Appel à la grève des internes en médecine

Appel à la grève des internes en médecine

Les internes se rebellent et font grève ce mercredi 17 octobre 2012. Leurs revendications portent sur les propositions de loi du gouvernement, suscitant de vives inquiétudes sur l'exercice de leur futur métier. Entretien avec Etienne Pot, le porte-parole de l'Inter Syndicat National des Internes des Hôpitaux (ISNIH).

Dr Charlotte Tourmente
Rédigé le , mis à jour le

Les actes médicaux n'ont pas été revalorisés depuis 30 ans alors que l'inflation et les coûts liés au matériel et aux assurances n'ont cessé d'augmenter. Et la mort annoncée du secteur 2 et de la liberté d'installation pour les médecins, impliquées par les propositions de loi, mettent les jeunes internes en colère. Avec en toile de fond une altération de la qualité des soins proposés aux patients.

  • Quelles sont les revendications de l'ISNIH ?

Etienne Pot : "Nos revendications portent sur la restriction d'installation des médecins et la mort du secteur 2, mais l'ISNIH dénonce avant tout une problématique du patient, qui aura de moins en moins accès à une médecine de qualité. Sans revalorisation des actes, les praticiens auront plus de mal à investir dans du matériel et de la formation et les patients ne pourront pas profiter de soins de qualité innovants. Par exemple, un cardiologue de ville doit acheter un échographe indispensable à sa pratique, mais dont les coûts d'achat et d'entretien sont énormes. Ce n'est pas avec le montant remboursé par l'Assurance-Maladie (28 euros la consultation) que le médecin peut le faire !

"Il y a deux autres points noirs dans les négociations : l'entrée des mutuelles (c'est la première fois que l'on fait entrer des acteurs privés dans la protection sociale des Français, des mutuelles qui sont là pour engrainer des profits toujours plus importants. Et cela a un coût considérable pour le patient) ; le fait que ce soit l'Assurance-Maladie qui régisse les dépassements d'honoraires alors qu'ils ne sont pas à sa charge (nous souhaitons que le CNOM, le Conseil National de l'Ordre des Médecins conserve ce pouvoir comme avant). Je rappelle que les dépassements abusifs sont fermement condamnés par l'ISNIH."

  • Revenons sur la revalorisation des actes...

Etienne Pot : "On la défend ardemment car on en a besoin pour continuer à exercer de manière qualitative. Mais attention, l'augmentation doit être prise en charge par l'Assurance-Maladie et pas par le patient !

"Ce n'est pas aux médecins de pallier les difficultés d'accès aux soins mais à l'Assurance-Maladie de le faire en revalorisant les actes. On marche vers le système médical américain avec un désengagement de la sécurité sociale alors que les USA reviennent vers notre système. Or le système français offre une prise en charge tant en terme de qualité de soins que de coûts. Il ne faut pas en partir..."

  • Les restrictions d'installation contrarient les jeunes praticiens, mais que proposez-vous d'autre pour lutter contre les déserts médicaux ?

Etienne Pot : "Nous proposons des mesures incitatives et non coercitives, par exemple une permanence médicale quelques jours par mois dans les zones sous-dotées (des zones où il n'y a pas forcément assez de travail à plein temps pour un médecin).

"Un réaménagement du territoire est indispensable, non seulement sur le plan médical, mais également de façon globale. Car ces zones sont désertées par l'ensemble des services publics, comme l'école, la poste,... Notre désaccord se fait aussi dans l'esprit de qualité de soins : il faut que le médecin puisse travailler en équipe et qu'il ait les outils suffisants pour le faire."

  • Ne craignez-vous pas en faisant grève de vous mettre à dos les patients ?

Etienne Pot : "Il y aura bien entendu un "service minimum", avec des réquisitions d'internes pour assurer le travail. Nous avons prévenu longuement à l'avance afin que les hôpitaux puissent s'organiser et que les patients ne soient pas pénalisés. Je le redis, la préoccupation des internes est avant tout le patient.

  • Que répondez-vous aux critiques sur le fait que les médecins sont des nantis, qui sont assurés d'avoir un travail bien rémunéré après la faculté, et que finalement ils se plaignent pour peu de choses ?

Etienne Pot : "Les médecins ne se plaignent pas de leurs rémunérations, ce qui serait indécent vu le contexte économique. Mais si elles peuvent sembler très importantes, il faut comprendre qu'elles comprennent des coûts d'appareillage également considérables. Et c'est sans compter la responsabilité énorme qu'implique le métier de médecin... Mais une fois de plus, je rappelle que c'est la santé des patients que nous défendons."

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