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Chez l'adulte, prendre de la vitamine D est rarement justifié

Une supplémentation en vitamine D chez l'adulte aurait une efficacité extrêmement limitée pour la prévention des maladies cardiovasculaires, des cancers ou des fractures, mais également du diabète ou de la maladie de Parkinson, selon deux synthèses d’études scientifiques publiées the Lancet Diabetes & Endocrinology en janvier. Dans l’état actuel des connaissances scientifiques, l’apport externe en vitamine D conserve toutefois son intérêt pour la prévention ou le traitement d’autres maladies, au premier rang desquelles la sclérose en plaques.

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Chez l'adulte, prendre de la vitamine D est rarement justifié
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La vitamine D, cette célèbre inconnue...

Certaines pathologies sont associées à une faible concentration de vitamine D dans le sang. Mais ce déficit est-il la cause, ou la conséquence de ces différentes maladies ? Une supplémentation en vitamine D permettrait-elle de prévenir efficacement certaines d’entre elles ?

Le terme vitamine désigne une grande variété de substances nécessaires au bon fonctionnement du métabolisme (molécules se combinant pour former certains enzymes, hormones) qui ne sont cependant pas synthétisées en quantité suffisante par l'organisme.

L'un des deux dérivés du cholestérol permettant la synthèse de la ''vitamine D''.

La vitamine D est une hormone synthétisée par l’organisme, grâce à l’action des rayons UV B du soleil, à partir du cholestérol. Cette hormone favorise la bonne assimilation digestive du calcium et du phosphate, et permet donc de fortifier nos os. Toutefois, son action ne s’arrête vraisemblablement pas là : la "vitamine D" est en effet capable d'interagir avec 229 gènes, dont la moitié environ est associée à des mécanismes immunitaires !

Le dérèglement d'un ou plusieurs de ces mécanismes, initié selon des voies encore inconnues, pourrait être à l'origine du développement de différentes maladies.

La supplémentation, inutile dans de nombreux cas

En 2013, des chercheurs néo-zélandais ont analysé les résultats d’une quarantaine d’essais cliniques contrôlés rigoureux pour la prévention de certaines pathologies chez l'adulte : fractures, maladies cardiaques ischémiques, infarctus du myocarde, maladies cérébro-vasculaires, accidents vasculaires cérébraux, cancers.

Pourquoi un seuil d'efficacité "d'au moins 15%" ?

Une méta-analyse publiée en août 2012 dans le Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, compilant les données de 24 études réalisées sur 70.528 patients, avait évalué l'efficacité réelle d’une supplémentation en vitamine D pour la prévention des cancers. L'apport de vitamine D seule s'est révélée sans effet notable. A hautes doses et additonnée de calcium, des effets protecteurs sur le cancer apparurent vraisemblables, bien qu'assez limités.

En appliquant des seuils d'exigence plus élevé à leur analyse, les chercheurs néo-zélandais ont voulu garantir que les effets des traitements sur différentes pathologies étaient suffisamment importants pour présenter un intérêt sanitaire clair.

L’objectif de cette méta-analyse, était précisément d’identifier les pathologies pour lesquelles une supplémentation en vitamine D entraînait une diminution de son risque d’apparition "d’au moins 15%" par rapport à la population générale (voir encadré). Les chercheurs ont également cherché à détecter une réduction du risque de mortalité "d’au moins 5%". Leurs résultats ont été publiés le 24 janvier 2014 dans the Lancet Diabetes & Endocrinology.

Inefficace pour la prévention des maladies cardiaques, cérébro-vasculaires et des cancers

Conclusion de ces chercheurs : un apport complémentaire en vitamine D (ou en vitamine D + calcium) n'apporte pas de bénéfice notable le risque d’apparition des infarctus du myocarde ou de maladie cardiaque ischémique (au vu de neuf essais portant sur 48.647 patients ), ni celui d’accident vasculaire cérébral ou de maladie cérébro-vasculaire (huit essais, 46.431 patients) et de cancer (sept essais, 48.167 patients).

Inefficace pour la prévention des maladies osseuses… excepté en maison de retraite

Selon la méta-analyse néo-zélandaise de 2014, l'apport en vitamine D (ou en vitamine D + calcium) n'apporte pas non plus de bénéfice notable  de "fractures complètes" (22 essais, 76.497 patients). La synthèse des résultats de 12 essais (portant 27.834 patients) révèle par ailleurs qu’une supplémentation en vitamine D seule ne réduit pas les risques de fracture de hanche, tout au moins pas de façon significative.

