Sourire au travail : une arme à double tranchant ?

Sourire au travail : une arme à double tranchant ?

Ceux qui pensent qu'un sourire au travail est la preuve d'une reconnaissance professionnelle risquent d'être déçus ! Une étude présentée lors de la conférence annuelle de la Société de neuroscience a révélé que les personnes se sentant influentes au travail tendent à mimer le sourire de ceux qu'elles considèrent comme leurs inférieurs hiérarchiques. Cependant, lorsqu'elles se trouvent en présence de leurs supérieurs, elles sont moins susceptibles de rendre un sourire.

Dr Charlotte Tourmente
Rédigé le

S'intégrer dans un groupe, plus particulièrement au travail, peut sembler une tache ardue pour beaucoup. Un moyen bien connu des psychologues pour s'intégrer est de mimer les expressions des autres.

Afin de déterminer comment la perception de notre pouvoir joue sur notre tendance à mimer les expressions des autres, des chercheurs de l'université de San Diego, en Californie, ont, dans un premier temps, partagé 55 volontaires en deux groupes. Chaque participant devait raconter une expérience qu'il avait vécu : selon le groupe, une expérience où il s'était senti puissant et influent ou désarmé et impuissant.

Les participants, qu'ils se sentent "puissants" ou non, avaient alors pour consigne de regarder des vidéos de personnes heureuses ou en colère, de haut et de bas niveaux sociaux, respectivement médecin ou chef d'entreprise et serveur dans un fast-food ou éboueur. A l'aide d'un électromyogramme capable de détecter la contraction des zygomatiques, les muscles du sourire et des muscles sourciliers, à l'origine du froncement des sourcils, les chercheurs pouvaient déterminer précisément la réaction des participants aux images, un sourire ou un froncement de sourcil.

Les chercheurs ont découvert que répondre à un sourire était plus compliqué que prévu : "si vous vous sentez puissant, vous ne souriez plus aux personnes de plus haut niveau social que vous", souligne Evan Carr, directeur de recherche de l'étude et psychologue. Il ajoute : "par exemple, si vous croisez Joe, le vice-président, sourire aux lèvres, vous ne sentirez pas le besoin de lui rendre son sourire. Au contraire, si vous vous sentez peu influent, vous êtes plus susceptible de rendre tout sourire sans prendre en compte le niveau social de votre interlocuteur".

Mais le plus étonnant pour les chercheurs n'est pas là. Les volontaires se sentant influents souriaient, non pas aux sujets considérés comme leurs supérieurs, mais à leurs inférieurs hiérarchiques.

Le chercheur Evan Carr explique : "quand vous vous sentez puissant, vous pouvez considérer les personnes de plus haut niveau social comme une menace et devenir compétitif. Au contraire, si vous interagissez avec une personne de niveau social inférieur, vous avez dans un sens déjà gagné, d'où le sourire".

En espérant que cette étude ne vous enlèvera pas le sourire…

Source : "Differential states of subjective power influence spontaneous facial mimicry", Neuroscience 2012

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