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Des interactions chimiques potentiellement cancérogènes

Selon les travaux d'une équipe internationale, un cancer sur cinq pourrait être la conséquence de l'interaction, à l'intérieur de l'organisme, de substances non-cancérogènes considérées isolément.

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Des interactions chimiques potentiellement cancérogènes
Des interactions chimiques potentiellement cancérogènes

Chacune de nos cellules est une machinerie complexe, dans laquelle des milliers d'échanges chimiques subtils ont lieu à chaque seconde. Perturber cet équilibre peut conduire au développement anarchique de la cellule, et au développement de stratégies de défense contre l'organisme hôte - c'est-à-dire au développement d'un cancer.

Méthoxychlore, bisphénol A, di-butyl-phtalate, dichlorvos inhibent à faibles doses la mortalité cellulaire. Des dérivés du nickel, l'acétaminophène, la cotinine, l’acide nitrique, le plomb, le phénobarbital, le diéthylstilbestrol, le sélénite de sodium et le plomb stabilisent la longueur des extrémités des chromosomes (qui normalement raccourcissent à chaque réplication cellulaire, conduisant à la mort cellulaire).

De très nombreuses substances sont ainsi formellement identifiées comme cancérogènes.

Mais certains produits classés comme non-cancérogènes interagissent pourtant avec des mécanismes cellulaires fragiles. Et si, indépendamment, elles ne perturbent pas suffisamment l’équilibre pour le briser, qu’en est-il lorsque plusieurs entrent en interaction ?

A l'initiative de l'ONG internationale Getting to Know Cancer, une équipe composée de 174 experts en biochimie et en cancérologie a dressé une liste de 85 substances "non-cancérogènes" susceptibles d’interagir avec les maillons faibles de l'activité cellulaire. Les chercheurs ont ensuite réalisé une revue minutieuse de la littérature scientifique afin de déterminer les doses entraînant des effets biologiques potentiellement préoccupants.

Pour 50 des substances analysées, la littérature démontre que des effets biologiques débutent à des doses infimes[1]. "Notre analyse suggère que les effets cumulatifs des différents produits chimiques (non-cancérogènes), qui agissent sur des voies différentes […] pourraient potentiellement contribuer à produire des synergies cancérogènes", écrivent les chercheurs.

Ils estiment impératif que des travaux supplémentaires de recherche fondamentale soient poursuivis sur ce sujet. Ils soulignent que les programmes d'évaluation de l'OMS sur la "sécurité chimique" soient révisés en profondeurs, en raison de "faiblesses fondamentales, qui ne prennent pas pleinement en compte nos connaissances actuelles de la biologie du cancer".

Source : Assessing the carcinogenic potential of low-dose exposures to chemical mixtures in the environment: the challenge ahead. W.H.Goodson III et coll. Carcinogenesis, juin 2015 doi:10.1093/carcin/bgv039


[1] Le seuil d’action reste indéterminé pour 22 des 85 substances étudiées.