Mediator : la bataille juridique est déclarée

Les laboratoires Servier ont tenté de faire reporter le premier procès pénal pour tromperie aggravée du Mediator, qui se tient jusqu'au 6 juillet au tribunal de grande instance de Nanterre. Une bataille juridique est déclarée dans le but de faire suspendre ce procès. Sera-t-il maintenu ? Réponse au plus tard lundi 21 mai 2012.

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Mediator : la bataille juridique est déclarée

- Reportage vidéo de Setti Dali, François Rochelle et Isabelle Gastebois -

Plus de 600 personnes demandent réparation à Jacques Servier, à Nanterre.
Jacques Servier et ses avocats espèrent obtenir le report du procès.

C'est la première fois que Jacques Servier s'assied sur le banc des prévenus. Il est arrivé par une porte dérobée, échappant à la horde des journalistes qui l'attendaient à l'entrée du tribunal de grande instance de Nanterre.

Costume trois pièces gris, la Légion d'honneur cousue sur le revers de la veste, le fondateur des laboratoires Servier, 90 ans, s'avance à la barre, la démarche fébrile, et décline son identité d'une voix rauque.

Les victimes font bloc

Derrière lui, une trentaine de victimes font bloc. Entre eux, ils s'appellent volontiers "les greffés des valves". Parce qu'ils ont tous souffert d'une valvulopathie, et qu'ils portent aujourd'hui une ou plusieurs valves mécaniques. Tous ont fait le déplacement pour assister au premier procès pénal pour tromperie aggravée du Mediator, ce médicament accusé d'avoir tué 500 à 2 000 patients.

Aujourd'hui, plus de 600 personnes demandent réparation à Nanterre. Personne ne cache ici vouloir une condamnation de Jacques Servier, et pourquoi pas une interdiction d'exercer. Certains espèrent aussi obtenir un dédommagement pour le préjudice subi. Ce qui pourrait bien constituer un immense espoir pour les 2 700 autres victimes qui attendent leur procès devant le tribunal d'instruction de Paris, d'ici la fin de l'année.

"Un procès tronqué" pour la défense

Pendant trois heures, Jacques Servier est resté assis, immobile, parfois somnolent. Pendant que ses avocats prenaient les armes et usaient de toute leur force de conviction et d'arguments afin de faire renvoyer le procès aux calendes grecques. Me Hervé Témime a ouvert les hostilités sur le ton de la colère : "Les laboratoires Servier, et les prévenus ici présents (à savoir, les représentants de la filiale Biopharma qui a commercialisé le Mediator) sont conscients de leur responsabilité face aux consommateurs. Ils ont d'ailleurs offert un fond d'indemnisation, acte qui n'a pas été suivi des faits pour des raisons que je suggère politique", a annoncé l'avocat de la défense, avant d'estimer son client "victime d'une lapidation médiatique". Dans son discours, Me Temime vilipende les médias, et ajoute qu'il est "heureux de s'adresser aujourd'hui aux juges (…), qui agissent en toute indépendance et impartialité pour appliquer la loi".

Procès ou pas procès ?

Devant la juge Isabelle Prevost-Deprez, la défense a débuté les audiences en soulevant deux vices de procédure, susceptibles d'entraîner le renvoi de ce procès. Son argument principal : "les faits de tromperie que vous avez à juger Mme le président, sont des faits intégralement repris par le pôle de santé de Paris". En effet, d'ici la fin de l'année, un autre procès se tiendra au tribunal à Paris, et regroupera plus de 2 700 victimes. "Mon client ne peut comparaître pour les mêmes faits à Paris et à Nanterre", argumente alors Me Temime. Conclusion : "Ce procès est tronqué", résume la porte-parole du groupe Servier, Lucy Vincent.

De son côté, le procureur Philippe Bourion a demandé à la Cour de rejeter ces arguments. Si cet avis est suivi par Mme la juge Prévost-Deprez, le procès sera maintenu. La Cour se prononcera sur ces questions d'ici lundi prochain.

Si le procès suit finalement son cours, la Cour devra alors chercher à savoir si le laboratoire Servier a "délibérément" trompé le consommateur sur la composition du Mediator, en dissimulant le caractère anorexigène du médicament, à savoir le benfluorex. Ce principe actif est soupçonné de diffuser dans le corps une substance toxique, appelée la norfenfluramine, une molécule très proche de l'amphétamine et qui abîmerait le cœur.

 

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