Procès autour du dépistage de la maladie de Lyme

Procès autour du dépistage de la maladie de Lyme

La maladie de Lyme, une affection potentiellement invalidante transmise par les tiques, est-elle l'objet en France d'un "déni", voire d'une "omerta" ? La polémique, qui oppose depuis des années des milliers de patients en colère aux autorités sanitaires, s'est invitée ce 23 septembre devant un tribunal, à Strasbourg.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Patients et médecins se sont succédés à la barre du tribunal correctionnel pour soutenir deux partisans de méthodes alternatives de détection et de traitement de la maladie de Lyme, poursuivis pour escroquerie à l'assurance maladie et exercice illégal de la pharmacie.

Maladie de Lyme : un test alternatif et un remède non homologué

Viviane Schaller, 66 ans, docteur en pharmacie et ancienne gérante d'un laboratoire d'analyses biologiques strasbourgeois, est poursuivie pour avoir appliqué pendant des années un protocole de test non homologué par les autorités sanitaires. Elle a ainsi annoncé à des milliers de patients, dans toute la France, qu'ils étaient bel et bien porteurs de cette maladie pouvant provoquer des troubles invalidants et douloureux, notamment neurologiques, articulaires et musculaires, et ce alors que les tests conventionnels affirmaient le contraire.

Certes, la prévenue - dont le laboratoire a été fermé en 2012 sur décision préfectorale – a agi "pour défendre un combat qu'elle estime noble", mais "commettre une infraction n'était pas la bonne voie", a commenté Mme Pflug, en pointant du doigt les "bénéfices" financiers retirés.

Au côté de Mme Schaller comparaissait Bernard Christophe, 65 ans, diplômé en pharmacie, mais non inscrit à l'ordre des pharmaciens. Il est, pour sa part, poursuivi pour avoir fabriqué et commercialisé un remède à base d'huiles essentielles contre la maladie de Lyme, baptisé "Tic Tox". L'accusation affirme que ce produit est assimilable à un médicament, diffusé hors cadre réglementaire, mais l'intéressé s'en défend, évoquant un simple "complément alimentaire".

Des tests mal calibrés pour diagnostiquer la maladie de Lyme

L'assurance maladie, partie civile, affirme que le détournement de la procédure officielle par Mme Schaller a conduit à plus de 200.000 euros de remboursements indus.

Le tribunal s'était déjà penché sur cette controverse en septembre 2012. A l'issue de l'audience, le parquet avait déjà requis les mêmes peines. Mais la décision n'avait jamais été rendue, dans l'attente d'un supplément d'information. A l'époque, deux spécialistes du Centre national de référence de la maladie de Lyme, les Pr Benoît Jaulhac et Daniel Christmann, étaient venus à la barre soutenir la validité des protocoles officiels.

Le 23 septembre 2014, en revanche, le tribunal a entendu plusieurs médecins cités par la défense, qui soutiennent la thèse opposée.

"Il y a en France une sous-estimation dramatique de cette maladie", a commenté le Pr Christian Perronne, spécialiste des maladies infectieuses, et membre du Haut conseil de la santé publique. Les tests de détection "ont été calibrés il y a 30 ans de manière à ce que cette affection soit rare [...] et on n'est jamais revenu sur ce dogme", a-t-il déploré. Un reportage diffusé la même semaine dans le Magazine de la Santé, sur France 5, confirmait ces allégations, soulignant en outre que seules 20% des souches de la borréliose de Lyme en circulation en Europe peuvent être détectées par les tests français.

"Des milliers de malades vivent un enfer, car ils sont bafoués, confrontés à un déni, à une omerta", a surenchéri Judith Albertat, présidente de l'association Lyme sans frontières, qui se bat pour une nouvelle approche de la maladie. "Les gens sont ballottés de médecin en médecin pendant des années. D'où un coût phénoménal pour la sécurité sociale", a-t-elle ajouté.

Pour l'une des avocates de la défense, Me Catherine Faivre, "dans ce dossier, il n'y a aucune plainte de malade". "On reproche aux prévenus de faux diagnostics qui auraient conduit les patients à ne pas se soigner, mais c'est exactement le contraire !" a-t-elle souligné, avant de plaider la relaxe.

"Ce problème devrait être réglé par la science et non dans un tribunal. Les prévenus n'ont rien à faire ici, ils sont des lanceurs d'alerte", a déclaré à la barre Hélène Schibler, une retraitée qui dit s'être fait soigner en Allemagne après "12 ans de déni" de sa maladie en France.

Considérant que les faits étaient "revendiqués", la représentante du parquet Lydia Pflug a requis un an de prison avec sursis et 30.000 euros d'amende contre les prévenus. Le tribunal rendra ses décisions le 13 novembre.

En savoir plus sur la maladie de Lyme

 

 

La borréliose de Lyme est une maladie infectieuse provoquée par une bactérie (borréliose) transmise par les piqûres de tiques. Elle peut provoquer des troubles invalidants et douloureux, notamment neurologiques, articulaires et musculaires.

En cas d'infection, le premier symptôme est une rougeur caractéristique, autour de la piqûre, qui peut s'accompagner de fièvre. Ces premiers signes, discrets, disparaissent ensuite d'eux-mêmes, ce qui ne veut pas dire que le malade est guéri. A ce stade précoce, un traitement antibiotique suffit généralement à venir à bout de la bactérie, ce que reconnaissent d'ailleurs même ceux qui contestent l'approche "officielle" des autorités sanitaires.

En revanche, si la maladie n'est pas traitée à ce stade, elle atteint une phase secondaire, voire tertiaire, qui peut se manifester par une méningite, une paralysie faciale, une arthrite, voire des troubles cardiaques. Ces symptômes peuvent être très invalidants. A ce stade, le Centre national de référence sur la maladie préconise encore une fois un traitement antibiotique. Mais des associations de malades contestent l'efficacité de cette solution.