Un deuxième avis médical trop onéreux ?

Depuis plusieurs semaines, une polémique enfle dans le monde médical. En cause, le lancement début décembre d'un site Internet qui propose de donner un deuxième avis sur dossier médical. La principale critique que soulèvent les détracteurs du site : le coût de ce service. Il faut débourser 295 euros. 

La rédaction d'AlloDocteurs
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Rédigé le , mis à jour le

Vous êtes confronté à une maladie grave comme le cancer de la prostate ou encore la maladie de Crohn. Prendre un deuxième avis médical est une pratique courante pour les patients. Et si vous le faisiez sur Internet ? C'est l'objectif de ce site, né de l'expérience de l'une de ses fondatrices. Son fils doit être opéré d'une scoliose, le médecin lui suggère de demander un second avis. Cette mère de famille n'arrive pas à trouver facilement un autre expert et les délais pour obtenir un rendez-vous sont très longs.

Réduire les inégalité d'accès

Ces difficultés vont lui donner l'idée de créer un site Internet pour réduire l'inégalité d'accès à une seconde expertise.

"Le service s'adresse en priorité à ceux qui sont éloignés, donc les expatriés, les Français à l'étranger et les gens qui sont dans des déserts médicaux. Cela s'adresse aussi aux personnes qui ont des problèmes de mobilité, pour lesquels un déplacement est compliqué. Et cela s'adresse aussi à ceux qui ont besoin de prendre une décision rapidement et qui ne disposent pas de passe-droit pour avoir un RDV avec un médecin expert de leur pathologie", détaille Pauline d'Orgeval, cofondatrice du site Deuxiemeavis.fr.

295 euros pour un deuxième avis

Mais dès son lancement, le site a suscité une vive polémique. En cause, principalement, le coût de ce deuxième avis en ligne : 295 euros à débourser par le patient, et cela sans prise en charge par la sécurité sociale. Alors que dans le cas d'une pathologie lourde, demander un deuxième avis fait partie du parcours de soins et peut être remboursé par l'Assurance-maladie.

Malgré les critiques, trouver des médecins pour participer à ce projet n'a pas été difficile. Pas moins de suatre-vingt médecins en exercice ont été sélectionnés par un comité scientifique prestigieux. Le Professeur Yves Castier est l'un d’entre eux. Il a lui-même élaboré plusieurs questionnaires médicaux que le patient doit remplir et choisi les examens à fournir. 

"On peut donner un deuxième avis médical si le questionnaire est parfaitement rempli et si on a accès aux examens médicaux. On peut savoir si le patient nécessite une deuxième intervention ou pas, si le patient nécessite une surveillance et à quel rythme, éventuellement aussi quel type de traitement", explique le Pr Yves Castier, chirurgien vasculaire à l’hôpital Bichat-Claude Bernard (AP-HP).

Donner un avis sans auscultation

Le médecin a alors sept jours maximum pour rendre son avis. Donner un avis sur un dossier sans avoir ausculté le patient, cela peut surprendre, pourtant la pratique est courante selon ce médecin.

"Cela nous arrive aussi dans le domaine de l'oncologie médicale, c'est-à-dire en cancérologie, où de façon légale on est obligé de se réunir dans ce qu'on appelle des réunions de concertation pluridisciplinaire… On rend des avis sur des dossiers, sur des résultats biologiques et d'imagerie, et donc on le fait déjà « sans voir » le patient directement", précise le Pr Yves Castier. 

Un site Internet trop ambigu pour l'Ordre des médecins

Au total, le site propose un deuxième avis pour 180 pathologies, graves, rares et invalidantes, selon ses créatrices, ce que conteste l'Ordre des médecins : "Il faut clairement que cela concerne des pathologies qui justifient la demande d'un deuxième avis et ne pas dramatiser toutes les situations en faisant craindre aux patients que ce qu'il a est d'une gravité telle qu'il est impératif qu'il demande un deuxième avis, [dans le cas] d'une ostéoporose, une arthrose des doigts ou une dysfonction érectile comme on le voit dans un certain nombre de pathologies ou situations proposées par ce site. Il y a donc une très grande ambiguïté", témoigne le Dr Jacques Lucas, vice-président du Conseil national de l'Ordre des médecins.

Pour rendre le service accessible au plus grand nombre, les créatrices ont déjà signé deux accords avec des mutuelles. Pour l'heure, une dizaine d'avis ont été rendus. Il en faudrait 10.000 par an pour que le site soit rentable.