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Des médecins s'élèvent contre le « numéro unique d’appel d’urgence »

L’Assemblée Nationale vient de voter l’expérimentation d’un numéro unique pour tous les services d’urgence, qui réunira le 15, le 17 et le 18. Une tribune de près de 250 signataires publiée dans le Journal du Dimanche s’oppose à ce projet.

Lucile Boutillier
Rédigé le , mis à jour le

Des députés, des médecins et des représentants d’organisation de médecins : 250 d'entre eux ont signé le 22 mai une tribune dans le Journal du Dimanche contre l’expérimentation d’un « numéro unique d’appel d’urgence ». Un mouvement sans précédent, selon Agnès Ricard-Hibon, présidente de la Société Française de Médecine d’Urgence et signataire de la tribune.

Vers une augmentation des décès ? 

Le 12 mai, les députés ont voté l’expérimentation d’un numéro unique, le 112, pour toutes les urgences. L’idée est de centraliser tous les appels vers des répondants qui les redirigeront ensuite vers les urgences dédiées. Mais selon les signataires de cette tribune, réunir tous les services d’urgence au sein du même numéro augmenterait le risque d’erreurs, de retard, et même de décès. 

« Aujourd'hui, grâce à un numéro santé bien connu, le 15, on gère 30 millions d’appels par an. Demain, l’accès ne sera plus direct et il y aura un intermédiaire non formé qui posera des questions sans avoir de connaissances médicales », explique Agnès Ricard-Hibon.

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Des délais de prise en charge trop longs

Selon François Braun, président du Syndicat Samu-Urgences de France, « dans les huit pays européens qui n’utilisent que le 112, on perd trois fois plus de temps avec le numéro unique qu’avec un numéro dédié à la santé, selon une étude européenne ». 

Or, dans une situation d’urgence médicale, le temps est crucial. C’est le cas pour les accidents vasculaires-cérébraux. « On a des picotements dans le bras, on perd un peu l’équilibre », décrit François Braun. 

Une personne qui n’est pas formée à reconnaître ces symptômes n’enverra pas d’ambulance pour amener la personne à l’hôpital. « Mais quand on arrivera effectivement à l’hôpital, on se rendra compte que c’est trop tard pour administrer le traitement. Et c’est inadmissible », dénonce le médecin.

Deux plateformes différentes ?

Les appels concernant des problèmes de santé représentent 40% des appels aux numéros d’urgence. François Braun et Agnès Ricard-Hibon insistent tous deux sur l’efficacité de ce service. Néanmoins, ces deux médecins s’accordent sur le fait que la France possède un trop grand nombre de numéros d’urgence.

Pour pallier ce problème, ils suggèrent avec les autres signataires de la tribune la création de deux plateformes téléphoniques. L’une concentrerait les appels de santé, et l’autre les appels de sécurité, destinés aux pompiers ou aux policiers par exemple. « Chacun son métier », ajoutent-ils tous deux.

En outre, l'idée d'un numéro d'urgence unique est trop ancienne selon François Braun. « C’est une vieille lune qui a trente ans ! Utilisons plutôt les technologies actuelles. On a de plus en plus d’outils numériques, une montre connectée peut prendre votre pouls par exemple. » Pour le médecin, c'est dans cette direction qu'il faut avancer, et non dans celle d'un numéro unique.