Le Dr Irène Frachon réagit à l'ouvrage des Pr. Even et Debré

Médicaments inutiles, dangereux. Dans leur dernier ouvrage, "Le guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles, ou dangereux", les Pr. Philippe Even et Bernard Debré lancent une nouvelle charge contre l'industrie pharmaceutique. Le Dr Irène Frachon - pneumologue au CHU de Brest - a été la première à donner l'alerte sur la dangerosité du Mediator, une affaire devenue l'un des plus grands scandales sanitaires depuis l'affaire du sang contaminé. Elle réagit à l'ouvrage des Pr.Even et Debré.

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Le Dr Irène Frachon réagit à l'ouvrage des Pr. Even et Debré
Le Dr Irène Frachon réagit à l'ouvrage des Pr. Even et Debré
  •  Etes-vous étonnée par les affirmations des Pr. Even et Debré selon lesquels près d'un médicament sur deux serait inutile voire dangereux ?

Dr Irène Frachon : "Je ne suis pas très étonnée car je pense qu'il y a eu, ces dernières années, une dérive de prescriptions et de surprescriptions et que ce mode de fonctionnement est devenu un mal français. Concernant le chiffre d'un médicament sur deux, je ne sais s'il est juste ou non, mais qu'il y ait suprescription de médicaments peu utiles - et pas toujours consommés d'ailleurs, qui vont surcharger nos armoires à pharmacies familiales - cela est une évidence. Cette surprescription médicamenteuse - qui était la règle - a engendré une multiplication des effets secondaires et des effets toxiques des médicaments."

Dr Irène Frachon
  • Comment expliquer cette particularité française ?

Dr Irène Frachon : "Je pense que l'impact de l'ordonnance, qui conclut obligatoirement la consultation, fait en quelque sorte partie du "pacte médical". J'ai l'impression que ce schéma "examen, diagnostic, ordonnance" est quelque chose de sociologiquement et culturellement très ancré. C'est le rapport à la médecine et aux médecins qu'il faudrait explorer. Et l'industrie pharmaceutique exploite cet état d'esprit : à un symptôme doit répondre un traitement.

"Prenez par exemple le Vastarel®, un médicament des laboratoires Servier, il ne sert à rien ! C'est un médicament inventé pour traiter des symptômes que l'on ne sait pas expliquer. Les indications sont totalement farfelues : vertiges, baisse d'acuité visuelle, etc. En fait, ce sont principalement des troubles du vieillissement. Mais ce médicament a été autorisé par des experts, prescrit - pendant des années - à des milliers de personnes âgées et massivement remboursé par l'Assurance-maladie... Et aujourd'hui on s'aperçoit, à la façon dont cela a été réévalué par les autorités sanitaires, comment des médicaments absolument inutiles ont été introduits sur le marché."

  • Pourquoi la France a-t-elle autant de mal à faire le ménage sur le marché du médicament ?

Dr Irène Frachon : "Je pense que l'on commence seulement à prendre conscience de l'infiltration massive de l'industrie pharmaceutique dans les milieux universitaires, médicaux  et politiques... De la pratique médicale à la recherche clinique, universitaire et jusqu'aux médecins. L'industrie pharmaceutique fait la loi et on voit à quel point, et avec quelle violence, elle tente de baillonner le débat public. Mais si l'on veut sauver l'innovation thérapeutique, il faut dépolluer ce milieu. Il faut absolument sortir de ce système qui détourne les moyens financiers - qui sont de plus en maigres - vers des développements qui ne servent à rien."

  • Les choses vous semblent-elles avoir changé depuis le scandale du Mediator ?

Dr Irène Frachon : "C'est un peu tôt pour le dire, mais j'ai le sentiment qu’il y a eu un ébranlement assez profond de la confiance médicale et dans les milieux de la santé publique. Ce que je vois, c'est que les milieux politiques et les autorités de santé écoutent davantage les acteurs qui tirent la sonnette d'alarme. Ça, c'est très clair. Mais ce n'est pas pour autant gagné parce que l'industrie pharmaceutique est toujours là pour défendre son pré carré, les enjeux économiques et financiers étant colossaux."

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