Ch@t : La santé des ados
Ch@t du 21 octobre 2009 Avec les réponse de Michel Fize, sociologue et spécialiste des questions de l'adolescence et du Dr Frédérique Soumoy, médecin spécialiste de l'adolescence
Par La rédaction d'Allo Docteurs
Rédigé le
Les réponses de Michel Fize, sociologue
Entretien avec Michel Fize sur le plateau du Magazine de la santé, avec Marina Carrère d'Encausse et Michel Cymes (21 octobre 2009)
Pouvez-nous préciser le contexte de votre famille recomposée ?
La vie dans une famille recomposée peut être au départ un peu compliqué. Chacun doit trouver sa place, ne pas avoir le sentiment d'être délaissé ou négligé. Dans le cas de votre nouveau conjoint, il est important qu'il ne se substitue pas au père de votre fille, qu'il n'établisse pas un rapport d'autorité avec elle mais qu'il essaie au contraire de nouer une relation de confiance, en lui indiquant que si elle le désire, il est là pour l'aider à résoudre ses problèmes.
Les conduites addictives expriment toujours une souffrance, une fuite devant des réalités insupportables à vivre. Il faut prendre garde à ne pas dramatiser, à ne pas culpabiliser. Il est important pour vous de soutenir votre soeur dans ce mauvais passage tout en soulignant - et même si ce n'est pas vrai - que vous même éprouvez parfois des difficultés, ressentez du stress. L'important est d'essayer de maintenir le dialogue avec votre soeur et de la rassurer.
Il faut essayer de concilier la responsabilité et la liberté. S'il est important d'être autonome, il l'est aussi d'être responsable, de soi, des autres.
La pré-adolescence, ça n'existe pas. Votre fils manifestement a envie de sortir de l'enfance, de devenir adolescent : un âge qui fait rêver les petits. A vous d'admettre ce désir, de commencer à le traiter comme un adolescent tout en lui rappelant qu'être adolescent ce n'est pas être violent ou agressif. Je pense que si vous êtes capable de reconnaître le début de l'adolescence, son besoin d'affirmation étant pris en compte, son niveau d'agressivité devrait baisser.
Il y a plusieurs sites : Fil santé jeunes, Santé-jeunes.org et TaSanté.com.
Nous devons en savoir un peu plus sur votre contexte familial. Ce garçon a-t-il de bonnes relations avec son père ? Si votre petit-fils ne veut pas être embrassé à 10 ans, c'est parfaitement normal, il commence à affirmer son droit à l'intimité. Il vous donnera des marques d'affection quand il en aura envie, c'est-à-dire quand il en éprouvera le besoin. Mais vous pouvez lui dire ce que les parents oublient souvent, c'est que vous l'aimez et que vous respectez ses choix. Pour les autres observations, manifestement votre petit-fils exprime une souffrance qu'il appartient au thérapeute d'identifier.
Dans beaucoup de famille frères et soeurs se livrent quelque fois à des rapprochements qui peuvent être des attouchements ou des caresses. L'important est tout de même qu'il n'y ait pas de situations de contraintes. Si dans le cas que vous indiquez, l'attouchement ne s'est produit qu'une seule fois, que la victime l'a oublié, rien ne sert, me semble-t-il de réouvrir une histoire dont il faut rappeler naturellement qu'elle ne saurait être encouragée.
Votre mari est inquiet pour le sort de votre fils, ce qui est compréhensible, mais il doit se rappeler que son rôle n'est pas de transmettre de l'angoisse. Son garçon a 15 ans, il est normal qu'il est envie d'être autonome donc de ne pas être accompagné par son "papa" et il est tout aussi normal qu'il ait envie de voir ses copains. A vous ses parents de lui rappeler que sur la route il y a des dangers et des règles à respecter pour sa sécurité et celle des autres.
Il y a aujourd'hui différentes manières de communiquer le téléphone, les textos, internet... Essayez par tous les moyens de maintenir un contact régulier. Imaginez une sortie commune, restaurant, cinéma où vous pourriez discuter de vos vies respectives. Sans lui faire de cours de moral, essayez de lui faire comprendre qu'elle peut prendre des risques en fréquentant certaines personnes et qu'elle devrait essayer au moins d'en rencontrer d'autres.
A vous de voir si votre nièce ne présente pas un trouble psychologique peut-être de l'hyperactivité. Mais il est certain et vous avez raison, que le sport est de toutes les manière une bonne thérapeutique.
Essayez de lui faire comprendre que vous partagez sa souffrance et montrez lui que pour vous même la vie n'est pas toujours facile, que la vie est un défi de tous les jours mais qu'elle comporte des aspects merveilleux, qu'elle vaut la peine d'être vécue, qu'il y a quelque part quelqu'un qui vous attend et ensoleillera votre vie.
