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Edulcorants : les bénéfices sur la santé restent à démontrer

Stévia, sucralose, aspartame : ces édulcorants permettent-ils de réguler son poids ou de contrôler la glycémie du sujet diabétique ? A l'issue d'une revue systématique de la littérature scientifique, l'Anses conclut qu'aucune preuve formelle n'a encore été apportée de leur intérêt à moyen ou long terme.

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Edulcorants : les bénéfices sur la santé restent à démontrer

Courant 2011, l'Anses a initié un travail d'évaluation des bénéfices de l'utilisation des édulcorants intenses (EI, voir encadre) dans l'alimentation.

L'appellation "édulcorants intenses" (EI) regroupe diverses substances – obtenues par synthèse chimique ou extraites de végétaux – utilisées pour leur pouvoir sucrant (perception d'un goût sucré) des dizaines voire des milliers de fois supérieur à celui du saccharose.

Utilisées dans les régimes amaigrissants "dans un objectif de réduction de la consommation des sucres et de l'apport énergétique" et, chez le sujet diabétique, "pour l'aide au contrôle de la glycémie et pour améliorer l'acceptabilité d'un régime restreint en sucres", ces substances rendent-elles les services attendus ?

Le recours aux EI entraînent-elles des phénomènes de compensation (recherche d'apports énergétiques complémentaires) ? Modifient-elles les préférences alimentaires (habituation au goût sucré) ? A moyen et long terme, les consommateurs d'EI perdent-ils du poids ?


Afin de répondre à ces questions, l'Anses a donc épluché, trois années durant, des centaines d'études scientifiques relatives aux édulcorants.

Moins de calories ? Moins de poids ?

Selon l'analyse de l'agence, les études scientifiques existantes montrent que la consommation d'EI permet bien, à court terme, une limitation de l'apport énergétique (du fait d'un faible apport calorique).

Toutefois, les données disponibles ne permettent pas de conclure quant à la pérennité de ces effets. Par ailleurs, note l'Anses, si la consommation d'EI avant le repas réduit momentanément "la sensation de faim et le désir de manger", cet effet se révèle "transitoire". Maximal "immédiatement après [la] consommation", il se dissipe "avant le début du repas".

"Une consommation ponctuelle d'EI avant ou pendant un repas n'a aucun effet sur la prise alimentaire, ni sur l'apport énergétique au cours du repas suivant".

Mais qu'en est-il de la prise de poids ? Les consommateurs d'EI parviennent-ils à limiter, voir à réduire, leur masse corporelle ? Les experts de l'Anses notent que, chez l'enfant comme chez l'adulte, les études sur ce point sont assez contradictoires. L'Anses conclut que l'intérêt des EI pour le contrôle du poids chez l'enfant, l'adolescent et l'adulte, n'est pas du tout avéré.

Les EI alimentent-ils une "envie de sucré" ?

Les données disponibles ne permettent pas "de juger de l'effet d'une consommation régulière d'EI, [chez l'adulte], sur une éventuelle habituation au goût sucré et sur une augmentation de l'appétence pour des produits sucrés".

Elles ne permettent pas non plus de se prononcer sur un effet éventuel d'une consommation précoce (durant la petite enfance) des EI, tant "sur le développement du goût [et] des préférences alimentaires" que "sur la régulation à court et moyen termes de la prise alimentaire".                

Quel intérêt dans le traitement du diabète ?

Au terme de son analyse, l'Anses conclut que la consommation d'EI n'a pas d'effet sur les paramètres glycémiques "à court et moyen terme", chez le sujet sain comme chez le sujet diabétique(1).

Les experts observent, parallèlement, que les études épidémiologiques les plus robustes ne mettent pas en évidence de lien entre consommation d'EI et risque (accru ou diminué) d'apparition ultérieure d'un diabète de type 2.

Les autres dangers suspectés des édulcorants

Concernant les nombreux effets néfastes ponctuellement imputés aux édulcorants (cancers, accouchements prématurés, migraines, épilepsie), l'Anses souligne que :

  • les données disponibles ne permettent pas d'identifier de risque durant la grossesse (que ce soit sur la santé de la mère, les paramètres obstétricaux, ou la santé du nouveau-né) ;
  • dans leur ensemble, les études épidémiologiques "ne mettent pas en évidence d'effet de la consommation d'EI sur le risque de cancer". "Seule une étude récente suggère un lien entre la consommation de boissons contenant des EI et l'apparition de lymphomes non hodgkiniens et de myélomes", ces observations n'étant pas, à l'heure actuelle, corroborée par d'autres travaux ;
  • concernant un effet déclencheur de crise d'épilepsie ou de migraine, "les données ne [permettent] pas de conclure à l'existence d'un tel risque" (les travaux qui suggèrent un tel phénomène seraient entachés de biais méthodologiques importants).

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(1) Les experts notent toutefois que récents travaux israéliens suggèrent un effet perturbateur de certains EI sur la flore intestinale (avec pour conséquence une élévation du taux de glucose métabolisé par l'organisme), mais ces recherches n'ont pas encore été reproduites par ailleurs.

En savoir plus sur les édulcorants :

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