Sommes-nous menés par le bout de notre nez ?

L’anosmie est la perte de l’olfaction chez les patients atteints de covid. L’olfaction est un sens plus utilisé qu’on ne le pense et avec le covid le monde entier a d’une certaine manière (re)découvert qu’il disposait d’un odorat, alors qu'il n'y prêtait pas toujours beaucoup d’attention.

La rédaction d'AlloDocteurs
La rédaction d'AlloDocteurs
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Notre quotidien est fait d’odeurs, on ne s'en rend pas toujours compte. L’odeur du propre, de l’herbe coupée, du pain chaud qui sort du four de la boulangerie, du parfum des êtres qui nous sont chers... Le monde est peuplé d’odeurs.

Ces odeurs peuvent procurer du plaisir ou gêner, donner faim ou au contraire rassasier. L'olfaction participe également à la perception du goût lorsque nous mangeons, d’où l’impression désagréable des personnes qui ont perdu l’olfaction du fait du Covid.  

Sentir pour connaître

Des études montrent comment la vision ou l’audition influencent la vie mentale. Nous ne sommes pas du tout conscients du rôle majeur de l’olfaction sur nos comportements. L'olfaction est présentée comme un sens ancien, hérité de nos ancêtres, et peu développé chez les primates. Pourtant, aujourd’hui ces derniers, et donc également l’homme, ont conservé un certain nombre de glandes cutanées qui sécrètent des odeurs ainsi qu’une très bonne sensibilité olfactive.

Cette sensibilité permet d’utiliser ces informations que ce soit pour la reproduction ou pour des comportements très importants comme pour le bébé qui vient de naître, et, qui grâce à l’odeur du lait maternel va ramper lorsqu’il est sur le ventre de sa mère jusqu’au sein pour aller téter la toute première fois… De ce point de vue, les primates n’ont rien à envier aux chiens ou aux rats qui ont un flair très efficace !  

L'odeur du stress ou de l'anxiété...  

Même si l'homme n'est pas conscient de tout ce qu'il sent, les odeurs autour de lui semblent influencer à son insu, une grande partie de ses comportements. L'homme a une très bonne mémoire olfactive, et une odeur peut faire remonter des souvenirs très anciens à sa mémoire. 
C'est la fameuse Madeleine chère à Proust. Mais, l'olfaction ne sert seulement à évoquer des souvenirs, elle guide également, sans en avoir conscience, l'attirance ou l'aversion envers des personnes ou des situations.

Un grand nombre d’études menées en particulier par l’équipe de Jasper de Groot aux Pays-Bas révèle la capacité que l'homme a à communiquer la peur, le stress ou encore l'anxiété, de manière totalement involontaire et inconsciente, à travers l’odeur que dégage le corps. On dit d’ailleurs de certaines personnes qu’elles ont du flair, ou le nez fin, ou le nez creux, cela recouvre sans doute une réalité scientifique ! 

La peur, une odeur plus ou moins forte

Des expériences menées dans le même laboratoire ont visé à proposer des films plus ou moins effrayants à des sujets pendant que leurs sécrétions cutanées et donc leurs odeurs corporelles étaient analysées. Les résultats montrent que non seulement dans une situation de peur les sujets produisaient une odeur spécifique, mais en plus que ce signal odorant code également l’intensité de la peur.

Plus nous avons peur, plus ces sécrétions sont importantes et plus leurs composants chimiques sont volatiles. Comme d’autres animaux, l'homme informe sans doute ainsi les personnes autour de lui d’un danger très important. C'est pour cette raison que certains disent devant une situation risquée qu’elle sent mauvais ! 

Respirer le bonheur ?

Les odeurs peuvent véhiculer des informations relatives à la peur, mais peuvent également communiquer des informations plus positives. Habituellement on se fie à la vision ou à l’audition pour capter des signaux de joie comme le sourire ou le rire. C’est d’ailleurs très efficace, puisque voir ou entendre quelqu’un rire est souvent contagieux. Certaines personnes "respirent le bonheur"… N’expirent-elles pas plutôt du bonheur !

L'équipe de Jasper de Groot a montré que des sécrétions cutanées prélevées et des odeurs de personnes joyeuses vaporisées à des sujets témoins, vont manifester des signes équivalents à de la joie sur ces sujets témoins. Cela revient à peu près à proposer un sniff de bonheur, et visiblement c’est efficace .

L'odeur de lavande et son pouvoir 

Certaines odeurs peuvent également donner confiance, et c’est sans doute le cas de la lavande.

L’odeur de la lavande, que les grands-mères mettaient naïvement entre les piles de linge dans leur armoire, pourrait bien être un argument redoutable pour induire un sentiment de confiance chez celui qui la respire. Des premières études avaient montré que l’odeur de lavande peut faciliter l’intégration d’une personne dans un groupe social et permettrait même une meilleure collaboration entre individus .

La même équipe de recherche aux Pays-Bas a testé le pouvoir de la lavande auprès de jeunes femmes. Pendant que ces femmes étaient soumises à un jeu vidéo avec un partenaire, elles sentaient soit de la lavande, consciemment, soit de la lavande masquée par du clou de girofle, pour étudier l’impact de la lavande à leur insu, soit seulement du clou de girofle.

La lavande, qu’elle soit perçue consciemment ou inconsciemment a modifié le degré de confiance que les participantes avaient vis-à-vis de leur partenaire. Cette étude n’est pas unique en son genre mais si des photos d’individus sont montrées pour connaître le degré de confiance en ces personnes, vous accorderez plus facilement votre confiance si vous percevez une odeur de lavande en même temps.

À l’avenir il faut se méfier des personnes qui sont parfumées à la lavande et qui insistent pour vous vendre quelque chose dont vous n’aviez pas besoin. Désormais rapprochez-vous des personnes joyeuses pour respirer leur bonheur !