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L'arsenic : poison et remède à la fois !

L'arsenic, un poison mythique, au cœur des plus grandes affaires historiques, des plus grands romans et même des films... Mais aujourd'hui l’arsenic est toujours utilisé dans la pharmacopée, notamment en chimiothérapie. Retour sur son histoire.  

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L'arsenic : poison et remède à la fois !

L'arsenic est l'un des poisons les plus célèbres, au point qu'on le surnommait "poudre de succession" sous Louis XIV suite à la fameuse affaire des poisons. Ce composé minéral est utilisé depuis l’antiquité comme poison. 
Agrippine, la femme de l’empereur romain Claude fit empoisonner à l’arsenic son époux. 


On connait bien l’acqua tophana (l’eau arsenicale) que les Borgia et les Medicis, à la renaissance, aimaient bien pour se débarrasser de personnes gênantes. On a soupçonné que Napoléon aurait été empoisonné lentement à Saint-Hélène par ses geôliers anglais, terrifiés par l’idée qu’il puisse encore s’évader  ! 


Encore récemment, Agatha Christie, qui connaissait bien les poisons, car elle avait travaillé pendant la guerre dans une pharmacie militaire, en fait largement usage dans ses romans. Plus proche de nous, il y a l’affaire Marie Besnard, qui a été accusée de se débarrasser de ses maris et voisins en soupoudrant leur soupe d’arsenic, largement disponible a l’époque comme raticide.  

L'arsenic a aussi été utilisé comme médicament

L'arsenic possède des effets thérapeutiques connus depuis longtemps. Hippocrate le préconisait déjà dans la lutte contre la malaria et la syphilis.
La médecine chinoise le conseillait contre l'asthme et certaines maladies de peau. Il était aussi utilisé pour soigner l'anémie et la tuberculose

En occident, c’est au 17ème siècle qu’un médecin Pierre Alliot préconise son emploi en externe dans les cancers comme celui du sein

Au début du 20ème siècle (en 1911) un médicament dit orgaoarsenié (composé contenant de l’arsenic), le Salvarsan, puis le Neosalvarsan (ou neoarsphénamine) est synthétisé par Paul Ehrlich. 

C’est le premier composé efficace contre la syphilis, cette maladie vénérienne qui faisait de terribles ravages. 
L’écrivain Caren Blixen, l’auteur de "la ferme Africaine" porté au cinéma par le magnifique film  "out of Africa", qui avait été contaminée par son mari et traitée par ce médicament, l’évoque très précisément. 

D’autres seront ensuite synthétisés et resteront utilisés jusqu’à l’arrivée de la pénicilline, le médicament miracle contre la syphilis mais c’était au prix de nombreux effets secondaires, notamment neurologiques. 

Un action contre la maladie du sommeil 

Au début du 20ème siècle, comme les composés organoarséniés agissaient sur la syphilis qui est causée par un agent pathogène qu'on appelle un tréponème (T. pallidum), on s’est dit qu’ils agiraient aussi sur d’autres maladies dues à des parasites comme les trypanosomes, qu'on nomme trypanosomiases, notamment dans la maladie du sommeil, une grave pathologie très répandue en Afrique sub-saharienne, due à la transmission des trypanosomes par la mouche tsé-tsé. 

Cela fonctionnait mais aussi avec de graves effets indésirables. 

On a alors cherché d’autres dérivés organoarséniés moins toxiques. En 1949, un dénommé Ernest Friedheim, synthétise le Melasoprol, commercialisé par Sanofi sous le nom d’Arsobal qui sera largement utilisé par les médecins coloniaux malgré des injections intraveineuses fort douloureuses et de nombreux effets indésirables neurologiques parfois mortels.  

Ce médicament est de moins en moins utilisé car on dispose de nouvelles molécules comme l’Eflornithine, malheureusement arrêté en 1995 par Sanofi car non rentable mais continuant à être commercialisé en crème anti-pilosité pour les jambes féminines ! Scandale !

Son utilisation dans le cancer 

Ce produit avait été utilisé les siècles précédents pour tenter de traiter les cancers. On utilisait une solution aqueuse d’arséniate dite liqueur de Fowler préconisée contre l’anémie, dans l’emphysème (toujours utilisé chez le cheval !) et dans les cancers du sang comme la leucémie myéloïde chronique. Depuis 2 000 ans, la médecine traditionnelle chinoise utilisait une solution comparable pour traiter une maladie hémorragique assez mystérieuse avec un médicament nommée AI-LIN 1. 

Dans les années, 1990, des médecins chinois modernes à Harbin, en Mandchourie ont alors utilisé cette solution pour traiter des leucémies. Ils s’aperçoivent que ce n’est pas très efficace sauf chez des patients atteints d’une forme particulière dite pro myélocytaire. Ils analysent le produit traditionnel et constatent que c’est essentiellement une solution d’anhydride arsénieux, très comparable à la liqueur de Fowler  ! 

Des médecins français dont certains très sinophiles comme le prof Laurent Degos avaient ramené de Chine ce produit un peu sous le manteau…, testent ce produit (Professeur Soignet) qui s’avère extrêmement actif et découvre son mécanisme d’action (professeur Hugues de The). Alors que préparer ce produit est enfantin et ne coûte quasiment rien, c’est une start-up américaine qui prend un brevet et le revend à un prix astronomique sous le nom de Trisenox !

À ce jour, on continue à travailler sur des composées de l’arsenic qui semblent intéressants dans certains cancers comme le neuroblastome.