Distilbène : deux laboratoires à la barre

Le procès de deux laboratoires pharmaceutiques assignés par deux "filles distilbènes" s'ouvre, ce jeudi 14 juin 2012, à Paris.

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Distilbène : deux laboratoires à la barre
Distilbène : deux laboratoires à la barre

UCB et Novartis, deux géants de l'industrie pharmaceutique, passent devant les juges. Sur les bancs des victimes, deux filles "distilbène", deux femmes âgées de 41 et 47 ans qui ont été exposées in utero à ce médicament largement prescrit aux femmes enceintes entre 1950 et 1977, pour éviter les accouchements prématurés.

Des malformations génitales graves

Le distilbène est une hormone de synthèse, un œstrogène non stéroïdien dont la molécule, le diéthylstilboestrol (DES), est à l’origine de plusieurs pathologies graves. Les femmes, dont la mère a pris du distilbène, peuvent souffrir de graves malformations de l'appareil génital qui condamnent leurs chances de mener une grossesse à terme. Elles peuvent aussi développer des cancers du vagin, de l'utérus ou autres. Les hommes ne sont pas en reste : certains ont développé des kystes au niveau de l'épididyme (longs canaux assurant le stockage des spermatozoïdes nouvellement formés), ou encore des anomalies des testicules.

L'une des plaignantes a contracté un grave cancer, un adénocarcinome à cellules claires, particulier aux enfants qui ont été exposés à cette molécule, vaincu au bout de 18 opérations, tandis que l'autre a multiplié les fausses couches, les grossesses pathologiques et cinq grossesses extra-utérines.

Un procès sur de nouvelles bases

Depuis septembre 2009, il appartient aux laboratoires incriminés de prouver que leur médicament n'est pas en cause dans les problèmes de santé déclarés par les plaignants de ce dossier. Une décision de la Cour de cassation qui facilite la condamnation des laboratoires en inversant le mécanisme d'enquête : avant c'était aux plaignants de prouver que le distilbène avait un lien direct avec leur pathologie. L'une des plaignantes avait justement perdu son premier procès en 2008 : la cour de Versailles avait jugé insuffisantes les preuves de lien avancées entre sa maladie et le DES.

En France, au moins 160 000 enfants auraient été exposés au produit. Aujourd'hui, ce médicament est toujours commercialisé, mais son usage a changé : il est uniquement prescrit dans les cas de cancer de la prostate.

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