2013 : Les promesses d'un cœur artificiel

HISTOIRE DE LA CHIRURGIE CARDIAQUE - Remplacer définitivement le cœur par un moteur, par une machine indéfectible... Ce fantasme digne d'un film de science-fiction a mobilisé de nombreux chercheurs depuis les années 1950. Il est, selon l'entreprise Carmat, en passe de devenir réalité.

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2013 : Les promesses d'un cœur artificiel
2013 : Les promesses d'un cœur artificiel

La nouvelle a fait les gros titres le 20 décembre 2013 : le cœur Carmat, le cœur artificiel le plus abouti, le plus pérenne à ce jour, a été implanté pour la première fois sur l'homme le 18 décembre 2013 avec succès. 

Le malade de 76 ans qui avait bénéficié de la première implantation d'un coeur artificiel autonome conçu par la société française Carmat est décédé dimanche 2 mars 2014. L'homme est décédé soixante-quinze jours après avoir reçu cette prothèse cardiaque porteuse de grands espoirs pour des patients ne pouvant bénéficier d'une greffe conventionnelle.

À l'origine de cette première mondiale : Alain Carpentier. Le cardiologue français a déposé depuis vingt-cinq ans son premier brevet de "cœur total". Dans les années 60, il a déjà mis au point les valves artificielles qui, traitées chimiquement, évitent le rejet immunologique. En 2008, le célèbre médecin s'est associé à l'homme d'affaire, Jean-Luc Lagardère pour créer la société Carmat et financer ses recherches pour mettre au point le premier cœur artificiel durable. Il existe déjà plusieurs modèles provisoires que l'on implante aux patients en attente de greffon, mais la prothèse a une durée de vie limitée à quelques mois tout au plus.

Le Pr Carpentier est l'héritier d'une lignée de chirurgiens qui ont repoussé les limites de la technique et de la médecine.

Kolff, l'ingénieur

Le premier à se lancer s'appelle Willem Kolff. Cet ingénieux médecin hollandais a 39 ans quand il immigre à Cleveland, aux Etats-Unis en 1950. Il transporte avec lui les dessins d'un modèle de rein artificiel qui fonctionne puisque celui-ci élimine les toxines et purifie le sang, fonction indispensable à la survie des patients en insuffisance rénale.

Mais Kolff n'a pas l'intention de s'arrêter là. Sept ans plus tard, il crée l'évènement en transplantant un chien avec son cœur artificiel à air comprimé. L'animal ne survit que 90 minutes, mais cela suffit à lancer la course au prototype aux Etats-Unis.

La ruée vers l'or

Des années durant, les chercheurs vont tenter de mettre au point le fameux cœur machine.

Le Dr Denton Cooley est le premier à transplanter sa pompe artificielle sur l'homme. On est en 1969. L'exploit sera de courte durée : son patient de 47 ans ne survivra que trois jours à son nouveau cœur. Cooley, hué par ses pairs comme le public, est alors interdit d'enseigner.

Les essais reprennent sur les animaux. Kolff continue ses recherches et développe un nouveau modèle, le Jarvik, qui porte le nom d'un membre de son équipe. Problème, la machine implantée n'est pas indépendante et nécessite des branchements extérieurs. Le risque infectieux est énorme. En 1982, quand on découvre les images de Barney Clark, 61 ans, des tuyaux émergeant de son thorax, on reproche à l'équipe de chirurgiens d'avoir transformé l'homme en cobaye. Il survit un peu plus de trois mois dans cet état. Cinq autres expérimentations suivront. Toutes échouent.

Vingt ans plus tard, de l'autre côté de l'Atlantique toujours, c'est le sourire de Robert Tools, 59 ans, qui relance le sprint. Il est le premier homme à vivre avec un cœur total, libre de ses mouvements, libre de retourner à la pêche, son passe-temps favori, et surtout assez vaillant pour recevoir les chaînes de télévision et serrer la main au géant, Mohamed Ali. L'entreprise Abiocor vient de réaliser le premier modèle de cœur artificiel. Mais le miracle ne dure que très peu de temps : Robert Tools meurt 151 jours après sa transplantation, cinq mois plus tard...

Depuis, ces modèles de cœur artificiel (les "Jarvik") sont utilisés de façon temporaire, en attendant une greffe.

Le cœur Carmat constitue un espoir pour tous les insuffisants cardiaques qui ne sont pas éligibles à la transplantation.

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