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Alimentation : le péril jeûne ?

Partiel ou complet, continu ou intermittent, le jeûne est pratiqué par de plus en plus de personnes en France. Jeûne diététique ou jeûne thérapeutique, ces restrictions caloriques sont-elles vraiment bonnes pour notre organisme ?

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Alimentation : le péril jeûne ?
CC BY Jean Fortunet
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Jeûne : quel impact sur l'organisme ?

Marina Carrère d'Encausse et Michel Cymes expliquent l'impact du jeûne sur le fonctionnement de notre corps.

Lorsqu'il est privé d'aliments pendant un ou plusieurs jours (voire plusieurs semaines), notre corps doit faire face à ce manque de "carburant". Heureusement, il peut continuer à fonctionner en puisant dans les ressources dont il dispose.

On distingue trois phases. Le premier jour, l'organisme utilise le glucose disponible directement dans le sang. Puis, il "pioche" dans le glucose stocké dans le foie sous forme de glycogène. Il s'agit forcément d'une solution de très courte durée.

Dès le deuxième jour, les réserves en glucose et glycogène sont épuisées. La plupart des cellules vont alors trouver un "plan B" et puiser dans le tissu adipeux, c'est-à-dire les réserves en graisse. Mais certains tissus, comme les cellules du sang ou du cerveau, ne se contentent pas de cette solution et puisent dans le tissu musculaire et transforment les protéines en glucose. C'est la néoglucogenèse.

Après le cinquième jour, le corps entre dans une phase où il cherche à épargner son stock de protéines. Le foie et les reins fabriquent alors des molécules de substitution : les corps cétoniques, qui vont être utilisés par le cerveau à la place du glucose. C'est ce qu'on appelle la cétogenèse.

Jeûner sans danger

Jeûner seulement une journée, jeûner plusieurs jours "seulement la journée, mais se nourrir le soir", jeûner plusieurs jours "en s'autorisant des bouillons"... Le terme de "jeûne" recouvre une très vaste gamme de pratiques, dont les risques à court terme sont bien évalués, mais dont les conséquences sur le moyen et sur le long terme reste mal connus.

Un jeûne de plusieurs heures est souvent indiqué avant certaines procédures requérant une anesthésie générale (risque de vomissements liés à l’anesthésie) ou des prélèvements sanguins (mesure de glycémie, du cholestérol).

Premier constat très général : l'organisme de très nombreux vertébrés est susceptible de survivre de quelques jours à plusieurs semaines sans apports nutritionnels, en puisant dans les réserves de l'organisme. Cette capacité est le fruit d'une sélection naturelle des animaux les plus résistants à la famine. Peu d'animaux peuvent toutefois survivre bien longtemps sans boire...

L'homo sapiens moderne peut-il jeûner sans danger ? Et peut-il tirer un bénéfice de ce jeûne ?

Les études sérieuses évaluant les conséquences du jeûne (plus ou moins prolongé) sur l'humain sont rares. Si la personne est en bonne santé, de corpulence normale et que l'on n'ait pas à réaliser trop d'efforts, ne pas se nourrir une journée semble sans grand danger. Les conseils prodigués aux personnes pratiquant des jeûnes religieux sont à prendre en compte. Au premier rang desquels : faire attention à la déshydratation.

Le Dr Brigitte Danchin, nutritionniste interrogée en juillet 2013 par Allodocteurs.fr, soulignait que "ne pas boire pendant près de 18 heures est sans nul doute ce qui présente le plus de risques pour la santé". Elle-même conseille à ses patients "de manger salé au moment de la rupture du jeûne. Cela permet de maintenir l'eau dans l'organisme et d'éviter la déshydratation". Pour ne pas perdre trop de sodium, indispensable au bon fonctionnement de l'organisme, elle conseille également d'étancher sa soif avec des eaux pétillantes à forte teneur en sodium.

Si l'on se trouve dans une situation de jeûne prolongé, il est en indispensable de s'hydrater régulièrement et tranquillement (lentement) durant les phases où la consommation d'eau est possible.

Le jeûne peut s'accompagne de vertiges, de sensation de maux de têtes, de fluctuations de la vigilance, de changements de l'humeur (pouvant aller jusqu'à l'euphorie). Il faut rester très attentifs à ces signes, et songer à interrompre le jeûne si ces troubles sont susceptibles de vous mettre en danger.

Des stages de jeûne ?

Jeûne et randonnée : une méthode qui marche ?

En France, les stages de jeûne et randonnée remportent un succès grandissant. Lors de ces stages, pas de petit-déjeuner mais seulement un verre de jus de pomme. Durant une semaine, les randonneurs jeûnent. Ils suivent la méthode allemande du Dr Buchinger, qui repose sur la consommation exclusive de jus, d'eau et de bouillons.

Discipline "millénaire" ?

Un argument souvent avancé en faveur du jeûne est l’ancienneté de cette pratique (le plus vieux témoignage de jeûne volontaire est un texte egyptien daté du XIIIe siècle avant notre ère). Toutefois, il faut bien garder à l’esprit que le grand âge d’une "pratique thérapeutique" ne garantit en rien son efficacité : pour exemple, les saignées, elles aussi millénaires, qui n’ont jamais rien fait d’autre que d’accélérer la fin de vie des personnes "traitées" !

Le fait que certaines traditions thérapeutiques aient aujourd'hui confirmé leurs bénéfices ne doit pas faire oublier que le caractère traditionnel n'a pas de pertinence en soi.

L'objectif des randonnées quotidiennes en pleine nature n'est pas d'être dans la performance mais de trouver son rythme et d'être à l'écoute de son corps. Pour faire ces randonnées sans apports nutritionnels solides, les organismes de chaque participant puisent dans leurs réserves de graisse.

Si les premiers jours de jeûne ne sont pas faciles physiquement, très vite le corps s'adapte et s'habitue à cette restriction calorique. Pour les participants, l'effet de groupe joue un rôle important dans les moments de doute ou de faiblesse causés par la diète.

Balades, découverte de la nature, yoga, repos… pour les participants, ce stage d'une semaine est aussi l'occasion de faire une pause dans leur quotidien et d'être dans une démarche spirituelle et de bien-être.

Il est important de noter que jeûner pour "détoxifier" son corps n'a aucun sens en termes scientifiques ou médicaux.

Jeûne thérapeutique : attention aux dérives sectaires

La Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) s'inquiète régulièrement de la mode du jeûne thérapeutique. Cette pratique qui n'est pas sans risques pour la santé.

Ce reportage diffusé en 2010 dans le Magazine de la santé rappelle qu'une grande vigilance est de mise sur cette question.

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