Migraines : un risque accru d'AVC après une intervention chirurgicale ?

Les personnes souffrant de migraines chroniques auraient un risque accru de faire un accident vasculaire cérébral à la suite d'une intervention chirurgicale, selon des travaux présentés dans le British Medical Journal. Si ces données doivent être confirmées, elles sont cohérentes avec le constat général d'un sur-risque d'AVC chez les personnes souffrant de migraines "avec aura".

La rédaction d'AlloDocteurs
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Rédigé le , mis à jour le

La migraine était déjà identifiée parmi les facteurs de risque des AVC ischémiques (dus à un caillot et de loin les plus fréquents), mais aucune étude n'avait encore évalué son rôle lors d'une intervention chirurgicale.

En analysant les dossiers de quelque 124.000 patients ayant subi des interventions chirurgicales dans trois hôpitaux américains entre 2007 et 2014, des chercheurs ont constaté que, dans le mois suivant l’opération, un AVC survenait moins fréquemment dans l’échantillon considéré dans son ensemble (2,4 patients opérés pour 1.000) que chez les personnes présentant des "migraines avec aura" (6,3 cas sur 1.000, voir encadré) ou chez les patients présentant des migraines sans aura (3,9 cas sur 1.000). La chirurgie la plus concernée était la chirurgie vasculaire et cardiaque ainsi que la neurochirurgie.

En tenant compte de l'âge, du sexe et des maladies cardiovasculaires pré-existantes (autant de facteurs de risques d'AVC), les chercheurs estiment que le sur-risque d’AVC post-opératoire reste statistiquement significatif pour les personnes présentant des migraines sans aura (de l’ordre de +50% par rapport aux non-migraineux) et avec aura (sur-risque qui pourrait être jusqu’à triplé par rapport aux non-migraineux).

Les migraineux ont également été un peu plus nombreux que les non migraineux à être ré-hospitalisés au cours des 30 jours ayant suivi l'intervention (extrapolé à la population générale, ce sur-risque serait compris entre +22% et +41%).

Mieux surveiller les patients migraineux

Pour M. Eikermann, compte-tenu du nombre de migraineux dans la population, "il est important que les médecins connaissent ce risque accru dans la période péri-opératoire, en particulier chez des patients qui ne présentent pas les facteurs traditionnels de risque d'AVC". Ces facteurs incluent notamment l'âge ou les antécédents familiaux, mais également des facteurs modifiables comme l'hypertension artérielle, le tabagisme, un cholestérol trop élevé ou encore le diabète.

"Les résultats de notre étude viennent s'ajouter aux preuves qui s'accumulent pour dire que la migraine et notamment la migraine avec aura, doit être considérée comme un marqueur de risque accru d'AVC ischémique", soulignent les auteurs.

Ils n'expliquent toutefois pas le phénomène et se contentent d'avancer quelques hypothèses comme l'existence de prédispositions génétiques. Ils évoquent également l'utilisation de vasopresseurs, des médicaments destinés à stabiliser la tension artérielle pendant les interventions chirurgicales qui, à fortes doses, pourraient accroître le risque d'AVC chez les migraineux.

"L'anesthésie, la déshydratation, et l'arrêt temporaire des anticoagulants pendant la période péri-opératoire peuvent aussi aggraver l’hyper-coagulation induite par la chirurgie et faciliter la formation d'un caillot chez les patients migraineux", ajoutent-ils.

avec AFP

La migraine est un mal de tête récurrent, le plus souvent unilatéral et pulsatile. Elle concerne environ 15% des adultes, avec une forte prédominance pour les femmes.

La "migraine avec aura" concerne 20 à 30% des cas : il s’agit d’une migraine associée à des troubles transitoires comme des troubles de la vue, de la sensibilité et de la parole.