1.700 décès liés à l'amiante chaque année en France

L'amiante – minéral massivement utilisé avant d'être interdit en 1997 – est un poison lent, qui continue à faire des victimes en France. De nouvelles estimations, réalisées par des chercheurs de l'Institut de Veille Sanitaire (InVS), montrent que 2.200 nouveaux cancers et 1.700 décès sont, chaque année, imputables à une exposition à cette substance.

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1.700 décès liés à l'amiante chaque année en France

Les maladies liées à l'amiante se développent lentement, les symptômes pouvant se déclarer 20 à 40 ans après le début de l'exposition. En effet, comme nous l'expliquait fin novembre l'anatomo-pathologiste Françoise Galateau-Sallé, "les fibres d'amiante ne résorbent jamais". "Elles vont entraîner la libération de radicaux libres au fil du temps, qui vont créer de multiples altérations biologiques, de façon progressive."

Les fibres d'amiante, fines et très légères, sont capables de pénétrer profondément dans l'organisme, principalement dans le système respiratoire. De faibles expositions suffisent à rendre le terrain propice au développement de graves maladies, telles que des asbestoses (rigidifient des tissus pulmonaires en réaction à l'inflammation, empêchant les échanges gazeux) ou des plaques pleurales.

Les études épidémiologiques démontrent que l'exposition à l'amiante multiplie par cinq le risque d'avoir un cancer (cancer broncho-pulmonaire, cancer de la plèvre, également appelé mésothéliome...). La consommation de tabac corrélée à l'exposition à l'amiante multiplie par 50 le risque de survenue d'un cancer.

Dans son dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire, l'Institut de veille sanitaire (InVS) révèle qu'aujourd'hui encore, le poids des cancers pour les sites liés à l'amiante de façon certaine (poumon, plèvre, larynx, ovaire) "demeure très important". Il est en effet estimé(1) entre 2.200 et 5.400 cas par an en France, touchant de façon majoritaire les hommes pour les cancers respiratoires".

Le cancer du poumon arrive très largement en tête des cancers professionnels attribuables à l'amiante, avec 1.328 à 3.709 nouveaux cas annuels estimés (dont seulement 56 à 81 chez des femmes) et 1.004 à 2.805 décès en 2012 (dont 43 à 62 chez des femmes).

En utilisant la même méthode, les chercheurs ont estimé que 615 à 822 décès par cancer de la plèvre (ou mésothéliome) en 2012 pouvaient être imputés à une exposition professionnelle à l'amiante, ainsi que 678 à 915 nouveaux cas de ces cancers, diagnostiqués la même année. Le mésothéliome est un cancer dont le seul facteur de risque avéré à ce jour est l'exposition (professionnelle ou extra-professionnelle) à l'amiante, contrairement au cancer du poumon, surtout favorisé par le tabagisme(2).

Ces deux cancers apparaissent généralement de très nombreuses années après l'exposition à l'amiante, ce qui complique le travail des chercheurs.

L'agence pour le cancer de l'Organisation mondiale de la santé CIRC/IARC a ajouté en 2009 le cancer du larynx et celui de l'ovaire à la liste des maladies induites par l'exposition à l'amiante. Les chercheurs de l'InVS estiment que 129 à 731 nouveaux cas de cancers du larynx (quasiment tous observés chez des hommes) et 46 à 55 cancers de l'ovaire découverts en 2012 pouvaient être attribués à une exposition professionnelle à l'amiante.

Selon des estimations publiées en août dernier par le Haut conseil de la santé publique (HCSP), l'amiante pourrait tuer entre 68.000 et 100.000 personnes d'ici à 2050 en France, dont 50.000 à 75.000 des suites d'un cancer du poumon et 18.000 à 25.000 des suites d'un mésothéliome.

 

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(1) Les chiffres présentés correspondent à deux méthodes d'estimations différentes. La première retient le nombre de cas avérés sur le territoire, la seconde excluant les zones où le recensement des cas est très vraisemblablement sous-évalué, les données manquantes étant extrapolées à partir des données restantes.

(2) Une autre étude publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l'InVS révèle une augmentation sensible des nouveaux cas de mésothéliome entre la fin des années 90 et la fin des années 2000, notamment chez les femmes, alors que pour 28% d'entre elles, aucune exposition à l'amiante n'a été retrouvée. "Nos résultats suggèrent que le pic d'incidence n'est peut être pas encore atteint, contrairement à ce qui avait pu être avancé précédemment" relève Annabelle Gigl Soit Ilg, épidémiologiste à l'InVS, qui reconnaît également qu'"on ne sait pas très bien pourquoi" les mésothéliomes sont en augmentation chez les femmes.


Pour en savoir plus sur l'amiante :