Handicap : l'accès aux cabinets médicaux reste une épreuve

Ascenseurs trop étroits, marches infranchissables, tables d'examen trop hautes : l'accessibilité et l'aménagement des cabinets médicaux restent souvent inadaptés pour les personnes handicapées, alors que la mise aux normes promise peine à se mettre en place.

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Entretien avec Nicolas Merilles, conseiller national accessibilité de l'Association des paralysés de France

"La première question que je pose lorsque je prends rendez-vous avec un médecin, c'est - Est-ce que votre cabinet est accessible ? - ", raconte Cathy Le Duc, 46 ans, hémiplégique, dont le témoignage reflète la situation paradoxale de nombreuses personnes handicapées. L'accès au cabinet des médecins est jugé trop contraignant par les personnes handicapées.

Les objectifs émis par la loi ne sont pas atteints

Environ la moitié des personnes en situation de handicap ont des difficultés à trouver un cabinet médical ou paramédical adapté, estime l'Association des paralysés de France (APF), qui évoque une "anomalie surréaliste".

La loi sur le handicap du 11 février 2005 avait fixé l'objectif de rendre les transports et les bâtiments recevant du public accessibles aux personnes handicapées avant le 1er janvier 2015. Mais le gouvernement a reconnu en septembre 2013 que cet objectif ne serait pas atteint. Une modification de la loi, prévoyant des délais, devrait intervenir. Une concertation sur le sujet s'est achevée cette semaine, laissant certains représentants de médecins sur leur faim.

60% des cabinets inaccessibles

"Il y a des normes qui doivent s'imposer dans un nouveau local mais dès lors que le local est ancien, il y a des limites !", s'indigne Michel Chassang, président de la CSMF, premier syndicat de médecins libéraux, et de l'UNAPL (professions libérales). Environ 60% des cabinets libéraux, essentiellement en ville, ne sont pas adaptés aux personnes handicapées, selon lui.

Coût des travaux, bâtiments anciens, voire classés, refus de la copropriété ou du propriétaire des locaux, impossibilité d'installer un ascenseur constituent autant de freins pour les praticiens, pourtant invités à se mettre au plus vite en conformité.

Des efforts d'aménagement qui restent vains

Le docteur Richard Handschuh, un médecin parisien, a détaillé à l'AFP les différents aménagements qui pourraient lui être imposés, après avoir fait réaliser un diagnostic de son cabinet, situé dans un immeuble construit en 1910. De la double rampe à l'affichage lumineux, en passant par le bouton de l'interphone trop haut, la bande rugueuse à installer au sol ou encore les poignées de porte à changer et les portes à élargir.

Même si toutes les aménagements sont faits, "mon cabinet ne pourra jamais être accessible et c'est une offre de soins qui disparaîtra quand je prendrai ma retraite", assure ce généraliste de 60 ans. En cause : les quatre marches situées dans le hall de l'immeuble, "en raison de la hauteur et de la pente, le plan incliné déborderait... sur la chaussée", explique-t-il.

Les visites à domicile comme alternative

"Nous sommes bien entendu soucieux d'améliorer l'accessibilité aux soins pour nos malades, mais beaucoup de généralistes sont dans l'impossibilité matérielle de le faire, selon les normes en vigueur", confirme Claude Leicher, président de MG France, principal syndicat de généralistes.

Pour lui, les visites à domicile constituent une alternative indispensable et l'engagement d'un médecin à se déplacer pourrait suffire à obtenir une dérogation.

Un rapport sur l'accessibilité aux soins des personnes handicapées remis en 2013 au gouvernement va dans ce sens.

Il souligne notamment que la mobilité - visite à domicile ou dans des structures accessibles - permettrait "de rendre réaliste l'échéance de 2015 alors que de nombreux locaux ne peuvent pas devenir accessibles ou que le coût des travaux est exorbitant et non financé".

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