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Quatre questions sur l'affaire de l'anesthésiste de Besançon

Jeudi 15 mai, l'anesthésiste Frédéric Péchier a été mis en examen pour 24 "empoisonnements sur personnes vulnérables". Le point sur les faits qui lui sont reprochés, les victimes et les tensions que suscitent l'affaire dans le monde judiciaire.

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Quatre questions sur l'affaire de l'anesthésiste de Besançon
Frédéric Péchier aurait modifié les poches d'injection de confrères afin de provoquer des incidents et montrer ensuite ses talents de réanimateur.

Après deux ans d'enquête, des centaines de témoins entendus et de multiples expertises et contre-expertises, l’anesthésiste de Besançon Frédéric Péchier, qui clame son innocence, a été mis en examen jeudi 16 mai pour 24 "empoisonnements sur personnes vulnérables", dont neuf cas mortels.

  • Quels sont les faits reprochés au médecin ?

Début 2017, la clinique Saint-Vincent de Besançon alerte le parquet après des arrêts cardiaques inexpliqués lors d'interventions chirurgicales. Une enquête est ouverte et début mars, le médecin est mis en examen pour empoisonnement avec préméditation sur sept patients, dont deux sont décédés. Frédéric Péchier est laissé libre sous contrôle judiciaire, avec l'interdiction d'exercer.

Mardi 14 mai 2019, il est à nouveau placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête ouverte deux ans auparavant, parallèlement à la première instruction, et portant sur 66 cas d'"événements indésirables graves" médicaux, potentiellement suspects. Jeudi soir, Frédéric Péchier est mis en examen pour empoisonnement sur personne vulnérable dans 17 de ces cas, dont sept décès.

  • Quelle la peine encourut-il ?

Au total, il est mis en examen pour 24 empoisonnements entre 2008 et fin 2016, dont neuf personnes décédées. Ces faits sont passibles de la réclusion criminelle à perpétuité. Dans la nuit du jeudi 16 à vendredi 17 mai, il a été maintenu en liberté sous contrôle judiciaire, avec obligation de quitter Besançon.

Dans une conférence de presse jeudi, le procureur de la République à Besançon, Etienne Manteaux, a pointé un "faisceau d'éléments concordants" à l'encontre du médecin, qui aurait modifié les poches d'injection de confrères afin de provoquer des incidents et montrer ensuite ses talents de réanimateur. Cela "dans un contexte de conflit aigu avec ses collègues anesthésistes ou chirurgiens".

  • Qui sont les victimes ?

La justice en a reconnu 24, âgées de 4 à 80 ans. Parmi elles, Teddy, opéré des amygdales en 2016 alors qu'il avait 4 ans et qui a survécu à deux arrêts cardiaques. Physiquement, trois ans après, il se porte bien "mais psychologiquement, c'est très réservé"', pour les parents notamment", qui ont "la certitude d'un empoisonnement", a indiqué leur avocat, Me Jean-Michel Vernier. Ses clients se sont constitués parties civiles vendredi matin.

Sandra Simard et Amandine Lehlen ont fondé l'association d'aide aux victimes Avapolvi. Sandra est restée plusieurs jours dans le coma après son anesthésie et Amandine a perdu son père.

"Il y a (des victimes) qui ont réussi à reprendre le cours de leur vie" mais "pour certain(e)s, ça leur a bouffé la vie", a expliqué Sandra au quotidien L'Est Républicain.

VIDEO - Affaire de l'anesthésiste de Besançon : la fille d'une victime témoigne

Vendredi matin, les victimes et leurs avocats faisaient part de leur incompréhension après le maintien en liberté du médecin décidé dans la nuit, à l'image de Me Vernier, qui a dit sa "stupéfaction" et la "colère" de ses clients.

  • Quels sont les points de friction entre parquet et défense ?

Dans cette instruction hors norme, qui risque aussi de s'étendre sur des années, les points de friction entre parquet et défense sont nombreux. Les avocats de Frédéric Péchier reprochent au parquet bisontin l'ouverture discrète en 2017 de l'enquête préliminaire sur des dizaines de cas d'empoisonnement suspects, au moment où leur client était mis en examen dans le premier volet de l'affaire. Une manoeuvre, dénoncent-ils, qui les a empêchés d'avoir accès au dossier jusqu'au défèrement de leur client jeudi.

"Une enquête préliminaire offre moins de droits à un avocat qu'une information judiciaire", a concédé jeudi le procureur Etienne Manteaux.

La défense a également vivement reproché à ce dernier sa conférence de presse tenue jeudi 16 mai avant la nouvelle mise en examen de leur client, dans laquelle il a exposé les éléments de l'enquête et ses réquisitions.

"Je souhaite une audience publique car nous sommes dans une affaire publique. Et pas de notre fait", a rétorqué jeudi soir, au début de l'audience devant la juge des libertés et de la détention, l'un des avocats de Frédéric Péchier, Me Randall Schwerdorffer, qui est par ailleurs poursuivi par le parquet de Besançon pour violation du secret professionnel dans l'affaire du meurtre d'Alexia Daval.

Quant à Me Jean-Yves Le Borgne, également chargé de la défense du médecin et avocat de l'ancien patron de Renault Carlos Ghosn, il a mis plusieurs fois en garde contre "un risque d'emballement judiciaire".

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