Accident majeur : comment les secours s'organisent

Accidents de car, attentats, tremblements de terre… ces drames font malheureusement partie de l'actualité et sont souvent synonymes de multiples victimes. Dans ce genre de situations, les secours doivent donc s'organiser pour prendre en charge ces victimes. Comment les urgentistes gèrent-ils ces accidents majeurs ? Les explications avec le Dr Gérald Kierzek, urgentiste.

Rédigé le , mis à jour le

Chronique du Dr Gérald Kierzek, urgentiste, du 21 mars 2012
  • Comment gérez-vous ces situations heureusement exceptionnelles ?

Dr Gérald Kierzek : "On les gère en s'y préparant. Les médecins urgentistes ont le plus souvent une double formation avec la médecine de catastrophe. La médecine de catastrophe est en fait une branche de la médecine d'urgence qui concerne les accidents ou catastrophes impliquant un nombre massif de victimes : accident de train, tremblement de terre, attentat ou moins exceptionnellement des incendies.

"La catastrophe se définit par l'inadéquation des besoins de secours et des moyens disponibles : les moyens habituels sont dépassés. Elle nécessite une organisation et une "doctrine" différente de la médecine d'urgence habituelle où le médecin urgentiste (l'équipe d'urgence) n'a à s'occuper que d'une victime. En cas de multiples victimes, nous sommes plus proches de la médecine de guerre ou de la médecine militaire que de la médecine d'urgence classique."

  • Quels sont les premiers réflexes que vous avez quand vous intervenez et que vous constatez l'ampleur de la catastrophe ?

Dr Gérald Kierzek : "L'erreur est de se précipiter pour porter assistance. Nous sommes tous des soignants et notre premier réflexe est d'aider les victimes mais en situation de catastrophe, il faut impérativement se réfréner car il y a deux autres priorités qui sauveront de nombreuses vies :

  1. Il faut se protéger pour ne pas se mettre en danger. Il y a déjà des victimes et il est important de ne pas risquer d'en ajouter d'autres. On sait par expérience que certains attentats, chimiques notamment, ont causé de nombreuses victimes parmi les sauveteurs qui s'étaient "jetés" dans la gueule du loup. Il faut aussi protéger du suraccident et éviter que d'autres personnes ne soient victimes en balisant très vite une zone d'exclusion.

  2. Le deuxième réflexe à avoir est de dimensionner les moyens à mettre en œuvre et donc demander du renfort. On parle dans le jargon de "bilan d'ambiance". Nous sommes en liaison permanente par radio ou par téléphone et en cas de multiples victimes, quand nos moyens sur place sont débordés, les renforts sont à demander immédiatement (quitte à perdre quelques minutes au tout début) pour gagner du temps ensuite. Et c'est seulement après que l'on va pouvoir s'occuper des victimes."
  •  Comment hiérarchisez-vous les priorités ? Et comment faites-vous le tri entre les blessés les plus graves et les moins graves ?

Dr Gérald Kierzek : "On parle de tri. L'idée est de séparer trois catégories de victimes : les blessés graves que l'on appelle les UA pour urgences absolues, les blessés plus légers ou UR pour urgences relatives et enfin les impliqués, c'est-à-dire des patients non blessés mais qui étaient impliqués dans l'accident sans être blessés. Ce tri se fait dans un poste médical avancé (PMA) à proximité du lieu de l'accident mais dans une zone protégée et qui permettra l'évacuation.

"Il s'agit d'un véritable hôpital de campagne dans lequel les blessés entrent, sont évalués par un médecin "trieur" et sont ensuite affectés dans des zones distinctes en fonction de la gravité avec un marquage (étiquette autour du cou et maintenant avec des bracelets d'identification).

"Les UA sont par exemple immédiatement prises en charge, mises en condition comme dans un service de réanimation voire bloc opératoire. Vient ensuite la phase d'évacuation. Le PMA permet de mettre en condition les patients avant de les évacuer par ordre de priorité ; en parallèle les hôpitaux sont avertis et ont le temps de se préparer. Et le principe est de ne pas saturer les hôpitaux les plus proches, immédiatement à proximité du lieu de la catastrophe mais plutôt d'envoyer les patients par ordre de priorité médicale dans des hôpitaux adaptés à leur état et en périphérie."

  • Quand on est le premier témoin de ce type de catastrophe, que doit-on faire et ne pas faire ?

Dr Gérald Kierzek : "Comme nos équipes, et comme dans toute situation d'urgence, qu'il y ait de multiples victimes ou pas, il faut d'abord se protéger et protéger du suraccident :

- Délimiter clairement, largement et visiblement la zone de danger et empêcher toute intrusion dans cette zone.
- Ne pas provoquer d'étincelle en cas de risque d'explosion
- Ne pas pénétrer dans une zone dangereuse tant que l'on ne sait pas ce qu'il s'y est passé…

"Il ne faut donc pas se précipiter. Ensuite, il faut vite alerter les secours mais de manière précise pour gagner du temps. La chaîne de secours ne peut fonctionner sans son premier maillon. Il faut essayer de donner calmement au 18 (pompiers) ou au 15 (Samu) le plus de renseignements possibles :

- numéro du téléphone ou de la borne d'où l'on appelle (si nécessaire, donner son nom) ;
- nature du problème et risques éventuels : incendie, explosion, effondrement, produits chimiques et tout autre danger ;
- localisation très précise de l'événement, donner les accès possibles ou non (si une rue est coupée, il est important de pouvoir le préciser aux secours) ;
- nombre approximatif de personnes concernées.

"Ensuite les secours vont s'organiser très vite et vous pouvez retourner porter assistance."

  •  On parle souvent de cellules d'urgence médico-psychologique et du stress post-traumatique ? De quoi s'agit-il ?

Dr Gérald Kierzek : "Les cellules d'urgence médico-psychologique ou CUMP sont immédiatement activées en parallèle des secours. Elles permettent à des psychiatres, psychologues et infirmiers d'être dépêchés au plus près de la scène de catastrophe et de prendre en charge les impliqués et les familles éventuelles. Cette prise en charge très rapide de l'urgence psychologique permet de prévenir le stress post-traumatique et d'organiser le suivi. La CUMP n'a pas vocation à assurer le suivi prolongé des personnes pour lesquelles cela est nécessaire. Celles-ci sont alors orientées vers des professionnels susceptibles de les prendre en charge.

"Il est en effet fréquent que les victimes, les témoins mais aussi les sauveteurs aient des symptômes de stress post-traumatique : souvenirs répétitifs et envahissants de l'événement avec des images, des pensées ou des perceptions, rêves répétitifs de l'événement, hallucinations, flashback, difficultés d'endormissement ou encore signes de dépression." 

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