Paludisme : la hantise d'une résistance aux traitements

L'agent du paludisme le plus mortel en Afrique s'est montré capable de résister à l'un des traitements disponibles les plus puissants lors de tests en laboratoire. Des chercheurs britanniques mettent en garde contre le risque d'une perte d'efficacité thérapeutique qui pourrait en découler.

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Paludisme : la hantise d'une résistance aux traitements
Paludisme : la hantise d'une résistance aux traitements

Plasmodium falciparum fait de la résistance

Une équipe britannique (St George's, université de Londres) a observé en laboratoire des résistances du parasite Plasmodium falciparum à l'artéméther sur 11 des 28 prélèvements sanguins testés, provenant de patients tombés malades après avoir voyagé principalement en Afrique sub-saharienne. Leur travail est publié dans la revue spécialisée Malaria Journal.

L'artéméther est l'une des molécules les plus efficaces de la famille des dérivés de l'artémisinine, qui sont le plus souvent administrés en combinaison avec d'autres médicaments anti-paludéens (ACT) pour éviter les résistances, conformément aux recommandations émises par l'Organisation mondiale de la santé (0MS).

En moyenne, l'efficacité de l'artéméther était réduite de moitié dans les échantillons de sang infestés. Les onze parasites isolés présentaient les mêmes mutations génétiques, touchant à un système de transport du calcium, qui leur est indispensable. L'efficacité des autres dérivés de l'artémisinine, comme l'artésunate, n'était pas affectée par les mutations du parasite, selon ces tests.

L'étude ne portait pas sur une vérification d'un éventuel échec du traitement chez les malades. Mais les pertes d'efficacité des traitements constatées en laboratoire finissent habituellement, à un moment ou un autre, par toucher les patients, souligne Sanjeev Krishna, responsable de l'étude.

La résistance au traitement pourrait devenir un problème dévastateur en Afrique, et pas seulement, en Asie aussi vers laquelle les yeux sont tournés, ajoute le chercheur en relevant que les changements génétiques sont "relativement récents".

Vigilance, mais pas d'inquiétude

Dans un article publié dans la revue médicale britannique The Lancet début avril 2012, une équipe de chercheurs avait en effet mis en garde contre la dissémination de ces parasites résistants à l'artémisinine, identifiés à la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie. Ils avaient été trouvés quelques années auparavant à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge. "La dissémination des parasites résistants à l'artémisinine en Asie du Sud-Est et le risque de propagation en Afrique subsaharienne, où la plupart des décès se produisent, seraient un désastre en terme de santé publique et provoqueraient des millions de morts", avait indiqué l'un des auteurs, Standwell Nkhoma.

Mais "nous pensons que les deux émergences sont totalement indépendantes", avait déclaré Pascal Ringwald, coordinateur du programme paludisme de l'OMS, le 24 avril 2012 à Bangkok, lors d'une conférence internationale sur la question.

Le premier foyer de résistance est apparu déjà il y huit ans et "jusqu'ici, nous n'avons pas trouvé de résistance à l'artémisinine en dehors de la région du Mékong", a-t-il noté. En tenant compte de cette situation et "avec les activités de confinement, je pense que nous avons de bonnes chances de garder (cette résistance) dans la région", a-t-il encore estimé. A moins qu'elle n'apparaisse indépendamment ailleurs. Les mesures de confinement incluent la diffusion de moustiquaires et de médicaments efficaces, la désinsectisation et la généralisation de tests rapides de diagnostic.

La résistance aux autres anti-paludéens comme la chloroquine et le fansidar s'est répandue dans le passé de l'Asie du sud-est à l'Afrique, créant un précédent préoccupant. Mais cette nouvelle résistance à l'artémisinine n'empêche pas les patients d'être soignés, a insisté à cette occasion le Dr Pascal Ringwald. Ce médicament étant utilisé en association avec d'autres, la résistance allonge simplement d'un ou deux jours la durée de guérison normale, selon lui.

Le paludisme a fait 655 000 morts dans le monde en 2010, selon l'OMS.

Sources :
- "Artemether resistance in vitro is linked to mutations in PfATP6 that also interact with mutations in PfMDR1 in travellers returning with Plasmodium falciparum infections", Malaria Journal 2012, 11:131doi:10.1186/1475-2875-11-131
- "Emergence of artemisinin-resistant malaria on the western border of Thailand: a longitudinal study",The Lancet, 5 avril 2012,  doi:10.1016/S0140-6736(12)60484-X

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