Les troubles de la mémoire
Ch@t du 23 mai 2012 de 15h à 16h : les réponses du Dr Alina Tataru, neurologue et d'Alice Guyon, neurobiologiste au CNRS.
Par La rédaction d'Allo Docteurs
Rédigé le , mis à jour le
Les réponses du Dr Alina Tataru, neurologue
Les chimios peuvent engendrer une fatigue très importante et entrainer des troubles de la concentration.
Il existe des médicaments mais ça dépend de votre âge, s'il existe ou pas une atrophie du cerveau, ils ne doivent pas être pris sans un diagnostic formel des troubles de mémoire par un neurologue, si c'est pour quelqu'un qui travaille dur et qui a des troubles de la concentration, il faudra prendre des vitamines, voir si le sommeil est bon, car une manque du sommeil réparateur peut aussi engendrer des troubles de la concentration.
A cet âge, c'est exceptionnel, vous devrez voir d'abord si ce n'est pas une fatigue, des troubles du sommeil. C'est plutôt une distractibilité, si vous avez beaucoup de choses à faire en même temps.
Si elles surviennent très souvent, tous les jours, elles peuvent aboutir à des troubles de mémoire.
Oui, elle peut-être transmise, mais on ne connait pas une gêne qu'on pourrait doser en laboratoire.
Des vitamines si on en manque, sinon, c'est que l'exercice de la mémoire qui aide vraiment, essayer d'apprendre quelque chose de nouveau tous les ans, faire de la lecture, même apprendre une langue étrangère.
Les troubles se sont aggravées depuis 2008 ? Si oui, peut être qu'il faut refaire des tests aussi par un neuropsychologue, refaire une IRM.
Le syndrome post commotionnel est exactement comme ça, je ne pense pas que vous pourrez retrouver les souvenirs de ce jour la, mais ça c'est normal. Ca doit aller mieux avec le temps et avec l'exercice de la mémoire. Vous ne risquez pas de développer une vraie maladie comme Alzheimer à cause de cet accident.
Pas vraiment lié, sauf si ce ne sont pas les divers médicaments qu'on peut prendre parfois pour les céphalées chroniques qui peuvent donner des problèmes de concentration, comme les opiacés. Vous pourriez consulter un neurologue, faire des tests pour vous rassurer.
Non, si elle est bien équilibrée, elle ne devrait pas avoir des problèmes de mémoire à cause de ça.
Les troubles peuvent tout à fait être liés à l'alcoolisme, mais cela n'exclue pas d'autres maladies, il faudra faire un bilan, quand même, avec IRM, prise de sang, tests de mémoire.
Vitamines B, lecithine, sans dépasser les doses recommandés, pas le soir.
Le choc émotionnel de l'enfance ne devrait pas vous donner encore des troubles, non, je ne pense pas qu'il faut s'inquiéter.
Non, seulement accepter qu'on ne peut pas tout apprendre, et ne pas être frustrée ou fatiguée, mais sinon, oui, il faut continuer, l'entretien de la mémoire est très bien.
Pas trop, je pense, mais elles ne font pas mal non plus.
Les troubles du sommeil, oui, les médicaments pris pour dormir, aussi, mais cela est réversible si votre sommeil est corrigé.
Les calcifications des noyaux gris sont extrêmement fréquents, ce n'est pas lié à une pathologie particulière sauf si ce n'est vraiment très important. Les troubles de la mémoire peuvent être dus quand même à des maladies neurologiques, il faut faire un bilan avec des tests plus poussés que le MMS, 27 n'est pas tout a fait normal à 62 ans.
La dépression peut être en cause, mais un Alzheimer est aussi possible, ainsi que des lacunes du cerveau quand il existe une hypertension de longue date pas toujours traitée. Il faut faire un bilan chez un neurologue, avec IRM, explorations des vaisseaux, prise de sang.
Non !
