Virus mortel : une publication sous (trop ?) haute surveillance

Virus mortel : une publication sous (trop ?) haute surveillance

Deux revues scientifiques, "Science" (USA) et "Nature" (Royaume-Uni) pourraient être contraintes de censurer une partie de leur future publication concernant les résultats des expériences réalisées sur le virus A (H5N1), responsable de la grippe aviaire. En cause, la menace qu'elle ferait peser sur la sécurité publique.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Aux Etats-Unis, le spectre d'une attaque terroriste est toujours bien présent. Et la mort du "barbu" qui cristallisait cette peur n'y a pas changé grand chose… Pour la première fois, un comité sur la biosécurité a donc demandé à certaines revues scientifiques de ne pas révéler dans leur intégralité les résultats d'expériences réalisées par des chercheurs néerlandais et américains sur le virus mutant mortel responsable de la grippe aviaire.

En effet, selon le Bureau national américain de la science pour la biosécurité (NSABB), la découverte en laboratoire d'une forme particulièrement dangereuse de ce virus, acquise après différentes manipulations génétiques, "pourrait être réutilisée, par exemple, par des terroristes pour en faire des armes de destruction massive".

Le NSABB a donc demandé aux revues Nature et Science de retirer des détails sur la méthodologie de cette recherche, censée pouvoir prévenir et endiguer une hypothétique pandémie de grippe aviaire, transmissible, cette fois aisément (ce n'est pas le cas jusqu'ici), d'homme à homme.

Un chercheur néerlandais dont l'équipe a créé la variante mortelle du virus de la grippe aviaire a pourtant assuré, mercredi 21 décembre, pour répondre à la crainte que suscitait ses travaux, que la "menace que représentait l'éventuelle publication de ses travaux" n'était pas aussi importante que ce que tout le monde pensait. Le Pr. Ron Fouchier estime même que "recréer ce virus n'est vraiment pas facile. Il faudrait compter sur beaucoup de personnes hautement qualifiées, ainsi qu'une grande équipe, et des installations adaptées." Nous voilà rassurés…

Pour apaiser les derniers sceptiques, le Dr Jean-Claude Manuguerra de l'Institut Pasteur, a lui estimé que "la possibilité pour un individu, poursuivant un objectif criminel, de reproduire en laboratoire le virus tueur en se basant sur la communication du Pr. Ron Fouchier paraît faible vu l'extrême complexité technique et le très petit nombre de laboratoires dans le monde ayant les capacités nécessaires."

Moi qui suspectais mon voisin de préparer un mauvais coup...

Au final, l'intérêt de ce genre de publications au travers des revues scientifiques n'est-il pas de pouvoir les partager avec les chercheurs du monde entier ?  Ces informations ne doivent-elles pas être relayées vers les pays où les virus de la grippe H5N1 provoquent des épidémies ?

Conscients des enjeux liés à une telle publication, les responsables éditoriaux de Science et de Nature ont, eux, décidé d'évaluer la meilleure façon de procéder dans les semaines à venir.

Notant les recommandations sans précédent de restreindre l'accès à des données et méthodes scientifiques et reconnaissant aussi en comprendre les motivations, le Dr Philip Campbell, rédacteur en chef de la revue britannique Nature estime "pourtant essentiel pour la santé publique que les chercheurs y aient accès".

En réponse, le NSABB a indiqué dans un communiqué que le "gouvernement américain travaillait à établir un mécanisme qui permettra un accès sécurisé aux informations pour ceux en ayant un besoin légitime afin de remplir des missions importantes de santé publique". Pour que la fiction ne prenne pas le pas sur la réalité…

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