Scolarisation des enfants handicapés : ''grandir ensemble pour vivre ensemble''

Malgré les progrès de la France en matière d'accompagnement des enfants handicapés, ils sont encore trop nombreux à être privés de rentrée scolaire faute de places en établissements spécialisés. Selon Chistel Prado, présidente de l'Unapei, les efforts doivent se poursuivre pour améliorer cette situation.

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Entretien avec Christel Prado, présidente de l'Unapei, invitée du Magazine de la santé du 5 septembre 2013

Le gouvernement vient d'annoncer des mesures en faveur de l'accompagnement par les auxiliaires de vie scolaire (AVS) des enfants handicapés scolarisés en milieu ordinaire et poursuit la création de places en établissements spécialisés pour enfants et adultes. Plus de 13.000 enfants handicapés restent néanmoins privés de rentrée scolaire cette année. Selon Christel Prado, présidente de l'Unapei, cette situation, lourde à gérer pour les familles, doit encore évoluer.

  • Que pensez-vous des mesures annoncées par l'état ?

Chistel Prado : "C'est un premier pas, d'autant qu'il y a une continuité avec les mesures prises par le gouvernement précédent. Il est primordial de reconnaître le métier d'AVS afin de le professionnaliser et d'obtenir de meilleur résultat. Une formation est même envisagée auprès des enseignants de classe de milieu ordinaire pour les aider à accueillir des enfants handicapés.

"Néanmoins, les moyens mis en place ne sont pas toujours adaptés. Ainsi, 8.000 postes en contrats aidés ont été alloués pour la rentrée, mais ce statut ne va pas dans le sens de la reconnaissance et de la pérennisation des AVS. De plus, certaines classes disposent de trop de places disponibles lorsque d'autres, en manquent cruellement. Les élèves doivent donc parfois attendre jusqu'à 3 ans pour accéder à une école.

"Enfin, l'amendement Creton voté en 1989, permet à des jeunes, s'ils n'ont pas de place dans un établissement pour adulte, de rester en établissement médico-éducatifs au delà de l'âge limite (20 ans en général). Cela crée des embouteillages pour les plus jeunes qui ne peuvent pas se scolariser et prennent d'autant plus de retard."

  • Quelles seraient les solutions pour améliorer cet accueil ?

Chistel Prado : "Il faudrait une vraie collaboration entre l'éducation nationale et les représentants des associations des personnes handicapées, aussi bien dans la concertation que dans l'élaboration. L'idéal serait de créer des groupes de travail.

"Bien évidemment, il faudrait mieux répartir les moyens. Plus de 2.000 enfants sont envoyés dans des écoles spécialisées en Belgique. Ce dispositif est financé par la France, peut-être pourrions-nous créer ces écoles sur notre territoire.

  • Certains parents d'élèves appréhendent l'arrivée d'un enfant handicapé dans les classes de milieu ordinaire, que pourriez-vous dire pour les rassurer ?

Chistel Prado : "On a toujours peur de ce que l'on ne connaît pas. Cette peur, naturelle, n'est pas légitime car la présence d'un enfant en condition de handicap ne peut absolument pas nuire à l'éducation des autres élèves, bien au contraire.

"L'apprentissage de cet enfant en milieu ordinaire ne le rendra peut-être pas autonome, mais le fait qu'il soit au contact des autres enfants sera bénéfique à tous. C'est pour cette raison que je milite, pour que les générations futures reviennent à l'essence des choses et se rendent compte de la beauté des relations humaines et surtout de leur richesse lorsqu'elles sont différentes.

"Il faut grandir ensemble pour vivre ensemble. A ce sujet, l'Unapei organise le 19 septembre 2013, une journée sur la scolarisation, pour mettre en lumière les expériences de collaboration qui fonctionnent et qui peuvent être généralisées."

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  • Unapei
    Fédération d'associations française de représentation et de défense des intérêts des personnes handicapées mentales et de leurs familles.