Il faut traiter les facteurs de risque vasculaires qui sont responsables des petits zones d'ischémie, c'est le plus important, donc voir une cardiologue, un neurologue. Beaucoup de zones comme ça peuvent donner des troubles de mémoire, mais si vous vous traitez, les choses peuvent se stabiliser.
Il faut traiter tout cela, bien sur, l'anémie, la dépression. Ces deux peuvent donner des troubles de mémoire, mais réversibles avec le traitement pour chacune. Pour les absences vous avez fait des EEG, IRM ?
La ponction lombaire est vraiment pas grand chose, on l’a fait très souvent en neurologie, et ça se passe bien. Les marqueurs qu'on peut doser dans la PL peuvent renforcer le diagnostic si on a d'autres arguments pour lui.
Non.
On connait pas assez aujourd’hui sur cela, difficile de faire des études, il y en a partout.
Avec l'âge, on peut perdre une peu les capacités d'apprendre par coeur, il faut peut être essayer de lier les nouvelles notions entre elles différemment, utiliser un autre système.
On dit que les jeunes moins de 45 ans doivent rester couchés pour éviter les maux de tête, ce n'est pas tout à fait vrai, en réalité, ca ne change pas grande chose, c'est normal de vous dire de vous reposer un peu après, mais il n'y a pas vraiment de raison de ne pas pouvoir partir le jour même, en dehors des maux de tête chez les jeunes, il n'y a pas d'autre risque.
Les réponses d'Alice Guyon, neurobiologiste au CNRS
L'hippocampe est une structure très importante dans l'acquisition de nouveaux souvenirs (voir article sur le site Allodocteurs). Le célèbre patient HM qui a été opéré comme vous a été largement étudié et souffrait des mêmes troubles. Il faut essayer de compenser en adoptant des stratégies comme d'écrire sur un carnet que vous aurez avec vous et pourrez relire pour vous souvenir. Cela ne devrait pas cependant vous empêcher de faire de nouveaux apprentissages, même si vous risquez de ne pas vous souvenir de les avoir faits.
Le sommeil paradoxal joue en effet un rôle essentiel dans la consolidation des apprentissages faits dans la journée ou les jours qui précèdent. On pense que les réseaux se consolident et que le poids des connections entre les neurones se rééquilibre pendant cette phase du sommeil durant laquelle les entrées sensorielles sont coupées. C'est sans doute la raison pour laquelle vous avez du mal à acquérir de nouveaux souvenirs, alors que les souvenirs anciens, stockés depuis longtemps en particulier au niveau du cortex restent intacts.
Les tables de multiplications sont très difficiles à retenir car on demande aux enfants de les enregistrer comme une poésie, or la succession des sons des chiffres et des nombres se ressemble, et cette litanie est très difficile à retenir si elle est dénuée de tout sens. Il faut faire apprendre les tables de multiplications de manière intelligente en leur donnant du sens. Par exemple, la table de 2, les nombres pairs, la table de 5 se termine par 0 ou 5, etc.. Grâce à ce genre de "trucs", ce sera beaucoup plus facile car on n'apprend que ce que l'on a déjà compris dans un premier temps.
Il faut au cerveau le temps d'aller rappeler le souvenir qui est parfois enfoui profondément au fond de réseaux de neurones qui n'ont pas été activés depuis bien longtemps. Même si le temps de communication entre deux neurones est très bref, de l'ordre de quelques millisecondes, le rappel de souvenirs fait appel à de nombreux neurones et toutes ces connections doivent d'activer avent que le souvenir ne ressurgisse. Le contexte peut aider, ou parfois un mot ou une association d'idées permet d'accéder au souvenir.
L'attention et la motivation sont des facteurs essentiels de l'apprentissage et de la mémorisation. On ne peut retenir que quelque chose qu'on a bien compris, et si vous n'écoutez pas, vous ne pouvez pas retenir. Vos troubles de l'attention peuvent venir d'un manque d'intérêt (dans ce cas, trouvez un contexte qui vous motive plus), ou de la fatigue ou du manque de sommeil. Faire du sport et bien dormir peut améliorer votre attention et en conséquence votre mémoire.
