammifères à ne pas avoir d'orifice vaginal en région caudale (sous la queue) mais plutôt en position ventrale.

Du coup, ça rend la tâche plus difficile pour le mâle. Il doit monter la femelle et basculer la partie caudale de son corps sous la hyène pour tenter l'intromission. C'est une position assez dure à tenir, au moins cinq minutes, sans être interrompu par des rivaux et avant que la femelle ne change d'avis. Chez les hyènes tachetées, il n'y a pas de cas de copulation forcée, comme on pourrait le voir dans d'autres espèces.

Le girl power

Parmi les quatre espèces de hyènes (hyène brune, hyène rayée, protèle), la hyène tachetée est la seule à avoir des organes à morphologie masculine. On ne sait pas si cela est vraiment lié, mais il s'agit de la seule espèce où le système est matriarcal. Ce sont les femelles qui commandent. Même la dernière des femelles dans la hiérarchie est dominante par rapport au premier des mâles. Elles sont plus agressives que les mâles, plus grandes, plus fortes, elles ont l'accès à la nourriture avant les mâles. Et comme le font les mâles dans d'autres espèces, elles utilisent leur pseudo pénis dans les interactions de dominance.

L'érection fait partie des moyens de communication au sein du clan. D'ailleurs, il suffit de séparer deux individus, puis de les remettre ensemble pour observer une érection lors des rencontres, aussi bien du mâle que de la femelle.

Une dominance payée au prix fort

La domination des femelles n'a pas que des avantages. Leur anatomie complique leur reproduction. Le rendement n'est pas terrible, la portée ne donne naissance, dans le meilleur des cas qu'à deux petits par gestation. La présence de ce clitoris érectile en position ventrale rend le trajet tortueux aussi bien pour les spermatozoïdes que pour le fœtus à la mise bas.

Après le passage du bassin, le fœtus doit prendre un virage de 180° pour poursuivre le canal urogénital. Le méat qui termine le clitoris n'est pas assez élastique pour laisser passer sans accident, un fœtus de 1,5 kg lors de la mise bas. Il y a des problèmes de dystocie et de déchirure du clitoris à la première mise bas.

Autre difficulté : le trajet que doit effectuer le fœtus avant la naissance est de 60 cm alors que son cordon ombilical mesure entre 12 et 18 cm. Résultat, le cordon se rompt alors que le fœtus est dans la mère, c'est un fait assez rare chez les mammifères. À titre de comparaison, chez les humains, le trajet est de 8-10 cm pour un cordon de 50 cm. Chez les hyènes, l'expulsion des petits doit être très rapide sinon c'est l'anoxie.

Une morphologie masculine, une histoire d'hormones ?

Ce n'est pas qu'une histoire de testostérone ! Les taux plasmatiques de cette hormone sont identiques entre mâle et femelle jusqu'à la puberté. Les mâles ont ensuite des taux supérieurs aux femelles. En revanche, les femelles ont un taux d'androstènedione (précurseur d'hormone androgène) plus élevé que les mâles quel que soit l'âge.

La masculinisation se produit dans la circulation sanguine de la mère. L'androstènedione est un composé inactif qui peut être converti en œstrogènes ou en testostérone. Dans le placenta d'une hyène gestante, peu de androstènedione se transforme en œstrogènes, ce qui conduit à des niveaux élevés de testostérone chez le fœtus. La testostérone abondante entraîne vraisemblablement les traits masculins des hyènes femelles.

Les hyènes tachetées sont un parfait exemple pour illustrer le fait que dans le règne animal, les critères qui déterminent qu'un individu est de sexe masculin ou féminin ne sont pas forcément ceux que l'on croit. Les mécanismes de différenciation sexuelle sont très variables dans la nature.

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