Condamnée pour avoir tenté de tuer sa mère atteinte d'Alzheimer

Une sexagénaire a été condamnée à sept mois de prison ferme pour avoir tenté de tuer sa mère atteinte de la maladie d'Alzheimer en 2009. Dépressive et bipolaire, la femme n'était pas dans son état normal au moment des faits, selon le parquet, qui écarte l'hypothèse d'une euthanasie.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Rédigé le , mis à jour le

Ancienne professeure de lettres, Bernadette Colin, 60 ans, a été condamnée à cinq ans de prison, dont sept mois ferme, pour avoir essayé, à plusieurs reprises, de tuer sa mère atteinte de la maladie d'Alzheimer. Le verdict a été rendu à la cour d'assise de l'Hérault le 9 mars, à l'issue de trois jours de procès. L'enseignante de 60 ans ne retournera pas en prison, sa peine ferme étant couverte par la détention provisoire.

Le 25 avril 2009, l'accusée avait tenté de tuer sa mère, Raymonde, âgée de 87 ans, en essayant de l'empoisonner, de l'étrangler, de l'étouffer puis de la poignarder, au domicile de la victime à Montpellier. Blessée, Raymonde Colin avait survécu à ses blessures et ne s'était jamais souvenue de l'agression de sa fille. Elle était finalement décédée trois ans plus tard d'un cancer.

Évoquant sa situation et celle de ses sœurs face à la maladie de leur mère, Bernadette Colin a expliqué au cours de son procès son geste par cette phrase : "Il fallait tuer l'une pour que les autres vivent". Et d'expliquer avoir agi "par devoir".

Une accusée bipolaire et dépressive

La sexagénaire encourait la prison à perpétuité pour cette tentative de matricide. Trois experts différents ont diagnostiqué un état bipolaire chez elle, et dépressif comme ses deux sœurs qui ont témoigné de leur isolement face à la pathologie de leur mère. Elle a également été condamnée à un suivi socio-judiciaire et à une obligation de soins pendant trois ans, les jurés ayant estimé que son comportement était altéré au moment des faits.

"Elle a tout essayé : les médicaments, la strangulation avec les mains et une corde, l'étouffement avec l'oreiller, le couteau…" a plaidé l'avocat de l'accusée, Armand Cascio. "Et pourtant, elle n'a pas réussi : cinq échecs qui tiennent au peu d'intensité de chacune de ses tentatives", a poursuivi Me Cascio, soulignant "l'ambivalence d'une femme brillante mais qui refuse d'admettre sa maladie mentale".

La thèse de l'euthanasie écartée

"Il s'agissait de se débarrasser de cette mère qui devenait encombrante, et ce, par tous les moyens. C'est un acte prémédité et il est essentiel que Bernadette Colin continue à se soigner pour comprendre son geste", avait indiqué le magistrat.

L'avocat général, M. Calvet a néanmoins souligné qu'il ne s'agissait en aucun cas d'une euthanasie puisque la victime, en stade 4 sur 7 de la maladie d'Alzheimer, n'avait jamais exprimé le souhait de mourir et que l'euthanasie se caractérisait par une mort douce.

Me Cascio s'est dit satisfait de la clémence du jury qui selon lui a exprimé de "la compassion": "Il en fallait, face à tant de souffrance, il était difficile de la contester."

 

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