Lors de la progression de la maladie d'Alzheimer, de nombreuses cellules du cerveau dégénèrent. Les premiers troubles sont souvent des perturbations de la mémoire, mais on observe la plupart du temps des symptômes dépressifs, un repli sur soi, et même des démences dans les phases tardives.
Les anesthésiques interfèrent avec les systèmes de neurones contrôlant les états de vigilances. Par exemple, les benzodiazépines, que l'on donne souvent avec les anesthésiques, provoquent des amnésies. Toutefois, les effets devraient être réversibles après évacuation des substances de l'organisme. En revanche, les souvenirs de l'opération elle même seront perdus, ce qui est en général l'effet désiré par les médecins, qui ne veulent pas laisser trop de traces de ces mauvais souvenirs... Un dosage trop fort des anesthésiques en revanche peut altérer le système nerveux et provoquer en conséquence des troubles de mémoire, mais ces dernières années, les progrès faits dans le domaine de l'anesthésie ont vu apparaitre des molécules de moins en moins néfastes pour l'organisme et pour le cerveau en particulier.
Les hormones thyroïdiennes influencent tout notre métabolisme. Cela peut, indirectement affecter la mémoire. Par exemple, l'hyperthyroïdie induit des troubles du sommeil et de l'attention qui peuvent nuire à l'apprentissage et à la mémoire. De même, l'hypothyroïdie induit une grosse fatigue qui peut diminuer l'attention et en conséquence perturber l'apprentissage et la mémoire.
De nombreuses maladies peuvent affecter la mémoire : les maladies neuro-dégénératives (Alzheimer, Parkinson), les traumatismes crâniens, les épilepsies, les accident vasculaire cérébraux, les chirurgies du lobe temporal, et même si ce n'est pas une maladie, l'âge !
Il n'y a pas d'âge pour commencer à apprendre, au contraire, cela ne peut que ralentir l'apparition des troubles de mémoire. La mémoire ne s'use que si l'on ne s'en sert pas. En revanche, il ne faudra pas exiger trop de vous même en ce qui concerne la vitesse d'acquisition des nouvelles connaissances et les progrès que vous ferez seront certainement moins rapides que chez un jeune enfant. La plasticité de notre cerveau est toujours présente à l'âge adulte mais bien moindre que chez l'enfant.
Ce trouble d'amnésie rétrograde est-il apparu brutalement ou progressivement. S'il est apparu brutalement, il peut être dû à un événement (choc à la tête ou AVC) qui serait survenu à un moment de votre vie. Ce type d'amnésie peut aussi être un refoulement inconscient qui relèverait plutôt de la psychanalyse et qui pourrait être la conséquence d'un choc affectif. Si le trouble est survenu progressivement, il traduit peut être une perturbation dans le fonctionnement du cerveau. Dans tous les cas, il est préférable de demander l'avis d'un spécialiste.
La cognition est tout ce qui concerne l'apprentissage et la compréhension par l'intelligence. Mémoire cognitive signifie mémoire des choses apprises, et comprises!
Le sommeil, en particulier le sommeil paradoxal, est essentiel à la consolidation des apprentissage et à l'acquisition de nouveaux souvenirs. Vos troubles du sommeil peuvent expliquer vos troubles de mémoire des choses vécues récemment. En ce qui concerne les souvenirs plus anciens, il s'agit sans doute d'un autre problème affectant les zones du cerveau où sont stockés les souvenirs anciens (par exemple l'écorce cérébrale ou cortex). Si ces troubles du sommeil et de la mémoire deviennent invalidants, il serait préférable d'en parler à votre médecin.
