Mediator : le groupe Servier soigne sa communication de crise

Le nouveau président du laboratoire pharmaceutique Servier a déclaré, mercredi 14 mai 2014, à la presse, que son groupe "assumera [ses] responsabilités" et "indemnisera tous les patients qui ont souffert [du Mediator]" dans le cadre des procédures de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (Oniam). Une annonce qui a surtout permis au groupe Servier de rappeler aux marchés que les fonds d'indemnisation étaient déjà provisionnés de longue date.

La rédaction d'AlloDocteurs
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"Dans le cadre de l'Oniam (Office national d'indemnisation des accidents médicaux) et des affaires civiles, nous avons indemnisé, nous indemnisons, et nous indemniserons tous les patients qui ont souffert du produit", a dit Olivier Laureau lors d'une rencontre avec des journalistes.

"Nous assumerons nos responsabilités pour tous les patients qui ont souffert du produit", a ajouté M. Laureau, qui a pris fin avril 2014 la présidence du groupe qui fabriquait le Mediator, après le décès du fondateur Jacques Servier le 16 avril 2014. Il a rappelé que le dossier du Mediator "avait bien sûr fait l'objet de provisions dans [les] comptes depuis un certain temps".

Passer par l'Oniam constitue pour les victimes du Mediator une alternative aux tribunaux : cela leur permet de faire une demande d'indemnisation en évitant une procédure judiciaire souvent longue et coûteuse. L'examen des dossiers est effectué par un collège d'experts constitué de médecins et de spécialistes en dommage corporel.

L'étude des demandes d'indemnisation a débuté en décembre 2011. Au 15 mai 2014, les experts de l'Oniam avaient finalisé l'examen de 1.784 dossiers sur les 8.441 déposés. La grande majorité de ces dossiers (1.643) ont été rejetés car ils ne concernaient pas les deux pathologies pour lesquelles la responsabilité de ce médicament est reconnue : les valvulopathies et l'hypertension artérielle pulmonaire.

A ce jour, les experts n'ont rendu un avis positif d'indemnisation que pour 485 dossiers.

L'Oniam nous précise que l'examen de 1280 autres dossiers a été initié, mais qu'il n'a pas encore été possible de statuer sur leur admissibilité.

Le grand procès du Mediator

S'agissant des procès à venir, M. Laureau a indiqué que le groupe entendait "défendre (sa) position avec détermination" car il "estime qu'il y a beaucoup d'éléments dans le dossier qui n'ont peut-être pas été dits, entendus, donc on le fera entendre".

Le nouveau patron de Servier estime qu'il s'agit d'un "dossier qui est très complexe parce qu'il est scientifique et qu'on regarde souvent le passé avec les yeux d'aujourd'hui".

Les juges du pôle santé publique de Paris ont achevé leurs investigations dans le volet principal de l'affaire du Mediator. Après trois ans d'enquête, les trois magistrats instructeurs ont notifié aux parties la fin de ces investigations, avait-on appris à l'AFP la semaine dernière de source judiciaire. On indiquait alors, de source judiciaire, que le ministère public espérait rendre son réquisitoire définitif au plus tard fin juin.

Le volet principal du scandale sanitaire du Mediator porte notamment sur des faits de tromperie, d'escroquerie et de trafic d'influence. Certains cas de victimes y ont été joints, élargissant de fait l'enquête à des faits d'homicides et blessures involontaires, et ce afin qu'un "grand procès" du Mediator puisse être organisé. Il pourrait se tenir au premier semestre 2015.

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Une fois que le collège d'experts de l'Oniam s'est prononcé positivement, le laboratoire doit faire une proposition d'indemnisation à la victime. Elle s'élèverait à 8.000 euros en moyenne, une somme jugée souvent insuffisante par les victimes et leurs avocats.