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Cancer : Isabelle, 53 ans, cheffe d'entreprise et "cancer survivor"

Frappée par un cancer, cette cheffe d'entreprise a vaincu la maladie, violente et épuisante sans jamais cesser de piloter ses usines. Portrait d'une femme qui a mis à profit son histoire personnelle pour tenter d’aider les autres. 

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Cancer : Isabelle, 53 ans, cheffe d'entreprise et "cancer survivor"

Dans une usine de production de cosmétiques et de parfums en Normandie, Isabelle Guyomarch a 53 ans et une double compétence : cheffe d’entreprise et "cancer survivor". 

Isabelle a vaincu la violence de la maladie, un cancer du sein très agressif diagnostiqué en 2013. A l'époque, elle enchaîne une opération, des séances de chimiothérapie et radiothérapie… Elle perd beaucoup de poids mais aussi ses cheveux et ses cils.

Elle décide pourtant de ne pas s’arrêter de travailler. Elle continue à aller chaque jour à l’usine, sauf cas exceptionnel, malgré la souffrance permanente qui la ronge à ce moment-là. 

"Je crois que le moment le plus difficile c’était sans doute le matin, l’épreuve de la salle de bain, se laver, s’habiller, se maquiller et avoir une figure humaine. Puis après c’était tenir physiquement, m’arrêter de travailler c’était concéder à la maladie, à un terrain qui, il me semblait, me mettait en grand danger. J’avais l’impression que j’allais mourir si je ne travaillais pas. Enfin cheffe d’entreprise seule, c’est beaucoup de responsabilité donc il y avait aussi une nécessité absolue de maintenir une activité. La conjonction des deux a fait que j’ai continué".

Maladie et travail ne sont pas incompatibles

Pour certaines malades, la situation est bien différente. Isabelle explique qu'en tant que cheffe d’entreprise, le choix de travailler ou pas est possible, mais ce n'est pas forcément le cas pour une salariée.

En effet, l’insertion des personnes malades ou en rémission est une vraie problématique sociétale. Chaque jour 1.000 personnes apprennent qu’elles souffrent d’un cancer, parmi elles, 40% sont en âge de travailler.

Deux ans après l’annonce de la maladie, 1 personne sur 3 perd ou quitte son emploi.  

L'accès à l'emploi, son combat !

L'accès à l'emploi est un des combats dans lequel Isabelle s’est engagée. Sur ses lignes de production, 80% de ses salariées, des femmes, conditionnent des parfums de grandes marques, et produisent aussi des cosmétiques pour les femmes touchées par un cancer. 

Isabelle parle d'une "bulle" : "Vous sentez la différence sonore ? Pourtant on est à 20 mètres des grandes lignes. Cette bulle est un lieu pour travailler au calme. Tou(te)s les salarié(e)s en difficulté, malades, avec une maladie grave, une maladie chronique, si ils-elles le souhaitent peuvent venir temporairement reprendre de l’air ici".

Une bulle pour travailler au calme

Un salarié qui est rémission d’un cancer pourra télétravailler par exemple, dans une entreprise. Mais dans une industrie, son poste ne pourra que très rarement être aménagé… Cette bulle, est donc une excellente idée. 

Corinne et Nathalie, sont toutes les deux en rémission d’un cancer. Elles ont toujours des séquelles mais ont repris leur poste en 2017, après leurs traitements. Elles vont à leur rythme et non au rythme de la production à la chaîne. "Se retrouver après une longue maladie ici, on s’occupe de nous, on nous préserve, c’est plus facile. Reprendre à son rythme et pas de cadence, pas de charges à porter… Voilà ! " explique l'une d'elle.

Moralement on en a besoin. Se sentir utile parce que vous savez quand on est à la maison on a la maladie qui est là toujours dans votre tête et le fait de revenir travailler fait du bien, c’est un souffle, c’est énorme même mentalement pour se soigner" ajoute sa collègue.

Des aménagements inestimables

À 53 et 56 ans, Corinne et Nathalie, ont encore quelques années de travail devant elles. Dans la bulle tout est fait pour maintenir leur confort, parfois cela peut paraître anecdotique et pourtant ce n’est pas le cas.

"J’ai accès à mon placard avec ma bouteille… Normalement on ne peut pas l’avoir sur la chaîne de production. Il y a des fontaines qui se trouvent à l’extérieur en salle de pause mais il n’y a pas de bouteille d’eau à disposition des filles sur les lignes. Par rapport à la chimio c’est très important car c'est désagréable au niveau du palais et de la gorge, c’est pas grand chose mais de l’eau à proximité c’est pratique…” 

Si elles en ont l’envie et surtout les capacités et la force, elles pourront réintégrer la ligne de production. Cette bulle, est ce qui fait d’Isabelle une héroïne puisqu’à son échelle elle tente de faire bouger les lignes de la société. 

Livre : 

  • Combattante
    Isabelle Guyomarch
    Ed. Cherche Midi, mars 2019

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