Même administrée avec du calcium, l’hormone ne réduit pas non plus clairement le risque de ce type de fracture chez les personnes âgées "ne vivant pas en maison de retraite". En revanche, ce double apport semble entraîner une nette réduction du risque de fracture de la hanche chez les résidents de maisons de retraites (par rapport aux résidents des mêmes institutions, non supplémentés).

Inefficace pour le traitement de l’ostéoporose chez le sujet âgé

Toujours en raison de son rôle dans l’assimilation du calcium, des supplémentations de vitamine D sont fréquemment prescrites dans les cas d'ostéoporose.

L'intérêt de ce traitement a récemment été réévalué à la baisse pour les personnes les plus âgées. Une étude publiée en octobre 2013 dans la revue The Lancet démontrait en effet que la vitamine D ne contribue vraisemblablement pas, de manière significative, à la régénération du squelette chez les seniors.

Plus généralement, la supplémentation en vitamine D, seule ou avec calcium, n’apparaît pas clairement réduire le risque de décès, toutes causes confondues, au terme de 38 essais portant sur 81.173 personnes.

"Compte tenu de ces résultats, il est peu justifié de prescrire de la vitamine D pour prévenir les infarctus, les accidents vasculaires cérébraux, le cancer ou les fractures", ont conclu les chercheurs néo-zélandais.

 

Cause ou conséquence ?

Une autre méta-analyse, réalisée par une équipe franco-lyonnaise et publiée fin 2013 dans Lancet Diabetes & Endocrinology, aboutissait à des conclusions similaires pour une large gamme d’affections. Selon ses auteurs, qui ont épluché les résultats de 290 essais cliniques internationaux, ni le cancer, ni les maladies cardiovasculaires, ni le diabète, la maladie de Parkinson ne peuvent pas être prévenues par la supplémentation en vitamine D.

Pour Philippe Autier, qui a coordonné ces travaux, "le vieillissement et les processus inflammatoires impliqués dans la survenue et l'évolution de ces maladies entrainent une réduction les concentrations [de cette hormone]".

"La diminution des taux de vitamine D constitue un marqueur de détérioration de la santé [pour un grand nombre de maladie]", mais n’en sont "clairement pas" la cause.

 

La carence en vitamine D, facteur d'apparition avéré de la sclérose en plaque

Les personnes atteintes d'une sclérose en plaques présentent des déficits en vitamine D. Ce n'est que récemment, en 2006, que l'on a démontré que cette carence n'était pas simplement une conséquence de la maladie - ou simplement corrélée à un autre facteur physiologique associé à l'exposition solaire.

En comparant les échantillons sanguins de militaires américains ayant développé la pathologie avec des prélèvements réalisés à leur enrôlement ont confirmé que leurs taux de "vitamine D" étaient très faibles plusieurs années avant que la maladie ne se déclare.

Ces travaux ont confirmé que la carence en "vitamine D" était bien un facteur de risque d'apparition de la maladie.

Plusieurs études cliniques d'envergure (SOLAR, CHOLINE) tâchent désormais de déterminer si l'adjonction de vitamine D au traitement des malades par interféron peut présenter un avantage thérapeutique.

L'analyse (publiée le 20 janvier 2014 dans le JAMA neurology) des données relatives à une étude initiée en 2002-2003 (BENEFIT) suggère un intérêt réel de la supplémentation en vitamine D dans ce contexte.

 

Pour en savoir plus

Sources :

  • The effect of vitamin D supplementation on skeletal, vascular, or cancer outcomes: a trial sequential meta-analysis. M.J. Bolland, A. Grey, G.D. Gamble, I.R. Reid, The Lancet Diabetes & Endocrinology, 24 Jan. 2014, doi:10.1016/S2213-8587(13)70212-2
  • Vitamin D status and ill health: a systematic review. P. Autier, M. Boniol, C. Pizot, P. Mullie. The Lancet Diabetes & Endocrinology, Jan. 2014 (prépublié en ligne le 6 décembre 2013) doi:10.1016/S2213-8587(13)70165-7

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