Il n'est jamais trop tard pour mieux faire. Je reprendrais la distinction que faisait un thérapeute américain entre les messages "tu" et les messages "je". Vous avez des exemples parlant dans mon livre L'adolescent est une personne. En tout cas, il est important de ne jamais dire à quelqu'un "tu es nul", "tu n'arriveras jamais à rien" mais au contraire avec des formules plus douces, lui faire comprendre que ce n'est pas facile de ne pas avoir les bons résultats attendus. Vous devez lui indiquer que les efforts finissent toujours par être récompensés. Vous devez donc encourager et pas condamner.
Une rupture amoureuse est toujours une épreuve terrible. Il faut apprendre à gérer les échecs de la vie. Lui dire que vous même avez rencontré de telles situations. Que vous comprenez son chagrin mais qu'elle doit aller de l'avant. Proposez lui des sorties communes, un petit voyage si vous en avez la possibilité. Si l'état de votre fille ne s'améliore pas, il faut évidemment consulter. Il existe aujourd'hui de très bonnes structures de prise en charge des adolescents aux pensées suicidaires.
Votre fils n'est plus un adolescent mais un jeune adulte avec ses qualités et ses défauts. Il est maintenant responsable de ses actes. S'il arrive en retard à ses RDV, c'est lui que ça doit gêner et pas vous.
Non. Nous sommes dans un cas où il faut négocier, trouver une solution moyenne. Proposez lui de vous indiquer le jour qui lui paraît le plus important pour sortir et récuperez les autres jours. Cette question doit être résolue par le dialogue.
Le "cours de moral" n'est pas bien et toujours la plus mauvaise solution. C'est un exercice de pouvoir qui ne peut pas être accepté par votre soeur. En revanche il faut trouver le moment de pouvoir évoquer le passé chargé. C'est le seul moyen pour espérer l'évacuer.
Les réponses du Dr Frédérique Soumoy, spécialiste des questions de l'adolescence
En parler à ses enfants jeunes permet de les sensibiliser dès maintenant et de ne pas en rendre le dialogue tabou. Ainsi, arrivés à l'adolescence où la communication peut parfois être plus difficile, vos enfants parleront plus librement de ce genre de questions. Si vous n'êtes pas très à l'aise pour répondre aux questions précises, une idée souvent conseillée aux parents est de se procurer des livres destinés aux adolescents sur ces sujets.
Non, pas chez des personnes n'ayant pas de terrain prédisposant. En revanche, chez quelqu'un connu épileptique (a fortiori sous traitement), il est vivement déconseillé d'abuser des jeux vidéos.
On ne décrit le sentiment amoureux souvent qu'à partir de l'adolescence qui, sous l'influx hormonal, peut naître. Mais on ne peut pas décrire "d'âge limite" et "tomber amoureux" peut arriver même à 90 ans ! L'important est aussi d'entretenir et de cultiver cet amour...
A 14 ans, les ados ne se rendent pas toujours compte que pour gagner de l'argent, il faut travailler. Je pense que le meilleur moyen pour votre fille serait donc de lui limiter son argent de poche ou de ne lui en donner que pour la féliciter de tel ou tel résultat (ou en la rétribuant de "façon raisonnable" pour tel ou tel service rendu. L'éducation est aussi l'apprentissage des valeurs que représentent l'argent et le travail.
Un argument de poids est que "on ne vit pas d'amour et d'eau fraîche"... Autrement dit, la découverte du sentiment amoureux à l'adolescence ne doit pas pour autant faire délaisser tout le reste et perdre de vue l'apprentissage à l'autonomie de vie (et entre autre financière)! Motivez votre ado en ne lui interdisant pas forcément toute détente et tout RDV amoureux mais à condition que le "fil conducteur" que les adultes attendent de lui soit maintenu... Tout est une question de responsabilité à acquérir...
Le refus d'aller en cours est parfois une façon de s'affirmer et de s'opposer vis-à-vis de ses parents. Néanmoins, c'est parfois aussi un test pour évaluer la "solidité" des arguments et l'autorité des parents ; votre rôle est de "tenir bon" et de leur montrer l'exemple. C'est en travaillant qu'on construit sa vie et qu'on peut devenir autonome, surtout dans le monde d'aujourd'hui. Si l'absentéisme scolaire devient trop préoccupant, mieux vaut aller consulter votre médecin, à la recherche d'une éventuelle dépression sous-jacente.
Faire la part des choses n'est souvent pas chose facile. Un indice néanmoins est de détecter le moment de l'apparition de ces symptômes : est-ce toujours le vendredi matin par exemple, jour du cours de maths ? Est-il "guéri" pendant les week-ends et les vacances scolaires ? Cependant, des manifestations somatiques telles des maux de têtes ou de ventre peuvent refléter une réelle phobie scolaire avec éventuelle dépression sous-jacente. Si l'absentéisme devient trop préoccupant, une coupure avec le milieu familial (en milieu hospitalier ou non) est parfois indiquée, afin de réévaluer la situation hors du contexte.