Le trouble consistant à oublier les souvenirs anciens, comme ceux de l'enfance, s'appelle amnésie rétrograde. Si ce trouble est apparu brutalement, il peut être dû à un événement (choc à la tête ou AVC) qui serait survenu à un moment de votre vie et aurait altéré le zones du cerveau où ces informations sont stockées. Ce type d'amnésie peut aussi être un refoulement inconscient qui relèverait plutôt de la psychanalyse et qui pourrait être la conséquence d'un choc affectif. Si le trouble est survenu progressivement, il traduit peut être une perturbation dans le fonctionnement du cerveau et la disparition progressive de neurones. Dans tous les cas, il est préférable de demander l'avis d'un spécialiste.
Dès que vous en ressentez les effets, même ténus, c'est que l'alcool est déjà en train d'interférer avec vos systèmes de neurotransmission. L'alcool agit sur des récepteurs aux neurotransmetteurs comme les récepteurs au GABA et au glutamate. Cela modifie vos perceptions et vos comportements et peut à terme modifier l'équilibre de vos réseaux de neurones et les perturber, jusqu'à pouvoir produire des amnésies. C'est surtout chez les jeunes et à fortiori les enfants ou les enfants à naitre dont les mères boivent de l'alcool que le risque est le plus grand car leurs réseaux de neurones ne sont pas encore en place et l'alcool, en perturbant l'équilibre, peut interférer avec la bonne organisation du cerveau. Il faut donc consommer avec modération.
La prise de certains médicament interfère avec le bon fonctionnement du cerveau en agissant par exemple sur les récepteurs aux neurotransmetteurs, les substances qui permettent la communication entre les neurones. Par exemple, les benzodiazépines et les barbituriques, qui sont des somnifères, activent un des récepteurs au GABA, qui est le neurotransmetteur inhibiteur du cerveau. La nicotine peut également agir sur des récepteurs à l'acétylcholine, un autre neurotransmetteur du système nerveux. Cela perturbe le bon fonctionnement du cerveau et peut induire des troubles de la mémoire. Par ailleurs, le tabac peut également induire des troubles de la circulation sanguine qui indirectement vont affecter le bon fonctionnement de notre cerveau et la mémoire.
En savoir plus
Ignorer où on a posé ses clés, ne plus se souvenir de l'heure d'un rendez-vous, du code secret de sa carte bleue ou oublier d'acheter certains articles à l'épicerie n'est pas inquiétant. Ces manques d'attention sans conséquences surviennent souvent lorsque les personnes sont préoccupées, surmenées et peuvent arriver à tout le monde. Ces oublis-là n'ont pas d'incidence sur la vie de tous les jours mais parfois, les pertes de mémoire peuvent devenir plus significatives et plus nombreuses. L'âge est en grande partie responsable de ce phénomène.
En effet, à partir de 65 ans, le cerveau perd de sa capacité d'emmagasiner les nouvelles informations, il est comme un muscle et ne doit pas s'arrêter de fonctionner au risque de perdre de son efficacité. Les mots croisés, le scrabble, le bridge ou l'apprentissage de listes par cœur sont des exercices auxquels il faut se livrer après la soixantaine, pour éviter les affres du trou de mémoire.
Des troubles de mémoire s'aggravant progressivement doivent cependant faire penser à une maladie d'Alzheimer. L'oubli des faits récents est souvent un des premiers signes de cette maladie. Dans ce cas les troubles s'aggravent et deviennent handicapants au quotidien. Ces troubles s'accentuent rapidement, et se compliquent. Le sujet n'arrive bientôt plus à porter un jugement, à faire la part du bien et du mal, à avoir une opinion ou à montrer à son entourage son esprit critique.
En savoir plus sur Allôdocteurs.fr :
Questions/Réponses :
* Les réponses avec le Dr Carole Séréni, chef de service de neurologie à l'hôpital Léopold-Bellan (Paris)
Forum :
Ailleurs sur le web et adresse utile :
Livres :