Mediator : trop de demandes d'indemnisation rejetées ?

Le docteur Irène Frachon, qui avait révélé le scandale du Mediator, conteste aujourd'hui le travail des experts chargés de l'indemnisation des victimes.

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Mediator : trop de demandes d'indemnisation rejetées ?
Mediator : trop de demandes d'indemnisation rejetées ?

En décembre 2012, et depuis la révélation du scandale sanitaire du Mediator, un antidiabétique des laboratoires Servier, 7.627 dossiers ont été déposés devant l'Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam). Mais à ce jour, seuls 8% ont reçu un avis favorable.

Le Dr Irène Frachon ne conteste pas le grand nombre de dossiers "écartés à juste titre", car les pathologies rapportées n'ont rien à voir avec le Mediator. La pneumologue relève toutefois deux erreurs d'interprétation.

Concernant les valvulopathies graves "pendant de nombreuses années, les valvulopathies d'origine médicamenteuse ont été confondues avec des valvulopathies rhumatismales, et ça continue", note le Dr Frachon. Selon elle, ce réflexe diagnostique doit être abandonné.

La pneumologue remet également en question le rejet - à tort - des dossiers de patients ayant eu une valvulopathie "minime à modérée". Des rejets justifiés au prétexte que les signes étaient insuffisants. Pourtant, rappelle-t-elle, l'ancien ministre de la Santé Xavier Bertrand avait souhaité "que la loi ne prévoie pas de seuil, et que toute personne atteinte d'un déficit fonctionnel qui serait imputable au Médiator® puisse être indemnisée". Un principe ne semble pas avoir été respecté.

C'est avec le soutien de deux chercheurs, Philippe Nicot, médecin généraliste et expert pour la Haute Autorité de Santé (HAS), et Catherine Hill, épidémiologiste (Institut Gustave-Roussy, Villejuif), que le Dr Irène Frachon dresse un bilan critique des expertises de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (Oniam) sur les dommages causés par le benfluorex (Mediator®, Servier). Sur 82 dossiers étudiés, les experts en ont rejeté plus de la moitié. Or pour le Dr Frachon, plus de 90% de ces demandes auraient dû être validées.

"Pour prouver que les valvulopathies dont souffrent les demandeurs sont causées par le Mediator, les experts de l'Oniam voudraient presque que l'on retrouve dans la valve atteinte le comprimé, déclare Irène Frachon. C'est comme si, pour déclarer que la cigarette est la cause d’un cancer du poumon, on exigeait de retrouver des mégots dans les poumons du patient, alors que l’on sait qu’il a été un gros fumeur."

Selon Irène Frachon, le nombre très élevé de dossiers rejetés s'expliquerait par le manque de formation des experts de l'Oniam "qui ne sont pas suffisamment sensibilisés à l’épidémiologie."

Le travail de Philippe Nicot, Catherine Hill et Irène Frachon doit paraître au mois d'avril 2013 dans la revue scientifique La Presse médicale. Une étude qui accable semble-t-il le médicament des laboratoires Servier car il fait "la synthèse des connaissances sur le Mediator et calcule enfin avec précision le risque qui lui est attribuable", précise le docteur Frachon.

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