Plusieurs signes peuvent orienter vers une suspicion de consommation de cannabis : yeux rouges, difficultés de concentration, agressivité, somnolence, mauvais résultats scolaires brutaux, absentéisme scolaire soudain, besoin d'argent (voire vols)... Tout ceci doit vous orienter vers ce diagnostic.
L'adolescence a en effet des limites assez floues. On considère la fin de l'adolescence par la fin de la puberté, qui est très variable en fonction des personnes. Les gens du Sud ont par exemple une puberté souvent plus précoce que les populations du Nord. A contrario, les adolescents atteints de maladie chronique ont souvent une puberté retardée. Néanmoins, d'un point de vue sociologique, l'adolescence peut être définie comme un état d'autonomie et d'indépendance vis-à-vis de ses parents (ou des adultes qui s'occupent d'eux). D'où l'importance de sensibiliser les ados à l'importance de se responsabiliser pour devenir adulte.
Les réponses du Dr Charlotte Tourmente
Il n'y a pas d'âge "spécifique". C'est variable en fonction de chaque adolescent. La consommation débute faiblement à partir de 12/13 ans mais elle augmente fortement après 14 ans. On estime que 49% des jeunes de 17 ans en ont déjà consommé ou en consomment (source : Observatoire français des drogues et des toxicomanies).
Est-ce que vous fumez devant eux ? Vous parlez librement de votre consommation avec eux ? Si oui, ils peuvent se dire "puisque ma mère/mon père fume, pourquoi pas moi ?". Sans vouloir être moralisatrice, vous donnez le "mauvais exemple".
Bonjour-docteur.com, JeunesEnSanté.ca (site canadien sous la responsabilité de l'association canadienne pour la santé des adolescents).
L'amour est bon pour la santé quand il est fait dans les bonnes conditions (toujours avec un préservatif pour éviter les infections sexuellement transmissibles et une grossesse, ainsi qu'une contraception par pilule si possible ; avec un/une partenaire auquel/ à laquelle on tient). Faire l'amour permet de sécréter des endorphines, les hormones du bien-être, ce qui procure un sentiment d'apaisement et de bonheur.
Je comprends votre crainte mais il n'est pas possible de lui interdire d'aller à l'école ou de parler à des garçons. Vous pourriez parler avec elle pour lui faire partager vos positions, sans les lui imposer brutalement (ce serait le meilleur moyen de provoquer l'inverse de ce que vous souhaitez). Un dialogue souple est sans doute le meilleur moyen de lui faire comprendre vos craintes, afin qu'elle en ait conscience. Mais informez-la tout de même des risques de grossesse et d'infections sexuellement transmissibles (ou demandez à quelqu'un de proche le faire si vous ne vous en sentez pas capable).
Ce serait trop "simple" de justifier nos comportements sexuels uniquement par les hormones. Certes, elles sont essentielles dans le désir et le plaisir mais la volonté entre aussi en compte. Je pense notamment aux comportements délictueux par exemple ou simplement non protégés. Il faut trouver le juste milieu entre se laisser porter par ses hormones, en restant maître de nos actes.
On parle de dépendance quand toute la vie de la personne tourne autour du jeu (par exemple), que l'enfant y pense tout le temps et que cela est un retentissement sur ses activités scolaires, familiales, sociales. La dépendance implique la perte de contrôle de la consommation en cas de drogue ou de la pratique pour les jeux.
Aucun. Sauf si seule la masturbation vous apporte du plaisir sans que vous parveniez à en ressentir lors de rapport sexuel. Dans ces cas-là, il est bon de consulter un sexologue.
Les risques sont plus rares mais oui, c'est possible. Par exemple si celle qui réalise un cunnilingus a une plaie dans la bouche.
C'est difficile d'amener un ado en prépa à prendre du recul vis-à-vis de ses notes car il ressent une pression très forte de la part des professeurs et il est en compétition avec les autres élèves. Peut-être pourriez-vous commencer par lui demander gentiment comment va son moral, comment il se sent dans cette prépa. Amenez-le à parler de ce qu'il pense du système de prépa, de son intérêt pour les cours, de l'ambiance dans la prépa, etc. Verbaliser ses émotions peut l'aider à prendre de la distance. Et si vous pensez qu'il est déprimé, tentez de le convaincre de consulter un médecin.
Retrouvez le Dr Charlotte Tourmente sur son blog : Le web du Dr Tourmente
En savoir plus
Livre :
- L'adolescent est une personne
Michel Fize
Ed. Le Seuil, février 2006
- Antimanuel d'adolescence
"Toute la vérité, rien que la vérité sur les adolescents"
Michel Fize
Ed. de l'Homme, septembre 2009
- Les nouvelles adolescentes
Michel Fize
Ed. Armand-Colin, avril 2010
- L'adolescence pour les nuls
Michel Fize
Ed. First, mars 2010