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Pourquoi existe-t-il si peu de médicaments pour les problèmes sexuels féminins  ?

Alors qu'il existe plusieurs traitements efficaces prescrits pour soigner les problèmes sexuels masculins, on ne dispose toujours pas de médicaments pour améliorer les dysfonctions sexuelles chez les femmes.

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Pourquoi existe-t-il si peu de médicaments pour les problèmes sexuels féminins  ?

On connaît tous les médicaments pour traiter les problèmes sexuels que peuvent rencontrer les hommes, mais il n'y a malheureusement pas l'équivalent pour les femmes.
Il existe bien deux molécules qui ont une approbation officielle par l’agence des médicaments américaine, la FDA, mais ces deux molécules sont disponibles uniquement aux Etats-Unis.  

  • La flibanserine est un dérivé des antidépresseurs, un médicament qui est censé agir au niveau cérébral pour augmenter le désir sexuel. Son efficacité est assez décevante et on n’est pas vraiment pressé de l’avoir en Europe.  

  • La bremelanotide très récemment approuvée, dont le principal inconvénient est, qu’il faut se l’injecter sous la peau pour un effet de quelques heures. Les résultats sont certes intéressants, surtout pour augmenter l’excitation et l’envie sexuelle, mais, malheureusement, c’est délicat de la proposer facilement sous cette forme d’injection. En plus de donner des envies sexuelles, cela donne aussi envie de vomir dans plus d’un tiers des cas ! 

Tous les autres produits utilisés pour améliorer les problèmes sexuels féminins sont soit des traitements hormonaux pour les femmes ménopausées, soit des médicaments utilisés en dehors de leur autorisation initiale (hors AMM), ou encore des produits botaniques ou des phytothérapies. Ils ont un intérêt certes, avec un effet un peu supérieur au placebo, mais on est bien loin des médicaments efficaces comme pour l’homme. 

Un fossé entre les traitements masculins et féminins 

L'une des premières raisons est l’impact de la société et de la culture sur la médecine. Pendant très longtemps les médecins et les chercheurs étaient essentiellement des hommes et surtout pendant très longtemps (et encore aujourd’hui) la médecine a eu tendance à utiliser le fonctionnement sexuel masculin comme repère et comparer ensuite le fonctionnement sexuel féminin à ce repère.  

On entend par exemple encore très souvent dire que le clitoris a une anatomie proche de celle du pénis mais en plus réduit. Vous n’entendrez pratiquement jamais dire que le pénis c’est comme un clitoris mais en plus grand, le repère étant le pénis.  

Cela fait plus de 60 ans qu’on considère que la réaction sexuelle "normale" c’est  d’abord "On a envie, puis on est excité, puis on a du plaisir, puis on a un orgasme puis on est détendu "!   

Ce modèle est typiquement masculin. Chez les femmes ce modèle n’est pas aussi linéaire que cela, et cela fait à peine une dizaine d’années qu’on en prend conscience. Par exemple, une femme peut avoir soit une impulsion sexuelle suite à une stimulation ou spontanément, soit avoir des réactions émotionnelles qui réveillent d’abord les sensations d’excitation et de plaisir, puis le désir apparaît secondairement.

Autre exemple, après l’orgasme, la descente de l’excitation sexuelle est plus lente et réversible chez la femme qui peut alors avoir des vagues d’excitations sexuelles et non une excitation sexuelle linéaire.  

Sans connaître correctement le fonctionnement sexuel féminin à part entière, il est difficile de lui trouver des médicaments  ! 

Le fonctionnement sexuel féminin

Il n’y a pas que des raisons culturelles à cette absence de médicaments, il y a aussi des raisons techniques et parmi ces raisons il faut en retenir 3 en particulier : 

  • Il n'existe ps de modèles animaux fiables pour tester les médicaments sexuels féminins. Si on donne un médicament de l’érection à un rat, on peut observer la réaction de ses organes génitaux et constater facilement s’il a eu une érection ou non, s’il a eu une éjaculation ou non, mais si on donne un médicament à une rate ou une souris, il est difficile de lui demander ensuite "Alors est-ce que vous avez plus de plaisir ou plus de désir sexuel" ! On peut tout au plus observer si son comportement copulatoire a été modifié mais cela reste loin du vécu réel des femmes.
     
  • Il n'y a pas de standard d’évaluation fiables  dans les études cliniques quand on teste des médicaments éventuels. Toutes les études ne cherchent pas à évaluer les mêmes objectifs. Certaines études vont observer simplement si les femmes ont plus de rapports sexuels sous traitement, d’autres vont chercher si les femmes se sentent plus à l’aise, d’autres vont chercher à chiffrer l’intensité du plaisir ou du désir etc.. C’est difficile de développer un médicament sans savoir exactement quel est l’objectif  !
     
  • La 3ème raison c’est que dans le monde, les experts n’arrivent pas à se mettre d’accord sur une définition et une classification claire des dysfonctions sexuelles féminines. Ça n’arrête pas de changer et à chaque changement il y a toujours un groupe d’experts qui n’est pas d’accord. 
    La flibanserine est commercialisée dans une indication précise appelée : "Désir Sexuel Hypoactif" chez les femmes non ménopausées.
    Or entre le moment où elle a été commercialisée il y a 4 ans à peu près et aujourd’hui, le titre "Désir Sexuel Hypoactif" n’existe plus et a été supprimé de la classification internationale. C’est-à-dire que si on testait aujourd’hui la flibanserine ce ne sont pas les mêmes femmes qui auraient été incluses dans le protocole de recherche !  

Tout ceci ne facilite absolument pas la tâche des chercheurs pour tenter de rechercher et tester des médicaments pour les problèmes sexuels des femmes. 

Des médicaments en cours de développement ? 

Il y a une recherche qui reste active dans ce domaine et de plus en plus active par rapport aux années passées. Le premier médicament réellement efficace et utile pour améliorer les difficultés sexuelles féminines, sera trouvé probablement un peu par hasard, comme beaucoup de médicaments. C’est le fait d’avoir un médicament efficace qui nous permettra ensuite de mieux comprendre la physiologie sexuelle féminine et non l’inverse ! La subtilité du fonctionnement sexuel féminin sera alors un peu plus élucidée.

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