Les sages-femmes en grève refusent les propositions du ministère

Les sages-femmes, en grève depuis le 16 octobre 2013 pour une meilleure reconnaissance de leurs compétences, ont manifesté à nouveau, lundi 16 décembre 2013, à Paris, pour peser sur la concertation en cours au ministère de la Santé. Après leur rassemblement ralliant 2.000 à 4.500 manifestants, le collectif de sages-femmes à l'origine d'une grève illimitée a refusé les propositions du ministère de la Santé sur la revalorisation de leur satut à l'hôpital.  

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Entretien avec Myriam Kheniche, sage-femme

La précédente "marche" des sages-femmes, le 7 novembre 2013, avait rallié 4.000 manifestants selon la police, 6.000 selon les organisateurs. Les sages-femmes ont défilé sur le même parcours lundi 16 décembre 2013, entre la place Denfert-Rochereau (XIVe) et le ministère de la Santé (VIIe).

Le collectif d'associations et de syndicats de sages-femmes à l'origine du mouvement entend ainsi maintenir la pression sur le ministère, où se tiennent des réunions de concertation sur la place de ces professionnelles dans le système de santé.

Le collectif souhaite que les sages-femmes exerçant à l'hôpital sortent de la fonction publique hospitalière pour intégrer un statut médical qui leur permettrait d'être plus autonomes, sur le modèle des praticiens hospitaliers (médecins). Les syndicats représentatifs refusent de sortir de la fonction publique.

"Nous appartenons à une profession médicale reconnue avec des compétences définies dans notre spécialité : la physiologie. Nous sommes autonomes avec un droit de prescription spécifique. Or, à l'hôpital, nous dépendons du statut de la fonction publique hospitalière qui concerne les professionnels non médicaux comme les soignants paramédicaux ou les administratifs de l’hôpital. Nous demandons donc un réel statut à l'hôpital, au même titre que les autres professions médicales. Ce statut nous permettrait de pouvoir diriger des filières et de faire de la recherche", explique Myriam Kheniche, sage-femme, invitée du "Magazine de la santé", le 16 décembre 2013 (voir vidéo).

La proposition de création d'une filière médicale sages-femmes dans la fonction publique hospitalière, "qui permet de conserver les avantages et attributs de la fonction publique" a été rejetée par le collectif.  "Notre revendication est totalement flouée", a réagi Adrien Gantois, du Collège national des sages-femmes, en déplorant que le ministère considère les sages-femmes comme une "sous-filière médicale".

Le collectif demande également une reconnaissance comme professionnel de premiers recours, c'est-à-dire comme le praticien vers lequel les femmes peuvent être orientées en premier pour leur suivi gynécologique, qu'elles soient enceintes ou non.

"Nous sommes trop peu visibles dans le système de soins français. Dans les autres pays, une femme qui pense être enceinte va voir une sage-femme sans se poser de question. En France, elle se dirige vers son gynécologue ou son médecin traitant. Dans l’inconscient collectif, nous restons des accoucheuses. Mais notre champ de compétences est loin de se réduire à cela. Nous pouvons faire de la gynécologie de prévention, de la consultation de contraception, du suivi prénatal etc.", précise Myriam Kheniche.

Enfin, les sages-femmes demandent une revalorisation des salaires. Selon Myriam Kheniche, "une sage-femme commence avec un salaire de 1.615 euros sans les primes. Cela correspond à un niveau d'étude à bac+3 alors que nous avons effectué un cursus de cinq années universitaires".

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