Le saumon d'élevage norvégien réhabilité ?

En 2006, le Comité scientifique pour la sécurité alimentaire de Norvège (VKM) avait alerté les consommateurs sur les concentrations inquiétantes de toxiques présents dans les poissons pêchés ou élevés sur leur territoire. Huit ans d'efforts des professionnels du secteur semblent avoir payé : à en croire les nouvelles analyses du VKM, les taux de polluants dans les poissons ont chuté drastiquement, bien en deçà des seuils de toxicité humaine. Ce n'est toutefois pas une raison pour se gaver de saumon...

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Les taux de polluants dans les poissons norvégiens ont fortement diminué en huit ans. (Crédit photographique : cc-by-sa Hans-Petter Fjeld)

Dès la fin des années 1960, les toxicologues ont commencé à regarder les poissons de la mer Baltique d'un œil rond. Des études successives démontraient que leur chair contenait des taux élevés de composés chimiques très persistants, et potentiellement dangereux pour l'homme (PCB, dioxines…). Les poissons carnassiers d'élevage, nourris en partie avec ceux pêchés au large, n'échappaient pas à la contamination.

Selon l'InVS, 1% des consommateurs français serait exposé à des taux de PCB supérieurs aux seuils toxicologiques (1,8 µg/g lipide dans le sang pour l'adulte). Près de 4% des femmes en âge de procréer dépasseraient les seuils en deçà desquels l'innocuité pour le fœtus serait établie (0,7 µg/g). D'après l'Anses, en France, la consommation de poisson serait à l'origine de 20 à 40% des apports de PCB dans l'organisme humain (taux variable selon le type de PCB considéré).

La sardine contiendrait trois fois plus de PCB que le saumon ou le maquereau. (Etude CALIPSO de l'Anses)

Depuis une trentaine d'années, de nombreuses réglementations ont été adoptées dans les pays européens pour limiter l'exposition des consommateurs à des poissons trop "pollués". La consommation de poissons d'élevage restait préconisée, du fait de meilleurs contrôles de la production et des sources de pollution.

En 2006, les autorités sanitaires norvégiennes publiaient une étude validant les craintes de nombreux chercheurs : les taux de polluants restaient dangereusement élevés dans les poissons d'élevage. Les quantités absorbées au cours d'un repas flirtaient avec les valeurs toxicologiques de référence pour de nombreuses substances ; le risque sanitaire était donc réel, et les très grands amateurs de saveurs norvégiennes avaient tout intérêt à modérer leur consommation de saumon, maquereaux et autres poissons gras.

Opération dépollution

Dans une étude publiée mi-décembre 2014, le VKM (comité scientifique pour la sécurité alimentaire de Norvège) dresse un tableau beaucoup moins inquiétant. En huit ans, les taux moyens de PCB et de dioxines mesurés ont chuté de près de 70%. Les taux de mercure d'un peu plus de 50%.

Ces taux moyens sont très en deçà des niveaux dangereux pour l'homme adulte, la femme enceinte ou l'enfant. En considérant les taux statistiquement dans 95% des saumons d'élevage, ils restent encore très inférieurs aux seuils toxicologiques.

Cette baisse considérable a été atteinte en diminuant drastiquement la part des poissons sauvages dans l'alimentation des animaux d'élevage, explique le VKM.

Pas d'évolution concernant les poissons sauvages

De fait, l'institution scientifique rappelle que le tableau reste sombre pour les poissons sauvages. Pour les dioxines et les PCB, "la consommation de poissons gras sauvages comme le maquereau, le hareng, le saumon et la truite contribue [toujours] sensiblement à l'exposition. Les données disponibles pour les poissons sauvages ne sont pas adaptés pour montrer des tendances temporelles des niveaux de contaminants […]", précisent les auteurs du rapport. Concernant les poissons maigres comme la morue, "même si le niveau de mercure [est] faible, [il reste] une source importante [de ce contaminant] dans l'alimentation norvégienne en raison d'une consommation relativement élevée".

Le rapport bénéfice/risque de la consommation de poisson

Les bénéfices pour la santé liés à la consommation de poissons (apport d'acides gras oméga 3, notamment) sont démontrés par de nombreuses études. Toutefois, face aux risques associés aux contaminations par des polluants, les autorités sanitaires françaises recommandent depuis plusieurs années de consommer du poisson de mer(1) deux fois par semaine (en alternant poisson gras et poisson maigre, et en variant les espèces et les origines). Pas plus, pas moins.

L'étude du VKM ne changera vraisemblablement rien à ces préconisations. Il reste en effet difficile pour le consommateur de connaître avec certitude l'origine des poissons qu'il consommerait au restaurant ou achèterait sur un marché.

Le côté obscur des élevages

Désormais moins pollués par le mercure, le dioxine et les PCB, les élevages norvégiens restent objet d'intenses controverses. La concentration des poissons entraîne un risque important de contamination par des parasites, aussi des quantités phénoménales de pesticides sont-ils pulvérisés dans les bassins. En outre, des associations dénoncent le fait que des tonnes d'excréments de poissons s'accumulent dans le lit des fjords norvégiens, bouleversant les équilibres écologiques.

L'aquaculture et la pêche constituent la deuxième source de revenus de la Norvège (après le pétrole). Près de 60% des 6,6 milliards d'euros tirés annuellement du poisson proviennent de l'exportation du saumon. La Norvège est, de loin, le premier producteur mondial de saumon (1,1 millions de tonnes en 2013).

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(1) Concernant les poissons d'eau douce, les recommandations de l'Anses sont différentes. Anguilles, barbeaux, brèmes, carpes et silures accumulant plus aisément que les autres espèces les PCB dans leurs graisses, la consommation de ces poissons devrait être limitée à une fois tous les deux mois pour les femmes en âge de procréer, enceintes ou allaitantes ainsi que les enfants de moins de 3 ans, les fillettes et les adolescentes (limitée à deux fois par mois pour le reste de la population).

Source : VKM (2014). Benefit-risk assessment of fish and fish products in the Norwegian diet – an update (PDF). Scientific Opinion of the Scientific Steering Committee. VKM Report 15 [293 pp], ISBN: 978-82-8259-159-1  

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